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nov..
Vous ne saurez rien sur mes chaussettes
Par Thomas D. à 17:01 - Lien permanent
Pour une raison que je ne m'explique pas encore très bien, mais que je bricolerai certainement d'ici deux ou trois paragraphes, dans l'inconscient collectif, le slip, ça craint du boudin. Pour s'en convaincre (au cas où vous douteriez de l'assertion qui clôt la phrase précédente), une expérience très simple suffit. Entourez-vous d'un panel de jeunes femmes de moins de 35 ans, de préférence du genre "j'y conterais bien fleurette à celle-là, et même plus si affinités si tu vois ce que je veux dire *coup de coude, coup de coude*", et lancez à la cantonnade, l'air de rien, comme ça, "Et ben moi, tu vois, je porte des slips, même que là, maintenant, tout de suite, j'en porte un". A partir de là, vous prenez le nombre de personnes de sexe féminin présentes dans l'assemblée, vous le multipliez par deux, et vous obtenez le total d'yeux horrifiés qui vous contemplent d'une façon qui crie "fuir, fuir, fuiiiiir!!!". Ce qui en dit long sur la popularité de notre ami le slip auprès de la gent féminine. A l'attention de ceux qui envisageraient de tenter cette petite expérience en vrai, je précise qu'il est extrêmement difficile de s'en sortir avec un semblant de reste de dignité. Le mieux est de jouer la carte de l'humour, mais c'est pas dit que ça marche, en dégainant un bon vieux "Haha, mais non, je plaisante, bien sûr, grandes sottes que vous êtes!". A ce moment-là, le port du caleçon est plus que conseillé, même si ce n'est pas dans vos habitudes, car l'une des donzelles risque fort de réclamer une preuve ne laissant pas la place au doute.
J'admets volontiers qu'un slip, en soi, ce n'est pas très glamour. Même en soie (non, non, n'applaudissez pas, vous me gênez). De là à transformer celui qui le porte en repoussoir à gonzesses, y'a plus qu'un pas à franchir, non? Et pourtant, dans les dix commandements du mâle célibataire en chasse, on trouve celui qui veut que tu ne porteras point de slip (et encore moins tu ne t'en vanteras). Hors le caleçon, point de salut. Enfin si, y'a bien le boxer, improbable hybride à la mode depuis quelques années, dont on ne dira jamais assez à quel point il sauve la mise de tous les adeptes du soutien de ce qui mérite d'être soutenu. Car c'est bien là, oui, oui, vous voyez très bien d'où je parle, que se situe le coeur du problème. A une époque et dans un pays où chacun dispose au minimum d'une douche dans son petit chez lui, les sous-vêtements masculins n'ont plus vocation à préserver l'harmonie visuelle et olfactive des vêtements qui les recouvrent. En clair si t'as décidé de te la jouer "à poil sous mon futal" pour un jour, y'a pas grand danger pour ton bloudjine. Par contre, pour ton intégrité physique ça risque d'être un peu plus tendu, surtout si t'es pas adepte de la mode extra-large porté baggy. Si t'es plutôt, je sais pas moi, disons 512 bootcut fashion-style qui te moule gentiment le fessier, l'exercice se révèlera beaucoup plus périlleux, même si t'as décidé de la jouer caleçon. C'est là que le slip devient ton ami. Ou le boxer, si tu considères qu'il existe une probabilité non-nulle que tu doives ôter ton pantalon sous le regard gourmand d'une accorte jeune femme.
A la limite, en hiver, sous nos latitudes, le caleçon est une option envisageable. Parenthèse scientifique. Oui, car, le saviez-tu, il se trouve, et peu de gens le savent, qu'un mâle dispose dès l'origine d'un équipement propre à lui permettre de remplacer au pied levé un thermomètre si la situation l'exigeait. L'explication de cette étonnante aptitude est toute simple, comme quoi la nature est bien faite. Figurez-vous que pour préserver la constance de son taux de fertilité, un humain mâle se doit de stocker ses cellules reproductrices à une température comprise entre 32 et 35 degrés centigrades. Comme vous le savez, la température normale du corps est plutôt de l'ordre de 37 de ces mêmes degrés, d'où l'intérêt de ménager quelque distance entre le lieu de stockage et le corps lui-même. Là où c'est très fort, c'est que cette distance peut être régulée à l'envi en fonction des conditions extérieures par la grâce de la flexibilité des tissus qui permettent de tout garder d'un seul tenant. En gros quand il fait froid on rapproche, quand il fait chaud, on éloigne. Chacun connaît, par exemple, les effets amusants produits par l'immersion d'un corps mâle dans une eau un peu trop fraîche, je vous fais pas de dessin. Qui dit abaissement de la température ambiante, dit contraction des tissus suspenseurs, dit réduction de l'amplitude de balancement de ce qui pourrait de balancer. D'où l'on peut déduire que le port du caleçon par moins quinze est plus confortable qu'en pleine période de canicule. A noter que l'on en déduira aussi que le port d'un slip ultra-tight en laine par grosses chaleurs est contre-productif au sens propre du terme. Fin de la parenthèse scientifique, laquelle, soulevant plus de questions qu'elle n'en résout, ne nous permet pas de trancher sur cette question fondamentale: slip ou caleçon?
Arrivés là, voyant à quel point j'arrive à en débiter des kilomètres sur un sujet aussi trivial, vous avez compris, car on ne vous la fait pas à vous, où je vais en venir. Le coming-out que je m'apprête à faire ci-après ne suscitera donc pas le moindre ébahissement dans vos yeux (parce que je les ai habilement préparés à ce qui va suivre, accordez-moi au moins ça). Et bien oui, il m'arrive de porter des slips. Mieux, pendant longtemps je n'ai porté que ça. Au départ, ce n'était pas un choix de ma part: du jour maintenant lointain où j'ai su quand et comment faire l'usage approprié des W.C., mes parents ont remplacé mes couches par des slips, parce que bon, à l'époque c'est plutôt ce qui se faisait pour les petits garçons. Et en même temps, je peux vous dire que j'en avais rien, mais alors rien de rien, à foutre. Mes préoccupations étaient bien loin des considérations vestimentaires, le regard des autres m'indifférait, coller à la mode était le cadet de mes soucis, ah, c'était le bon temps... Mais je m'égare. Rendu à l'adolescence, et pour le plus grand bien des nerfs de mes parents, l'une de mes seules rebéllions notables a été de jeter mes slips à la poubelle pour passer en mode 100% caleçon, quelle que soit la situation, en particulier pour faire du sport. Athlétisme, escalade, équitation, VTT, j'avais trop pas peur, rien au monde ne m'aurait fait renoncer à cette liberté grisante et sauvage que j'avais choisie. Enfin bon, la rebelz attitude, c'est comme tout, au bout d'un moment on s'en lasse, et vers la vingtaine, je suis revenu aux bons vieux slips de mon enfance. Quelques tailles au-dessus, bien sûr (Si vous avez cru que je vous verrais pas venir, c'est loupé).
Coup de bol ou pas, je ne sais pas trop, la petite poignée de demoiselles qui m'ont fait l'honneur de s'intéresser à moi pour autre chose que mon intelligence étaient assez peu soucieuses de la nature de ce qui faisait office d'emballage de l'objet de leurs désirs les plus inavouables. En réalité elles étaient plutôt du genre à me déparer au plus vite de tous mes artifices de tissu pour en venir au fait, dans un esprit très "ta peau contre la mienne et rien d'autre", et on va s'arrêter là sinon je vais sombrer dans une nostalgie de mauvais aloi. Pour en revenir à ce qui nous préoccupe aujourd'hui, la question du slip ou pas en tant qu'élément prenant part à la stratégie de séduction ne s'était jamais posée. A côté de ça, s'il m'arrivait de nager dans un bonheur qu'aucun sous-vêtement n'aurait su entraver, il en allait de même autour de moi. Ouais, bon, c'est pas très clair. En fait ce que que je voulais dire, c'est qu'autour de moi, potes et amis étaient la plupart du temps en couple. Le ou la célibataire était en situation de transition et ne le restait jamais bien longtemps, en tout cas pas assez pour se regrouper avec ses semblables et former un groupe dans le groupe, avec ses préoccupations bien à lui. Et puis bon, la vie, les rencontres, les nouvelles connaissances, les nouveaux collègues, j'ai fini par les rencontrer. Je n'avais même pas conscience qu'ils existaient à point-là, cette caste, ce peuple, cette multitude: les célibataires. Au début, j'avoue que j'ai eu un peu de mal à les identifier comme tels, je persistais dans ma vision angélique du monde, les percevant comme des êtres en état de transition, des moitiés de couple en attente de trouver leur autre moitié, allez ça ne pouvait pas durer. Jusqu'à ce que je me fracasse la gueule sur le trottoir moi aussi. C'était pas ma moitié, c'était une peau de banane. Dommage que j'aie pas su faire la différence. Ca m'apprendra.
Je suis donc devenu célibataire. Et mon monde à changé. Je suis maintenant membre à part entière d'un groupe dans le groupe des humains. J'ai compris que je n'étais pas en attente. Que pour ne pas affronter le monde tout seul il allait me falloir partir en conquête. Armé. Sauf que bon, quand tu sors de ton histoire de couple, surtout si t'étais à bloc, t'es désarmé. A poil. Ou en slip à la rigueur. Les armes, il faut prendre le temps de les fourbir. Et puis c'est bien beau de se dire qu'il va falloir partir en conquête, mais il faut déjà savoir ce qu'on veut conquérir. C'est à ça que servent les conversations de célibataires. Je vous fais pas un topo là-dessus, je pense qu'on sait à peu près tout en quoi ça consiste. Il se trouve que parmi les sujets abordé lors de ces conversations rituelles, il en est un qui revient assez souvent, c'est le fameux "Et pour toi, qu'est-ce qui serait rédhibitoire chez l'autre?". Si, si, vous l'avez forcément déjà entendu çui-là. Puisque la mixité des intervenants est généralement admise dans ce genre de conversations, croyez-bien que j'ai les esgourdes bien ouvertes dès lors qu'on en vient au thème de la rédhibitoireté (et un nouveau mot, un!) et que c'est le camp des filles qui en cause. Dans ce contexte, je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer qu'une chose revient pratiquement systématiquement sur le podium du rédhibitoire chez un mec (pour une fille s'entend): le port du slip. Ce qui pour un grand porteur de slip devant l'éternel dans mon genre ne va pas sans amener son lot de remises en cause et de questionnements.
Déjà, première chose, réagir. Depuis quelques mois, les boxers ont fait leur entrée en masse dans mon quotidien sous-vestimentaire. Je reconnais que par rapport au slip, franchement c'est presque pareil, au niveau du soutien (et je parle pas de soutien psychologique), ça va, ça le fait. Pour ce qui est de l'aspect visuel, pareil ça choque pas. Mieux, je réalise que pour un sportif non-pratiquant dans mon genre, je ne m'en sors pas si mal que ça. C'est pas Yannick Noah en Sloggi, mais y'a pire, j'imagine. Donc bon, translation réussie. L'autre jour, j'ai même poussé le bousculage des bonnes vieilles habitudes jusqu'à investir dans un lot de deux caleçons, et oui madame. Là, 'faut dire ce qui est, j'ai un peu plus de mal à m'y faire. Je n'arrive pas à me défaire de cette angoisse pesante, cette étrange sensation d'être suspendu dans le vide. Mais bon, à force ça viendra peut-être. De toutes façons, il est clair que quelque chose a changé. S'ils n'étaient pas à l'abri dans le tiroir d'une superbe commode qu'elle est trop bien, mes slips prendraient certainement la poussière, vu que je les mets plus. Et ouais, même si je n'y crois pas trop moi-même, je m'efforce la jouer méthode Coué en me disant qu'à tout moment je peux tomber sur une charmante qui désire me voir tomber le pantalon. Et à cet instant, y'a pas moyen que je me présente sous un jour rédhibitoire, tu vois. Donc boxer. Pour te dire, j'ai même poussé la conversion à la religion boxer jusqu'à m'offrir un maillot de bain coupé de cette façon pour remplacer mes plus conventionnels slips de bain. Entre parenthèses, le boxer de bain, c'est quand même super désagréable à porter, mais bon, comme le dit l'adage (je ne sais plus 'il est de Pascal ou Cioran) "on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre", n'est-ce pas.
Hé mais au fait, je pense à un truc, là, j'ai toujours pas réussi à trouver la raison pour laquelle le slip est tellement à l'opposé des préférences de ces dames! Bon, tu penses bien que j'ai déjà posé la question, hein, en tant que pratiquant quasi intégriste, c'était bien normal que je me demande pourquoi mes propres habitudes suscitaient autant de détestation chez les nanas. La réponse communément admise est "C'est parce que c'est moche", ou "trop moche" aussi. Face à un argument aussi peu appuyé sur des faits concrets, y'a rien à faire à part s'incliner. Quand c'est affaire de goût, tu ne peux pas te défendre. Alors tu te plies aux exigences de celles qui au final ont toujours le dernier mot quand il s'agit de décider si tu vaux le coup ou pas. Point. N'empêche que... 'Doit bien y avoir une raison. Après d'intenses réflexions (oui, je passe mon temps à des choses à la fois utiles et constructives) , j'ai quand même une hypothèse quant à la raison du "plutôt caleçon que slip" de ces dames. Du moins une ébauche d'hypothèse, pour le moment c'est un peu vaporeux, mais je crois que je m'en contenterai, on va pas non plus se torturer plus que ça, hein. Enfin bref, je pense que c'est une histoire de préservation du mystère, de place laissée à l'imagination. Le plaisir du doute, puis de la découverte. Le fait de ne pas se trouver confrontée immédiatement à une évidence aussi visible qui eclipserait tout le reste permet peut-être de se convaincre qu'il y a autre chose de bon à prendre autour. Et puis faire face à ce qui ressemble trait pour trait à sa propre origine a peut-être quelque chose d'angoissant, va savoir...
Enfin bon, des histoires de gonzesses, quoi.
Et sinon à part ça?
Et ben à part ça, avant de le faire dans la vraie vie, qu'il me soit permis de faire mon frimeur ici.
Haha.
Ayé.
Je les ai.
Trop la classe.
Mais non, pas les poignées de mon armoire ('faut pas rêver non plus).
Nan.
Mes pompes.
Mes Veja.
Haha.

Commentaires
Pour le bain: le boxer c'est glauque, alors que porter un slip de bain avec un caleçon par-dessus, ça passe.
pour ma part le rhédibitoire c'est l'hygiène douteuse après slip ou caleçon, il faudrait que j'ai déjà le contenu, le contenant est accessoire pour l'instant...
sinon mon commentaire initial ayant eu tendance à s'allonger j'ai développé en blog interposé.
C'est curieux, jamais je n'aurais pensé à choisir le slip comme élément rhédibitoire. Je ne peux pas dire que j'en raffole, mais pas à ce point tout de même. Pour moi ce serait plutôt l'hygiène douteuse comme le souligne Blik, ou éventuellement une pilosité abondante, mais ça c'est chacun ses goûts. Il y a bien des nanas qui aiment les gorilles, alors il doit y en avoir d'autres qui aiment les slips...
Invité(e) mystère> Oui, bon, d'accord, mais à la pistache, le caleçon est prohibé, alors... C'est quoi le moins glauque, slip ou caleçon de bain?
Les filles>Hé, ho, z'allez pas me faire croire que vous traînez avec des mecs dont l'hygiène peut laisser à désirer... Pas au XXIe siècle!
Sinon, bliksem, merci pour cette explication, je crois que je vais bannir le slip pour les 20 prochaines années.
thomas> ça existe, mais je suis très sensible à ça aussi, et l'hygiène peut aussi englober la propreté de l'appartement, le dernier prétendant, son appart m'a fait rentrer chez moi de suite... sinon de rien pour l'explication, je ne pouvais décmment te laisser dans ces errements vestimentaires...
alex> la pilosité excessive aussi! comment ai je pu oublier de le mentionner?
Le slip... ça surtout ce que font porté les mamans à leurs garçonnet, ou bien ce que portent délibérement les hommes durant leur période descendante de leur vie... histoire d'effectivement tenir le matos en place, plus que de se prendre les pieds dedans à force de relachement. Donc le slip n'est vraiment, vraiment pas glamour.