Bon.
Je sais pas trop pourquoi, je le sens pas des masses de me fader une rédaction pour narrer par le menu mes préoccupations du moment. Certes les considérations relatives à la solitude, à l'approche de la trentaine, à la difficulté de l'accession à la propriété et autres problèmatiques du même accabit ont quelque chose d'universel, au sens où on finit tous par se les prendre en pleine gueule un jour, mais est-ce bien la peine de m'infliger un reportage à chaud dans les méandres de mes névroses? Je décrète que non. Et puis d'abord, qui ça intéresse, hein, mes petits cacas d'égo? Non, laisser accroire que mes états d'âmes brillent de part leur vertigineuse universalité alors qu'en réalité tout ce qui m'intéresse c'est d'éveiller la curiosité de gens, voire même leur pitié, très peu pour moi, merci bien. Fighting spirit, mon coco! Si tu veux que les gens s'esbaudissent à la lecture de tes écrits, c'est pas à petites étincelles de "Ouille, j'ai bobo à mon petit coeur meutri" que tu vas les éblouir. 'Faut dégainer du lourd, du sensationnel, du rocambolesque, en un mot, de l'extraordinaire. Qu'il me soit donc permis de vous dire où j'en suis avec mon armoire.

Or doncques, il y a de cela une ou deux lunes, je me suis acheté une armoire en kit chez les 3 Suisses, entreprise fondée dans le Nord de la France (comme son nom ne l'indique pas vraiment) par un certain monsieur Toulemonde, ça ne s'invente pas. Partant du principe qui veut qu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même, et aussi de celui qui veut qu'il vaut mieux éviter de faire de son compte en banque un puits sans fond, j'ai opté pour un modèle qui, non content d'être livré démonté, ést dépourvu de tout artifice décoratif, l'idée étant de tuner un peu la chose, de façon sobre, élégante, et aussi "t'as vu comment ça tchue sa mère?" un peu. Après un nombre incalculable d'heures passées à me niquer les genoux pour teinter les 25 pièces du puzzle en 4 couches recto-verso, j'ai fini par finir. Tout à ma fièvre bricoleuse, je me suis empressé d'assembler les trucs avec les machins pour arriver au bidule final...

Soudain (rocambolesque on te dit, rocambolesque), j'ai réalisé que bordel de nouille j'avais oublié d'acheter les poignées. Pas que ce soit une armoire sans poignées d'origine, non y'en avait bien, mais des super trop moches, donc bon, pas question de les laisser tout gâcher. Ni une ni deux, les mains encore pleines de teinture, qu'on aurait dit que je venais de me faire un hénné en oubliant de mettre des gants (fatale erreur, croyez-en mon expérience, ah, et je précise c'était pour les cheveux d'une copine, pas pour les miens), je me suis aussitôt précipité au volant de ma belle italienne aux reflets d'argent afin de quérir des poignées plus présentables dans quelque magasin de bricolage des environs. Et alors là, la loose totale. Pas moyen de pécho le modèle que je voulais, rupture de stock partout. A croire que l'espèce était vouée à l'extinction, et que les derniers spécimens encore en circulation étaient ceux qui ornent à présent ma commode (également par moi tunée un peu plus tôt, mais je vais faire l'impasse sur cette fabuleuse saga si vous le voulez bien)... Je ne sais pas si vous imaginez quelle pouvait être ma détresse du moment. Rendez-vous compte. Mon armoire, ma si belle armoire, ma Cendrillon, ma Fair Lady rien qu'à moi, sans ces poignées elle n'était plus rien qu'un tas de bois tout juste bon à faire partir un barbecue.

Tout à coup, alors que rien ne le laissait présager, non, je n'en fais pas trop, je me suis dit un truc comme "Hé mais attends, souviens-toi, à la base, l'idée des poignées de tuning, tu l'aurais pas trouvée sur internet?". Ah ben oui, tiens, c'est même marqué (vers la fin), comme quoi c'est pas si inutile que ça un blog, finalement. Et ben figure-toi que j'ai réussi à les trouver mes super poignées que j'aime, pasqu'on dirait que c'est des toutes vieilles toutes usées, mais en fait rien du tout on les vieillit en usine comme ça les clients sont contents il peuvent faire style trop la classe j'ai des vieux meubles alors qu'ils sortent de chez le marchand (je conseille également la finition à la cire, ça permet de faire encore plus style trop la classe j'ai des vieux meubles). Le seul petit hic, c'est que comme le mec en charge de la logistique de chez Leeroy Meurline doit être à peu près aussi talentueux que moi en matière de rangement de ses petites affaires, il faut compter au bas mot 2 semaines pour se faire livrer. 48 heures de Colissimo, mais avant ça compter 12 jours de fouilles archéologiques pour exhumer l'article acheté. Z'ont de la chance que je veuille ce modèle-là et pas un autre...

En attendant, dans ma chambre trône donc une armoire sans portes ni tiroirs (ben oui, comment tu les ouvres sans poignées, toi?), ce qui fait quand même un peu con, avouons-le. C'est d'autant plus dommageable que les portes sont de toute beauté. Non, je n'exagère pas, si je me suis pris la tête pour les faire bicolores en sacrifiant à cette fin un rouleau de scotch à peinture de 25 mètres qui ne m'avait rien fait, c'est pas pour de la merde. Bref, ces jours-ci, hormis les broutilles évoquées au premier paragraphe, ma vie se résumé donc à l'attente de l'arrivée des poignées dans ma boîte aux lettres. On a déjà vu programme plus funky, je vous l'accorde. J'en ai la pleine conscience, rassurez-vous, au bout d'un moment j'ai fini par m'ennuyer un peu. Heureusement, moi, quand je m'ennuie, j'ai un truc super: je claque du fric. Ce qui au final peut s'avérer très rigolo. Enfin quand c'est moi qui le fait. Et là, donc, il faut que j'explique pourquoi.

Sous peu, vous l'aurez compris (ou alors posez-vous des questions sur vos facultés de concentration), j'aurai une armoire. A cela, somme toute, rien d'exceptionnel. Ce qui l'est peut-être un peu plus, c'est d'avoir réussi pas passer un an et demi sans armoire ni autre mobilier de rangement me permettant de stocker mes vêtements. Ceci illustre, il me semble, assez bien, mon sens des priorités. Pour te dire, je me suis offert un home-cinéma avant de m'offrir une armoire. C'est quand tu te rends compte de trucs comme ça que tu te dis "Putain, chuis grave quand même". Maintenant que vous vous faîtes une idée de ma façon de penser ce qui est important et ce qui ne l'est pas, vous comprendrez pourquoi les journées comme aujourd'hui où je décide de faire chauffer la carte bleue finissent souvent en grand n'importe quoi. Un peu comme ce fameux jour où je suis parti de chez moi avec la ferme intention de revenir avec un buffet en teck massif sous le bras (c'est une image, je suis musclé, certes, mais pas tant que ça) et où je suis finalement rentré avec un beau lecteur MP3 à 500 boules à la place (lequel était beaucoup plus facile à transporter sous le bras). Ou encore cette fois où j'ambitionnais de dégotter deux ou trois futals histoire de relayer le seul mettable qui me restait et où au bout du compte j'ai remonté chez moi un ravissant assortiment de 6 casseroles Tefal Ingenio.

Depuis que ma chambre est trop belle vu que c'est moi qui l'ai refaite, j'ai beaucoup plus de plaisir à y séjourner. Pour être exact, je n'y séjournais pas avant de la refaire, vu que c'était une pièce qui faisait office de bureau, un peu, et de débarras à gros bordel, genre cave bis, beaucoup. Sauf qu'un beau jour (comme il y en a tant par chez moi) je me suis aperçu qu'elle était beaucoup plus spacieuse que l'autre (mon ex-chambre, vous suivez?). Du coup, pschhh-pschhh la décolleuse, tuif-tuif l'enduit, brrr-brrr la ponceuse, kof-kof les poumons, splotch-splotch la peinture, kaboum-kaboum le parquet (ouais, je fais pas trop bien le bruit du parquet qu'on teinte et qu'on cire), et pouf-pouf ma nouvelle chambre! Si vous avez tout bien suivi aux fabuleuses aventures de j'habite chez moi, vous ne vous étonnerez pas si je vous dis qu'en tout et pout tout dans ma chambre toute neuve il n'y avait qu'un meuble: mon lit. En deux mois, y'a du mieux: une commode, des rideaux qui vont bien et une presqu'armoire. Manque un truc super important. Ou plutôt deux trucs. Des tables de chevet. Ouais, pasque bon, tant que t'as pas un endroit où poser ton FHM ou ta "Critique de la raison pure" que tu lis avant de dormir, tu peux pas appeler ça une chambre.

Ce matin, la mission de la journée était donc de ramener au bercail deux tables de chevet qui vont bien avec le reste, à tuner ou non, on s'en fout, et même limite sans tuning c'est mieux, mais bon, après 'faut voir ce qu'il y a. En toute logique la journée s'est donc achevée avec un futal en velours et une paire de Veja achetés sur internet, deux pulls que je pourrai mettre quand j'aurai perdu cinq kilos, et deux parures de lit dont une qui m'a bien fait rire. En fait, ce qui fait que ça part en vrille, c'est que je n'arrive pas à rentrer les mains vides. Au départ, et c'est toujours comme ça, je suis à bloc, fermement décidé à trouver ce pour quoi je suis parti en quête. Sauf que comme je suis ultra-diffile et/ou compliqué, je finis par ne pas trouver ce que je cherche, tout simplement parce que ça n'existe pas. D'où frustration. Colossale frustration. Sur ce plan, il faut croire que mes parents m'ont mal éduqué, en effet, je m'accomode mal de la frustration. Mieux, je refuse de l'accepter. Alors je cherche à compenser, quitte à faire n'importe quoi. Et c'est comme ça que je finis par me retrouver avec une improbable parure de lit bordeaux tendance Beaujolais, en imitation satin qui brille et tout à faire passer ma chambre pour un lupanar slovaque. Ce qui n'a pas manqué de me faire rigoler quand j'ai déplié la chose sur mon lit.

Sur ce, je vous souhaite de beaux rêves, au moins aussi rigolos que les miens.