On n'est pas là pour inventer l'eau chaude
Par Thomas D. le mercredi 7 novembre 2007, 17:12 - Lien permanent
Un jour, ça reviendra, c'est obligé. Je ne peux pas tellement compter sur le temps, à mon avis celui-là trouvera mieux à faire que s'occuper de moi, il faut simplement que je trouve comment faire. C'est tout. Ce qui n'est pas évident, c'est d'essayer d'y arriver tout seul. Les mains secourables peuvent aussi être celles qui te lâcheront du haut de la falaise quand finalement tu te révèles trop lourd à porter. Même si ça coûte, même si je ne sais pas le faire, même si le gamin que j'étais trouve que c'est vraiment trop injuste, je ne ferai pas autrement. J'ai déjà donné. Et j'ai déjà mangé.
Il y a deux ans, de grosses bombes m'ont explosé en pleine face. Même pas mort. Mais diminué. Tu vois, elles ont réussi à souffler la flamme. Tu sais bien, celle-là, celle qu'on a tous à l'intérieur. Et ne rigole pas sur l'analogie vieille comme le monde, cherche bien, et tu verras que tu l'as aussi. Bien sûr, on n'a pas tous la même, on en a de plus ou moins grandes, avec un foyer plus ou moins grand pour exister, qu'on arrive plus ou moins à maîtriser. Mais c'est là. Dedans. Le temps que tu passeras ici.
A la base, je ne suis pas du genre à cramer la vie sans craindre de n'avoir plus rien à brûler un jour. Même si parfois ça fait rêver, il faut être taillé pour ça, et je ne le suis pas. Sans regrets, je ne vais pas commencer à m'en vouloir de n'être pas quelqu'un d'autre. Juste un mec normal. Avec une vie normale. Une flamme normale. Pas constante, pas figée, avec des hauts, des bas, des douches froides, des regains de puissance dévastatrice, des coups de vents malvenus, d'autres bienvenus, vivante. Mais bon, ça ne se passe pas toujours exactement comme on le voudrait.
Des explosions dans la tronche, donc. Rien de grave, dans l'ensemble. Du classique. Terriblement classique. Sauf qu'en première ligne, le souffle, je l'ai senti passer. Et durer. Jusqu'au moment où n'est plus resté qu'une petite braise de rien du tout. Plutôt mourir que de la laisser s'éteindre. Pour ne pas rester dans le noir, j'ai ranimé la flamme, avec ce que j'ai pu, c'est-à-dire pas grand-chose. Juste la conviction que ça pouvait valoir le coup d'essayer. Encore. Same player shoot again. Tu parles.
Ce qui m'a explosé à la tronche, c'est ce pourquoi que je me suis enflammé. Mes espoirs. Ceux qui me faisaient me dire, des trucs du genre "Vas-y, laisse passer l'orage, pour l'instant c'est la merde, mais ça finira bien par s'arranger un jour, et là, forcément, ce sera mieux". Et franchement, à un moment donné, j'ai cru que j'y étais. La fin de la tempête. La putain de tempête qui s'est déclenchée dans mon crâne il y a 15 ans quand mes parents ont décidé de se faire la guerre plutôt que de se séparer comme des gens civilisés. Loupé.
Si je ressens ce vide à l'intérieur, si j'ai parfois des envies d'incendie, je ne vais pas commencer à dire que c'est rien que la faute à mes parents, bouh les vilains. Ils n'ont rien fait de mal. Ils ont juste oublié d'être là. Alors j'ai dû bricoler. Faire tout seul le choix de ce qui me paraissait important pour réussir sa vie. "Réussir sa vie"... Le voilà mon héritage, une notion à la con. Enfin, j'ai fini par me trouver des projets, des objectifs. Des trucs très loin des concepts de carrière, ambition, succès professionnel, propriété de son logement... Non, juste réussir là où mes parents s'étaient lamentablement plantés, par exemple.
Décider de partir tout seul pour réussir là où il faut être au minimum deux. Haha. J'en ris encore. Et pourtant j'ai carburé à ça pendant presque 15 ans. Bien vu l'aveugle. Malheureux tout seul, je me suis dit que j'arriverais à être heureux à deux (et plus puisqu'affinités). Et ouais j'y ai cru. En même temps, encore une fois, je n'avais personne pour m'expliquer la vie, j'ai dû me dépatouiller tout seul pour trouver un sens à tout ça, alors je vous en prie, je vous en prie. Si les ados avaient tout compris à la vie, ça se saurait. Quoi qu'ils en pensent.
Alors bon, longtemps malheureux dans ma solitude, j'entretenais le feu intérieur en me disant qu'un jour, oui un jour, je serais heureux car elle serait mienne, nous aurions vécu longtemps et aurions eu beaucoup d'enfants. Etant entendu que "elle" pouvait signifier n'importe quelle donzelle en pinçant un peu pour moi et pourvue de gros nichons. A présent j'ai un peu cessé de nourrir de folles ambitions de ce côté-là. A dire vrai, je crains même d'avoir basculé de la position "mon bonheur=ma gonzesse" à celle tout aussi extrême du type "les gonzesses=mon malheur". D'où une certaine réticence à m'enflammer à ce niveau-là, stuvois c'que j'veux dire.
Me manquent la vigueur, la raison, le combustible, je ne sais plus. Ou plutôt je ne sais pas. Ce qui mérite qu'on s'enflamme. J'ai cru le savoir, et je m'y suis jeté de tout mon coeur. J'en suis ressorti carbonisé. Avec l'envie de plus jamais prendre le risque que ça m'explose en pleine face. Même si je sais que le souffle de l'explosion, aussi fort soit-il, ne pourra jamais tout éteindre en moi. Mais réduire un incendie à ce qui sort de ton briquet Bic, oui, ça peut. Pour l'instant le dragon manque un peu de souffle. Mais ça passera.








Commentaires
Je me risque à le faire le commentaire...
Ca nous explose souvent à la gueule, mais on y revient, c'est souvent plus fort que nous.
Et oui, ça passe toujours.
Heu, à part ça, j'aime beaucoup, si si :))
un mec normal tu disais?
Cloudy> Bienvenue à toi et... merci!
Par contre... Si les chagrins d'amour étaient les seules baffes que les humains sont capables de s'infliger, le monde serait sans doute plus facile à vivre, puisque comme tu le dis ça passe toujours. Malheureusement on se prend parfois les pieds dans d'autres tapis. Et ça peut être un peu plus compliqué de se relever.
Bliksem> Qui se prend parfois à rêver de l'être, nuance...
Je vais pas sortir une sagesse à la con, que d'ailleurs je ne possède pas.
Tout le monde galère un jour, certains plus que d'autres. Et parfois, on crève de désillusion.
J'ai pas mal galéré moi aussi. Je me suis encore pris un gros truc juste dimanche dernier, et j'ai cru pas pouvoir me relever. Et puis en fait, on continue, même si je sens la cicatrice encore vive.
La seule chose que je peux dire, c'est que dans la vie, il faut continuer, envers et contre tout.
J'ai pas de recette miracle. Serre les dents et carpe diem.
k
Ah ben de toutes façons, j'y suis j'y reste, et je continue de partir du principe qu'il reste toujours un espoir que ça aille mieux, même si parfois ça paraît lointain.