09
oct..
On est mâle (ou pas)
Par Thomas D. à 01:17 - Lien permanent
Y'a pas à dire, internet, c'est quand même trop bien. Je me suis dit ça pas plus tard que cet après-midi en me matant une ébouriffante compilation de grosses gamelles ambiancée "Sa mère comment il a dû se faire trop mal, le mec" sur Youmotion ou Dailytube, je sais plus. Je dis même pas ça pour rigoler. Et c'est pas non plus pour prendre la pose en soufflant un "Comment peut-on s'abaisser à ça" de circonstance. Non, vraiment je trouve ça... intéressant. Entendons-nous bien, "intéressant" ne veut pas dire "oualala trop bien". Non, simplement je trouve ça assez représentatif. Tu veux savoir ce que c'est d'être un homme aujourd'hui? Facile, va pécho des vidéos sur internet, tu vas comprendre.
Avant c'était facile, si tu voulais être le boss, le grand manitou, la grosse légume, le pimp avec toutes les biatch pour lui, il suffisait de dire "Bon, les mecs, on n'a qu'à dire que c'est moi le chef et ceux qui sont pas d'accord, je leur pète leurs dents". En gros t'en avais peut-être un ou deux qui râlaient au début, mais une fois leurs crânes fracassés par un coup de massue bien senti t'étais tranquille pour une petite période, le temps qu'un plus balèze que toi ne se pointe et ne te donne tort en fracassant ton crâne avec sa massue perso. A l'échelle d'une petite communauté, ça marchait plutôt pas mal, mais bon, avec l'augmentation de la population c'est devenu moins évident. Histoire de conserver un nombre de mâles suffisants pour pouvoir féconder toutes les femelles (qui ne demandaient que ça, les cochonnes), on a inventé la civilsation, et puis en même temps ça permettait aussi de se moquer des voisins en les traitant de primitifs ou de pas-comme-nous, mais c'est pas le sujet. Bref, tuer tous les autres mecs est vite apparu comme une méthode un peu ringarde, en plus ça fait pas très open-mind spirit.
Pendant un temps, être capable d'ôter la vie de quelqu'un restait quand même un atout séduction valable, mais avec une nuance tout de même, il fallait qu'il y ait une part d'incertitude. De préférence, pour être sûr de faire se pâmer les gonzesses, il fallait se choisir un adversaire qui ait l'air plus fort que soi. La démonstraiton de sa virilté à grands coups de "T'as vu chuis encore plus balèze que ce que tu croyais", ça épatait les filles, et pas qu'un peu. Mais bon, voilà, avec le temps et les progrès de la civilisation, cette façon de faire a fini par lasser elle aussi. Au bout d'un moment les nanas ont décrété que trop faire son crâneur c'était tout naze en fait. C'est là que les choses ont commencé à singulièrement se compliquer...
N'allez pas croire que les principales qualités recherchées chez un homme aient changé du tout au tout. Non, il fallait toujours être le plus balèze, mais attention, plus question d'en faire étalage. Le mieux c'était de réussir à se retrouver dans une situation où il fallait faire usage de sa supériorité, mais en soulignant le fait que c'était contraint et forcé qu'on l'avait fait. Le top de la classe c'était de réussir à placer un bon vieux "Oui bon, c'est vrai je lui ai un peu cassé sa tête, mais bon, il l'avait cherché et si j'avais pu l'éviter, j'aurais préféré en fait". Ou la version Mac Fly: "Personne ne me traite de mauviette". Ca marchait plutôt bien, jusqu'au moment où tout le monde a compris le truc. Sauf que du coup les bons cons toujours prêts à chercher la bagarre se sont raréfiés, et du même coup les occasions de faire la preuve de sa supériorité en leur rabattant le caquet à grand coups de mon poing dans ta tronche. Il allait falloir trouver autre chose, encore.
Un pas a été franchi en matère subtilité le jour où les mecs ont compris qu'on pouvait faire passer les autres pour des chochottes sans avoir à les occire (ou même juste leur casser le nez histoire de dire). Nan, le mieux en fait pour prouver qu'on avait une paire de couilles grosses comme ça, c'était de faire des trucs que les autres ne savaient pas faire. Trancher la carotide d'un bonhomme c'est à la portée du premier venu, alors que sauter du plongeoir de dix mètres, ça mon vieux ça en jette autrement plus. C'est ainsi qu'est née la méthode dite du "T'as vu moi chuis cap' et pas eux". Et il faut bien avouer que c'était plutôt cool, la variété des défis lancé à soi-même laissant plus de place à la fantaisie que les pratiques un rien binaires en vigueur jusque-là. Bien sûr quand la mode fût lancée, les idées fusaient de partout, et vas-y que je te "Mais ouais, quand je veux je fais le tour de la Terre en bateau, t'as cru quoi?", que je te "Ah, ah, t'as vu j'y nique sa race à la montagne, moi, quand je veux je vais tout en haut" ou que je te "Peuh, quand je veux je traverse l'Atlantique en avion en 1912, même pas peur". Bien sûr, dans ce cas, la surenchère est une pratique obligatoire. Et c'est comme ça qu'en 1969 un guignol est carrément aller faire des bonds sur la Lune. Après ça, sachant qu'un mec est allé là-haut, bien loin de notre atomsphère terrestre, comment veux tu te la raconter devant les meufs en zonant ici-bas?
Aujourd'hui, nous les mecs, on sait plus quoi faire. On a bien compris que tuer les autres c'est zéro pour se faire des meufs, mais on sait aussi que faire le kéké sérieusement est devenu hors de portée vu que tout a déjà été fait. Alors qu'est-ce qu'on fait? Un retour aux sources. On essaie de retrouver l'essence de ce qui jusqu'ici marchait. Mettre la main sur la substance première de notre mojo... Bon. Entre la baston à coups de massue du temps où on vivait dans des grottes à l'ascension de l'Everest sans oxygène (mais avec un anorak faut pas déconner), quel est le plus petit dénominateur commun? Le risque! Ce qui fait l'intérêt de toute performance réalisée dans le cadre d'une manoeuvre de séduction, c'est le risque. C'est ça l'ingrédient de base! Si t'enlèves tout ce qui au final n'est que fioriture, ce qui reste au bout, c'est le risque. Alors allons-y, prenons des risques, mettons-nous en danger, comme ça pour rien. Enfin, pas pour rien, pour époustoufler les gisquettes. Sautons des ponts avec des élastiques aux pieds, faisons des roues arrières en VTT sur la rambarde du premier étage de la Tour Eiffel, allumons-nous une bonne clope après avoir séjourné dans une baignoire remplie de Sans Plomb 95, tournons des films de Jackass! D'où Youmotion et Dailytube. Ca va marcher, c'est obligé!
Et ben tu vas pas le croire, ça marche même pas.
Va savoir ce qu'elles veulent, les meufs...
Tiens d'ailleurs, parlons-en des meufs. Qu'est-ce qu'elles ont bien pu foutre pendant tout ce temps que les mecs ont consacré à déterminer qui avait la plus grosse? Et ben elles ont progressé, gentiment. Autant au tout début elles étaient bien obligées de se trouver un costaud, un dur, un tatoué, pour assurer leur survie et celle des mioches, autant petit à petit elles se sont aperçu(es?) qu'elles étaient tout à fait capables de se démerder toutes seules. Avec le temps elles ont même dû finir par nous trouver un peu cons-cons à dépenser des milliards pour aller faire joujou sur la Lune. C'est vrai, quoi, à quoi ça sert dans la vie de tous les jours? Comme s'il y avait des boulangeries ou des pompes à essence sur la Lune... Du coup, comme ça sert à rien, en quoi c'est attirant? Et ben en rien. Et d'ailleurs, en regardant un peu dans le rétro, qu'est-ce qu'elles ont vu? Que tous nos efforts pour faire les beaux c'était quand même un peu de la merde. Et ça va pas en s'améliorant. De là à se demander à quoi peut bien servir un mâle à part à féconder la femelle, il n'y a qu'un pas. Et c'est comme ça qu'on se retrouve dans un monde où les meufs se demandent bien ce qui pourrait les pousser à garder un mec auprès d'elles, et où les mecs se disent que plus ils feront des trucs cons plus ils ont de bonnes chances de pécho, alors que rien du tout.
Moralité, c'était bien la peine d'aller sur la Lune pour en arriver là.

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