Chimineks

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mercredi 19 novembre 2008

VDM

Je me disais, c'est quand même bizarre ce voile de morosité qui s'abat sur moi depuis quelques jours.

Et puis en y réfléchissant deux minutes...

Bon sang, mais c'est bien sûr.

J'aurai bientôt un an de plus au compteur.

Finalement, tout s'explique.

...

C'était vraiment très intéressant.

...

Oui, je sais, un voile, ça ne s'abat pas.

mardi 18 novembre 2008

Au propre et au figuré

Honnêtement, j'avais les foies. Je pensais que ça commencerait par un sermon à peine ma bouche ouverte. Des années et des années sans aller chez le dentiste, j'étais sûr et certain d'avoir un sourire infectieux à faire peur et à rendre grincheux n'importe quel arracheur de dents normalement constitué. Sans compter qu'après ça se poserait le problème de la ratiche pétée. Un bon vieil arrachage à la pince avec force giclures de fluides divers? Quelques séances de torture pour lui sculpter la tronche avant d'y coller une couronne pas royale du tout? En tout cas, de la souffrance encore jamais subie, mais redoutée depuis toujours. Et pourtant, en conduisant vers le cabinet de ma future agonie, j'étais étrangement serein, comme décidé à goûter les derniers instants de paix avant l'exécution de la sentence. Tout ça me paraissait presque irréel...

Et ben en fait, rien du tout. Déjà, la dentiste, recommandée par une mienne collègue, suintait la gentillesse comme j'ai rarement vu ça. L'exact opposé de certains praticiens que j'avais croisé par le passé et qui ne juraient que par le reproche et la menace. Manifestement, le fait que je ne me sois pas fait examiner les gencives depuis des années l'indifférait complètement. Tout ce qui la motivait c'était savoir ce qui n'allait pas, et trouver une solution pour que ça aille. En plus, elle a eu l'art de me dire des choses qui font plaisir. Quand elle a découvert ma dent elle a dit "Mais ça doit vous faire atrocement souffrir!". Et ça, oui, ça m'a fait plaisir, parce que justement non, même pas mal.

Sciée, qu'elle était. Elle m'a expliqué que d'habitude, ce genre de cassure, au bout d'une demi-heure ça engendre une souffrance totalement insupportable pour le commun des mortels, et qu'elle ne voyait pas comment c'était possible que je ne le sente pas. A quoi je lui ai répondu que si, si, je ressentais bien une petite gêne, mais sans plus, quoi. Alors en gros, pour vous expliquer, c'est ma molaire du fond, mais genre tout au fond devant la dent de sagesse, qui a cassé. Un trait de fracture net et précis de haut en bas, légèrement biseauté, et surtout, allant jusqu'à l'intérieur de la gencive. Apparemment c'est ça qui aurait dû être horriblement douloureux. Sauf que moi nan t'as vu. On a l'âme du guerrier ou on ne l'a pas, n'est-ce pas.

Après ça, elle m'a dit que j'avais de très belles dents. Même si je sais que je n'y suis pour rien, que je ne l'ai pas fait exprès, je n'ai pas pu m'empêcher de super bien le prendre. Bon, elle m'a bien trouvé deux petites caries, mais comme elle l'a dit elle-même, des caries rien moins que "minuscules". S'il y en a qui ont besoin de conseils pour le brossage de dents, n'hésitez pas, hein, ça me fera plaisir. Bon, par contre, une fois la phase des compliments passée, il a quand même fallu qu'elle se mette au boulot pour soigner tout ça. Et là, j'ai un peu recommencé à flipper.

Pour commencer, il a fallu enlever le bout de dent pétée, lequel ne tenait en place que parce qu'il était fiché dans la gencive. J'aurais pu vous faire un dessin façon Tonyglandyl, mais apparemment, même schématisé, ça peut faire mal aux dents de voir ça; je sais, j'ai testé sur des collègues. Si ça se trouve, en dépit de ma tolérance surhumaine à la douleur dentaire, ça aurait pu me faire mal, mais comme elle m'a fait une petite anesthésie, je n'ai rien senti. Mais rien de rien. J'ai juste un peu flippé quand j'ai vu la taille du morceau qu'elle a extrait. A base de "Ah ouais, quand même". Ce n'est pas la taille en elle-même ou l'aspect dégueu du truc qui m'aient fait m'inquiéter, mais plutôt les conséquences à venir. Quelque chose me disait qu'il était tout à fait impossible que je reste comme ça, avec ma dent amputée, sans qu'il ne soit nécessaire de rien faire...

Elle a dit "Bon, normalement, dans un cas comme celui-là, la procédure normale c'est d'extraire et de poser un implant". Argh. "Mais bon, moi, d'après mon expérience, dans ce genre de cas, on peut très bien s'en passer la plupart du temps". Ouf... "D'ailleurs, vous, vous avez de très bonnes gencives, ça fait même pas une minute que je l'ai enlevé, et c'est déjà pratiquement refermé". Yes... "Non, je pense qu'on va laisser passer deux trois mois, le temps que ça cicatrise, et puis après ça on fera une petite reconstitution en plombage, ça sert à rien de vous mettre un implant qui sera de toutes façon moins bien que ce que vous avez déjà, et puis bon, vu qu'elle est tout au fond, l'aspect visuel on s'en fout.". Rhâââ-Lovely. "Bon, je vais juste nettoyer un peu tout ça, mettre un pansement qui tiendra le temps qu'il tiendra, et on se revoit dans deux mois pour finir le boulot". Alors juste au cas où vous ne l'auriez pas compris, ma nouvelle dentiste, elle est géniale.

Et ça a continué comme ça tout du long. Pour moi, la roulette, ce sont des souvenirs douloureux, où je disais que "Hi, hi, he hous hure, ha hait hal hoc'heur" et on me répondait que "Mais non, enfin, je vous ai anesthésié, c'est impossible que vous sentiez quelque chose!". Pourtant, si. Et bien là, elle eu beau me ratiboiser le cœur de la meule de la dent moisie à la fraise à percussion, j'ai rien senti. Pareil pour la carie qu'elle ma soignée, c'est comme si elle avait bossé sur un morceau de plâtre dans ma bouche... Je ne vais pas chercher à savoir s'il y a quelques années la douleur était dans ma tête, si les anesthésiants on fait de formidables progrès depuis ou si ma dentiste est plus douée que les autres, je vais me contenter de me dire qu'avec elle, ça se passe super bien. Je la revois dans deux mois pour réparer mon chicot, soigner la deuxième carie, et le premier détartrage de ma vie. Et ben j'ai même pas peur.

Alors la grande question, c'est quand même de savoir comment j'ai pu me casser une dent. Du moins comment cela a pu survenir, alors que, souvenez-vous, j'ai de très belles dents. Il y a une explication. Et elle ne me fait pas particulièrement plaisir. Oh, rien de grave, mais pour quelqu'un comme moi qui aime à voir des symboles et autres signes révélateurs un peu partout, c'est quelque chose d'assez désagréable... Figurez-vous que j'ai les dents fragiles. Non pas qu'elles soient fragiles par nature, mais elles ont été fragilisées avec le temps. Fragilisées parce que je ne positionne pas bien ma mâchoire quand elle est au repos. Normalement, quand on a la bouche fermée, le principe, c'est que les dents ne doivent pas se toucher. Chez moi si.

Je serre les dents. Depuis des années. Si j'avais été auteur, je crois que je n'aurais jamais osé un truc pareil. Trop gros. Passera jamais. Et pourtant, dans la vraie vie, si, ça se peut, ce genre d'écho corporel à ce qu'on peut ressentir à l'intérieur. Une expression pourtant aussi figurée que ça peut se traduire au propre. Belle cohérence, en vérité. Moi qui aime les symboles, je suis servi. Oui, parce que, ce qu'il faut savoir, c'est que quand je parle de ma vie, quand je parle, en gros, des quinze dernières années écoulées et notamment des difficultés auxquelles je me suis heurté et me heurte encore, et de la façon que j'ai de les aborder, l'expression "Pour l'instant je serre les dents, en attendant que ça s'arrange" est une de mes favorites... Ça en serait presque beau, tiens.

Le problème avec mes vraies dents, c'est qu'à force de les avoir trop serrées, trop fragilisées, elle finissent par casser. Alors est-ce qu'à force de serrer les dents au figuré ça peut finir par casser aussi? Franchement, quand je vois mon humeur du moment, quand je vois comment je regarde ma vie ces derniers temps, je me demande. Pas question de forcer le trait ou de trop noircir le tableau, mais en ce moment, c'est dur. Je me dis que pour pouvoir avancer en confiance il faut se sentir fort, mais justement, en ce moment je me sens fragile. Pas cassé, mais quand même fragilisé. Je ne vais pas me mettre à baliser pour rien, mais cette histoire de vraie dent cassée, et surtout le pourquoi de la chose, l'écho que j'y entends... Ça m'interpelle.

Là-dessus je vous laisse, parce que si ma nouvelle dentiste a su me donner des petits trucs pour apprendre à desserrer les dents au propre, de mon côté je n'ai pas encore trouvé comment faire de même au figuré...

vendredi 7 novembre 2008

Il va falloir être fort, fils

Ce n'est pas pour me la raconter, mais dans l'ensemble, j'ai toujours eu une santé de fer. Physiquement, à défaut de proportions propres à rendre folles les gonzesses, j'ai au moins hérité d'une structure interne solide et de défenses immunitaires vigoureuses. C'est bien simple, je ne suis jamais malade. Pour m'accorder un peu de répit le temps d'un arrêt-maladie bien mérité, le seul truc que j'ai trouvé sur les neuf dernières années, c'est de me fracasser la tête humérale en faisant le con au ski.  Au point qu'il devienne normal de se demander dans quel mesure ce métabolisme hors du commun n'était pas voué à aller de pair avec un destin lui aussi extraordinaire. Jusques hier soir.

Je me suis cassé une dent.

Non, ce n'était pas dans le cadre de quelque bagarre de rue ayant pour objet la réparation de mon honneur bafoué. Non, je ne me suis pas mangé une rèche d'anthologie en rollers en tentant un backloop en sortie de slide sur la rambarde des escaliers de Montmartre. Non, je n'ai pas essayé d'ouvrir ma cannette de Kro avec les dents en regardant la coupe de l'UEFA. C'est beaucoup plus grave. Et moins glorieux. Inquiétant, en tout cas. Figurez-vous que c'est en croquant dans un nem industriel réchauffé au micro-ondes qu'un bout de ma molaire à décidé qu'il était temps pour lui d'en finir avec l'existence trop casanière qu'il avait menée jusqu'alors dans les tréfonds reculés de ma bouche.

Réchauffé au micro-ondes, bordel! Après avoir passé l'après-midi à attendre sur un lit de riz trop cuit dans un morne plateau-repas d'entrée de gamme! C'est vous dire la consistance du nem! Je me suis bousillé une dent en mastiquant un truc à peine plus croquant qu'une pomme de terre trop cuite... Alors attention, hein, qu'on ne se méprenne pas, ce n'est pas moi qui ai composé ce menu de rêve. Ce genre de bombance gastronomique m'est généreusement offert par mon employeur lorsque, comme hier soir, je passe ma nuit à Gennevilliers-Plage pour y justifier mon indécent salaire. En tout cas, il y a des signes qui ne trompent pas: pour se désagréger dans un contexte pareil, ma ratiche est probablement complètement pourrie. Ca promet.

J'aime pas aller chez le dentiste. D'ailleurs je n'y vais pas. Sans blague. Je ne me souviens même plus de la dernière fois où je m'y suis astreint, je ne saurais pas dire si c'était il y a cinq, dix ou quinze ans. C'est dire si l'incident d'hier soir me contrarie. Pas que ça me fasse mal, à moins d'aller tâter du doigt, oué, homme ha, houh au hond he ha houhe, hu hois, h'est hà h'il hanhe un hout, je ne ressens aucune espèce de douleur. Mais je suis sûr et certain que je ne peux pas rester comme ça. Et qu'à un moment donné quelqu'un avec un masque hygiénique va me dire "Bon, ben, faut mettre une couronne, hein", ou "Bon, ben, 'faut l'extraire, hein". Et à ce moment-là, la douleur, ça va donner. Déjà que la roulette je vivais ça comme la pire torture au monde...

De mon père, j'ai hérité de cette haute stature qui impose le respect. De ma mère, j'ai hérité de ce teint mat qui les rend toutes folles. Cette chevelure foisonnante me mettant à jamais à l'abri de la calvitie me vient du côté paternel. Ces yeux noirs qui donnent à mon regard force et mystère sont l'apanage du côté maternel de la famille. Et ainsi de suite: je ne me suis jamais posé la question de savoir si j'étais adopté ou le fils du facteur, le doute n'est pas permis, je suis bien le fils de mon père et de ma mère, mon physique ne ment pas.

Pour ce qui est de la dentition, je n'ai jamais bien su de qui je tenais. Mon père a des chicots de belle taille à l'ordonnancement approximatif, tandis que ma mère a de toutes petites quenottes à l'alignement aussi impeccable que naturel. En ce qui me concerne, je suis pourvu dents de taille moyenne, à la base pas trop en touches de piano (6 petit mois de bagues façon Tchernobyl ont suffi à rectifier le tir), vraiment entre les deux, quoi... Pour ce qui est de la qualité de la marchandise, mes deux parents diffèrent aussi de beaucoup. Ma mère a dû avoir trois caries dans toute sa vie et a toujours l'intégralité de son râtelier d'origine, tandis que mon père a très certainement contribué pour beaucoup à l'imposition sur la fortune de sa redoutable dentiste.

A force de voir revenir le père de chez le dentiste avec le masque de la souffrance mâtinée de résignation, j'en suis venu à me dire que le mieux, finalement, ce serait plutôt de bénéficier d'une qualité de mâchoire façon dents de la mère. Et jusque là, ça ne se passait pas trop mal. Quelques caries à l'adolescence, mais sans plus, jamais mal aux dents, même pas peur de croquer dans un magnum glacé tout en sirotant un café brûlant, tout se passait pour le mieux. A mesure que le temps passait, je voyais s'éloigner le spectre des chicots moisis et me voyais déjà croquer la vie à pleine dents jusqu'au bout sans craindre de devoir un jour glisser du Polident dans mon caddie... J'espère que ce sera l'exception qui confirme la règle, l'incident de parcours, le petit défaut qui permet de mettre un discret voile sur la perfection.

Là-dessus, je vous laisse, il faut vraiment que je trouve un bon dentiste, je ne tiens pas à me faire charcuter par le premier venu. Si j'ai l'impression de l'avoir choisi ce sera plus facile à vivre.
La suite au prochain épisode, les paris sont ouverts quant au devenir de ma molaire...

dimanche 2 novembre 2008

J'vis toujours des soirées belles à Sienne

Bien sûr, j'aurais pu vous raconter mon rêve de la nuit dernière, mais j'ai eu peur que ça fasse un peu léger. Il y était vaguement question d'épreuves de natation en bassins concentriques, Jean-Marie Bigard y faisait office de juge-arbitre, on y croisait aussi le mari d'une copine ou encore la plus désarmante de mes collègues en maillot de bain, mon y équipe était bien entendu victorieuse, et en prime tout se déroulait dans les coulisses d'un concert de Johnny Halliday au Stade de France. Non, vraiment, beaucoup trop plan-plan pour en tirer quelque chose. C'est pourquoi je m'en vais vous narrer ma dernière virée parisienne.

Tout a commencé par un texto.

"Réserve ta nuit du XX au XX octobre. Pendaison de crémaillère de 20h à minuit et mes 31 ans de minuit à l'aube. apporte le truc que tu as envie de consommer, j'assure les basiques. Ca se passe au XXX bd Ménilmontant. Texto valable pour un +1."

Rien que du très classique, me direz-vous. Oui, mais non. Parce que premièrement, je ne mets jamais les pieds à Paris. Genre jamais, jamais. Pourtant ce n'est pas loin: trente-cinq bornes, quarante minutes de RER, la même chose en voiture si ça roule bien... Mais non. Parce que deuxièmement l'invitation émanait d'un collègue, or je ne fréquente jamais ces gens-là en dehors du boulot. Genre jamais, jamais. Le fait qu'ils habitent tous à Paris n'y est sans doute pas étranger. Parce que troisièmement, non, en fait c'est tout.

Invité, donc. Par un collègue. Un sympa, hein. Mais un collègue. Ce n'est pas que je n'apprécie pas les gens avec qui je travaille, simplement, je n'ai pas  franchement l'habitude de les fréquenter en dehors du boulot. Enfin, pas franchement l'habitude... En gros, je vais bientôt en être à neuf ans de boîte, et je ne vois jamais mes collègues ailleurs qu'à Gennevilliers, au sein de la boîte où nous exerçons notre métier. Ce n'est pas que je ne les apprécie pas, dans l'absolu, les collègues, c'est comme les pauvres, y'en a des bien, juste je n'ai jamais fait en sorte de les envisager autrement. Il y a des gens qui se font des potes sur leur lieu de travail, d'autres qui y trouvent la femme de leur vie, moi, non. Pas une question de snobisme, je fonctionne comme ça, c'est tout.

Le soin que je mets à cloisonner les différents univers sociaux dans lesquels j'évolue n'est sans doute pas la marque d'un trait de caractère. Plus probablement il doit s'agir d'une des expressions de la prudence extrême avec laquelle j'affronte le monde. Dans chacun des ces univers, j'ai le sentiment d'avoir construit un équilibre, précaire, mais là, et bien là. Plus que précaire, fragile. Faire se croiser, s'entrechoquer ces univers reviendrait à s'exposer au risque d'anéantir ces équilibres et de se retrouver seul dans un gigantesque et unique univers hostile. Evidemment, dit comme ça, ça paraît très con, mais je ne serais pas étonné que cette hypothèse soit la bonne. Ou un truc approchant. A remettre en cause, donc. Mais prudemment. Ne nous emballons pas.

En plus à Paris! Là où c'est loin. Là où les gens ne sont pas comme nous. Il paraît que là-bas quand tu serres une go en boîte, la classe ultime c'est de la ramener chez oit' en Vélib', façon chacun le sien et tant pis pour les talons-aiguilles de lacelle. Oui, je le reconnais, je ne suis pas un grand familier des nuits parisiennes. Autant on aime à se foutre de la gueule du parisien qui peine à s'aventurer dans la jungle hostile qu'il suppose exister au-delà des murs du Périphérique, autant on oublie souvent que le banlieusard n'est pas toujours ultra à son aise dans le dédale capital des rues de la plus belle ville du monde. Personnellement, le visage que prend Paris une fois le soleil couché ne m'est pas familier. Question d'habitude. Ou d'absence d'habitude. Je n'y ai jamais vécu. Je n'ai pas d'amis qui y vivent. Je n'ai pas fait partie d'une bande de potes habitués des virées à Paname. Je n'ai pas eu la curiosité de plonger là-dedans. Du coup j'ai peur de m'y sentir trop étranger...

J'ai la fâcheuse tendance à faire comme si à tout moment il fallait pouvoir justifier sa place. "Si je suis là, c'est parce que je le vaux bien" plutôt que "Si je suis là, c'est parce que j'en ai envie". La trop grande place laissée au doute, aux questions. Et au final l'impression de n'avoir sa place nulle part. En se maudissant de fonctionner comme ça. Enfin en tout cas, ce genre de positionnement n'incite évidemment pas à essayer de faire de nouvelles rencontres, de voir de nouvelles tronches, dans de nouveaux lieux. Trop dangereux, parce que trop d'incertitudes. Et puis trop de boulot à trouver cette putain de place. Trop bien élevé pour dire "Je suis là, et je vous emmerde", alors obligé de se torturer à échafauder des stratégies, des plans de batailles. Ou bien plus simple, moins usant, décliner les invitations...

Et pourtant.

En dépit de mes réticences instinctives et de la foultitude de bonnes excuses propres à me permettre de décliner cette invitation sans passer pour un malpoli, genre "J'ai déjà un truc de prévu" ou "Je peux pas, le dimanche matin j'ai piscine", j'y suis quand même allé. Je suis assez content de me dire que je n'ai pas relevé un formidable défi. Je n'ai pas non plus fait face à mes démons. J'ai juste eu envie d'y aller. Suffisamment pour ne pas laisser le moulin s'emballer trop fort, et décider que "merde, j'y vais et puis c'est tout". C'est tellement basique que ça fait plaisir. Et au bout, une de ces épopées je ne vous dis que ça. Oui, bon, peut-être que j'exagère un brin

Ca a commencé par la A15, un peu avant le viaduc de Gennevilliers. Le texto disait "de minuit à l'aube", mais dans le doute, j'ai préféré venir au volant de ma belle italienne aux reflets d'argent, au cas où l'envie de festoyer ne perdurerait pas jusqu'au premier métro. Je pensais bien que ça coincerait un peu un samedi soir, mais à ce point-là... Un de ces merdiers sur la route! Une heure et demie pour arriver. Peut mieux faire. Par contre, sans GPS ni plan de Paris dans l'habitacle. Et sans connaître le quartier, à peine un petit coup d'œil rapide sur mapchelin avant de partir, et tranquille Emile, les doigts dans le pif qu'importent les sens uniques, j'ai réussi à arriver jusqu'au boulevard sans demander mon chemin. La classe, tu feras gaffe. En plus j'ai conclu mon parcours sur un de ces créneaux d'anthologie, tu pleures comment y'avait dix centimètres devant, dix centimètres derrière une fois la bagnole garée. Ahum.

C'est donc nanti d'une satisfaction de soi de très gros calibre eu égard aux exploits automobiles sus-narrés que notre héros s'engagea sur le populeux boulevard de Ménilmuche. Quelques pas lui suffirent pour se rappeler pourquoi il était là. "Merde la soirée. Purée, je me pointe tout seul. Je vais connaître une ou deux têtes, pas plus. Merde. Et les potes du collègue, ils vont avoir l'air de quoi? Il est quand même parisien. Et gay. Et clubber. Merde. Je fais quoi? J'y vais? Après tout ce sera pas un drame. Merde. Ah oui le digicode. Merde. 42Y98A#. Et moi, je vais être le putain de gros bouseux de banlieue. Merde. En plus, je ressemble trop à rien. Merde.", se disait-il en marchant jusqu'à l'immeuble et en ouvrant la porte. "Merde. Merde. Merde. Merde. Merde. Merde. Merde. Merde. Merde. Merde." continuait-il en montant les marches vers ce cinquième étage sans ascenseur.

On ne saura jamais si j'aurais rebroussé chemin ou pas. Pas impossible dans d'autres circonstances. Mais une collègue, elle aussi invitée, a déboulé à ce moment-là. Plus possible de reculer. Je pense que je devais être à environ 38 de tension quand nous avons fini par arriver devant la porte de l'appartement. Je ne sais pas ce que je redoutais, sûrement encore une de mes conneries à base de "Je ne serai pas à la hauteur". Et puis la porte s'est ouverte. Ciel, des gens normaux! Parisiens, certes, mais normaux de prime abord. Tension stabilisée à 22, pouls descendu à 96BPM, décrispation musculaire générale, moiteur nulle des mains confirmée, configuration optimale pour cérémonie protocolaire de salut, zygomatiques en position "sourire-confiant", fichier *.WAV "Salut, Thomas, un collègue de Jack-Jack" prêt à être lancé et bouclé autant de fois que nécessaire.

En fait, il y avait beaucoup plus de têtes connues que je ne pensais. Que des collègues bien entendu. Pas la Joyeuse Bande des Mes Collègues Préférés, non, mais cinq ou six personnes tout à fait fréquentables. En tout cas l'assurance absolue de ne pas me retrouver seul avec mon gobelet en plastique avec pour seule phrase d'accroche un pitoyable "Et toi tu le connais d'où Jack-Jack?". Yes. En tout cas, carrément pas beaucoup de donzelles parmi les convives. Pas yes. En même temps, je n'étais pas forcément venu là pour pécho t'as vu, donc bon. Le contexte ne s'y prêtait de toutes façons pas pour moi. Ouais, c'est con, mais moi pour emballer, il faut que je me sente un minimum dans mon élément, et là, quoique mon stress ait considérablement diminué, on ne peut pas dire que c'était le cas. Il y en a qui roulent une pelle à la première venue pour se mettre à l'aise, moi ce n'est pas trop comme ça que je procède. C'est un peu le genre de réflexion qui te pousse à te demander si tu choisis toujours les bonnes stratégies.

Je ne me plains pas: peu après mon arrivée, une charmante jeune femme a jeté son dévolu sur moi... pour discuter. Ouais, parce que, sauf erreur de ma part, une nana qui, à un moment donné, même tardif, de la conversation, fait référence à un type en l'appelant "mon mec", même si le type en question n'est pas là, elle n'est pas disponible. Et ça, même si t'es le seul à qui elle fait ostensiblement la bise en snobant tous les autres mâles en chasse de l'assemblée quand elle s'en va peu avant minuit. Nan, nan, aucune raison de se faire des idées. Aucun regret de n'avoir même pas eu l'idée de lui demander son portable. Tut-tut-tut. "C'est pas parce qu'une nana que tu connais pas discute avec toi qu'elle est obligatoirement intéressée". Certes, ils sont durs ces mots de la dulcinée de mon ami B-Boy, mais il faut pour raison garder les avoir à l'esprit.

Bref, c'est con qu'elle soit partie, quitte à discuter avec des gens que je ne connaissais pas, autant discuter avec des gonzesses, c'est quand même plus agréable. Ne serait-ce que pour les yeux. Le problème c'est que les autres invitéheuhesses faisaient carrément mal aux yeux tellement... tellement, quoi! J'veux dire, la première, qui si ça se trouve ne connaissait personne et a dû trouver que j'avais une tête sympa, d'où le dévolu sur moi jeté, était tout aussi accorte que ses consœurs, seulement voilà, elle est partie juste avant le quart d'heure salsa de la soirée. Et là... OMG, quoi. C'est un truc de fou, cette danse. Enfin bon, j'en suis ressorti plus coincé que jamais, fermement décidé à ne me lancer dans une conversation avec l'une d'elles que si elle se jetait sur moi comme la première.

Pas d'bol, la seule qui m'ait parlé durant le reste de la soirée l'a fait dans le cadre d'un private joke que je n'ai pas compris. Genre à un moment, elle discutait avec un groupe de mecs, nos regards se sont croisés, et elle m'a dit "Nan mais tu sais, tu peux me dire ta gueule, hein". J'ai dû répondre un truc à peu près aussi percutant que "Euh, excuse-moi?", à quoi elle a rétorqué par un "Rhâ mais vas-y, dis moi ta gueule!" à la fois rageur et hilare qui foutait plus les jetons qu'autre chose. J'ai mis un terme à l'entretien par une formule caustique et ultra-originale genre "Haha, excuse-moi, mais jamais le premier soir", et je suis parti faire semblant de me servir un autre verre. Zéro, quoi. Mais j'm'en fous, je n'étais pas là pour pécho t'as vu. Ouais, mais pourquoi, déjà, alors?

En vérité, j'étais content d'être là, parce que le collègue Jack-Jack, c'est vrai qu'il est sympa, et quelque part, puisqu'il m'avait invité, c'est que ça lui faisait plaisir que je sois là. Parce que si je ne vois pas mes collègues en dehors, ça ne nous empêche pas de discuter, même dans des locaux aussi peu funkys que ceux de la cafétéria d'entreprise. L'ami Jack-Jack savait que le fait que je sois là ne relevait pas de l'évidence, donc me pointer était une forme de marque d'amitié t'as vu. Oui, c'est ma soirée Signes, Symboles et Autres Interprétations, c'est lancé, autant continuer, hein. Bref, j'étais là, mais pas fermement décidé à me mettre la tête. Me bourrer la gueule le premier soir, j'ai toujours eu du mal (tchak-poum!). Passer une soirée en compagnie de collègues et à Paris, c'était déjà quelque chose. De là à me saouler avec eux, n'exagérons rien.

Ce qui est paradoxal, c'est que je me rends bien compte que le fait de boire me donne confiance en moi. Ca parait atrocement cliché, mais c'est vrai. En tout cas, en ce moment (il me faudrait un peu d'introspection pour savoir si ça a pu être autrement par le passé), je me refuse à envisager l'alcool comme un outil susceptible de m'aider à me sentir mieux en présence de mes semblables. C'est une histoire triste dont je ne veux pas être le héros. Je préfère me sentir bien entouré et saisir ce type d'occasion pour me laisser aller à un peu d'excès. Et tout gâcher en finissant à vomir la tête dans la cuvette des chiottes? Non, plus maintenant, ce n'est pas que j'aie passé l'âge, mais enfin, c'est comme tout, au bout d'un moment on s'en lasse. Ce qui me fait penser que ça commence à faire un bout que je me suis pas sérieusement pris une bonne tisane. Ou murge. Ou biture. Choisis ton dialecte. 'Faut dire, à force de faire le difficile en ne consentant à se mettre minable qu'avec les amis, ça limite, forcément, ce n'est plus comme si on avait vingt ans, il y en a même qui sont parents dans le tas...

Une bonne partie des invités ne s'embarrassaient pas d'autant de vaines réflexions que moi. Ca pintait sévère. Mais cool. Un seul petit malaise, sans même une gerboulade pour ce que j'en sais, fût à déplorer. L'alcool peut rendre con. Mais il ne rend pas cool. Et quelqu'un qui est cool même à quatre grammes, comme certains des potes de Jack-Jack, est forcément quelqu'un de cool à jeun. Infiniment plus de cools que de cons, et ça c'était chouette. Par contre, le petit truc surprenant, c'est qu'à deux heures et demie, la soirée était déjà en train de mourir. J'ai cru que c'était parce que tout le monde était bourré, parce que ceux qui restaient étaient les plus complètement paf, mais j'ai appris plus tard qu'il était possible qu'une partie des convives soit tout simplement partie continuer la fête ailleurs, comme ça se fait à la Capitale (ah nan, mais quand je dis que ce n'est pas mon univers, c'est pas pour du rire).

Profitant d'une fournée de départs, je me suis donc eclipsé vers trois heures du matin, non sans avoir poliment salué tout le monde. C'est con, mais, en partant et en échangeant trois mots avec elles, il m'a semblé que toutes ces demoiselles si joliment apprêtées, bien faites de leurs personnes et redoutables danseuses de salsa n'étaient peut-être pas aussi inabordables que je l'avais décidé. A méditer pour plus tard... Deux mini-verres de vin en six heures, sûrement pas de quoi affoler l'éthylomètre le plus tatillon, j'ai donc regagné ma belle italienne aux reflets d'argents pour attaquer le trajet de retour. A peine quelques voitures sur les avenues, un Périph' dégagé comme jamais, une A15 quasi déserte, Back to Black dans l'autoradio, une petite heure de pur plaisir automobile... Et la maison, douce maison...

Tout n'a pas toujours été aussi compliqué. Tout ça a pu être si simple... Et puis la vie, les chemins qu'on prend, les choix qu'on fait, ce qu'on se prend dans la tronche... Il n'y a pas d'explication toute bête, on est le résultat d'une accumulation de tellement de choses... Ce n'est pas qu'on ait subi, qu'on se soit laissé devenir ou qu'on ait reproduit, c'est tout ça à la fois, et ce n'est pas toujours facile. Des nœuds se forment parfois, et pour les démêler, il faut tirer dans toutes les directions. Ca peut prendre du temps, et ça ne redevient probablement jamais complètement limpide. Il faut veiller à ne ce que les nœuds ne se reforment pas, et parfois aussi accepter que certains ne puissent pas être défaits. C'est compliqué la vie, mais y'a moyen. C'est sûr que le Périph' c'est mieux au milieu de la nuit quand il n'y a personne, mais ça peut valoir le coup de se l'emplafonner à huit heures un samedi soir.

Là-dessus, je vous laisse, il est un peu cinq heures du matin, à cette heure-là, les gens normaux dorment et ne racontent pas des conneries sur internet.

samedi 1 novembre 2008

Et bon appétit bien sûr !

Ah, ça faisait longtemps que j'avais pas fait un bon rêve bien pourri.

Figurez-vous que cette nuit, j'ai rencontré plein de gens dans cette boutique d'une grande marque de luxe, connue notamment pour ses parfums numérotés. D'ailleurs, j'en ai goûté dans mon rêve et j'ai été très déçue, le n°5 sent très bon, mais à boire c'est pas terrible.

Après m'être étendue sur un canapé gigantesque près d'un jeune qui semblait me trouver à son goût (jusqu'à ce que je trempe mon doigt dans cette bouteille de parfum et ne le fasse fuir), j'ai décidé d'aller faire un tour dans le magasin et d'écouter attentivement ce qu'une vendeuse expliquait à un petit groupe de gamins.

D'un coup, la vendeuse s'interrompt et commence à engueuler un des gamins qui a mangé un produit de démonstration.

"Mais qu'est-ce que tu as fait, enfin !"

"- Bah je croyais qu'on avait le droit de toucher et de goûter à tout..."

"- T'es vraiment dégueulasse, si tu savais ce qu'il y a dedans, tu... bon, venez, on continue la visite. Et toi, tu ne manges plus rien !"

Le groupe est parti, et je suis allée voir quel genre de pâte ou crème hydratante pouvait bien avoir l'air si appétissant. En fait, c'était une crème tout ce qu'il y a de plus banal, parfumée comme le sont les produits cosmétiques (comprenez "ça pue") et d'un bleu pastel qui m'a rendue nauséeuse. Ce gamin devait avoir très faim ou bien être un peu dérangé. J'ai retourné la boîte et ai lu la composition :

Crème hydratante pour les pieds

Composition : Peaux mortes de pieds humains, eau... et toutes sortes de produits dont les noms m'échappent.



Voilà ce qui arrive quand on rentre chez soi en puant le gel de massage du kiné et qu'on ne prend pas de douche (j'ai cru plus judicieux de la prendre avant histoire de ne pas sentir la sueur) : on finit avec le cerveau grillé par les effluves d'eucalyptus. La kinésithérapie c'est dangereux, n'en faites jamais.

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