Ce matin, en sortant du Leclerc de Saint-Ouen-l'Aumône, tout en me disant que c'était vraiment pas l'endroit idéal pour aller pécho, quand bien même je n'y allais pas pour ça mais plutôt pour reconstituer mon stock de PQ sévèrement attaqué à la suite du terrible rhume qui m'a frappé (et a déclenché l'hilarité d'une méchante que je ne nommerai pas mais qui se reconnaitra), et là, soudain notre héros se dit qu'il allait reprendre au début, parce qu'on pourrait faire une phrase de 4 pages comme ça aussi, et à la fin personne n'aurait rien compris...
Brouhoum.
Ce matin donc.
Leclerc de Saint-Ouen-l'Aumône, bourgade du Far West parisien sise de l'autre côté du pont par rapport à chez moi.
Leclerc, pas par plaisir, juste j'avais plus de PQ.
PQ épuisé, car rhume, et car passé un certain stade, quand mes mouchoirs en soie ont absorbé tout ce qu'il peuvent absorber, ma foi, je mets de côté les questions d'images et ne rechigne pas à me vider les naseaux dans du Moltonel (épaisseur triple à l'Aloé Vera, quand même hein).
Ah, et pas que PQ, boxers aussi, vu que c'est la nouvelle mode sous mon futal.
Alors oui, j'achète mes dessous chez Michel-Edouard, mais sache que je te merde, et d'abord cite-moi un seul magasin de lingerie pour homme autour de chez moi, après tu pourras parler.
Bon, je crois qu'on y est, on a bien situé l'action, là.

En rejoignant ma belle italienne aux reflets d'argent sur le parking, donc, je me suis dit :"Tiens, j'me fumerais bien une clope, là maintenant tout de suite.". Le problème c'est que cette pensée m'est venue il y a maintenant près de deux heures, et que depuis elle n'a pas voulu céder la place à une autre. J'ai bien peur que ce soit là un signe manifeste de dépendance.
Car oui, vous l'aurez deviné, mais je m'en fous, je me la joue quand même outing, je suis de la sale race des fumeurs. Un vrai de vrai, qui s'éclate son paquet au quotidien, pue de l'index et du majeur droit, et n'hésite pas à fumer devant son PC. Attention, hein, je ne tire aucune espèce de gloire de ma regrettable accoutumance, je sais que c'est mal, que ça pue, et même que ça tue, mais bon, je continue, qu'est-ce que tu veux, les habitudes, tout ça...
En règle générale, le fait d'être malade ne m'empêche pas de fumer. Je veux dire, ça devrait, mais ça le fait pas. Hé bien, cette fois-ci, pour une raison que je ne m'explique pas, j'ai décidé que rien du tout, tant que je n'en aurai pas fini avec ce gros rhume (qui est en train de virer gentiment rhinopharyngite, comme d'hab'), je ne toucherais pas une clope.
Donc depuis jeudi soir, m'en suis pas cramé une seule.

Honnêtement, jusqu'ici, les doigts dans le nez (qui n'avait pas besoin de ça, vu comment l'encombrement qui le caractérisait). C'est vrai que dans le cadre de mon agonie, non je n'exagère pas, les premières 48 heures furent plus qu'intenses, mes pensées vagabondaient assez loin des envies de nicotine qui me taraudent actuellement, donc ça m'a pas manqué du tout.
Le truc c'est que ça va quand même un peu mieux, là. Autant hier matin, je me voyais mourir dans la journée, autant ce matin, ça va, je suis assez confiant par rapport à ma survie pour les 30 prochaines années. Mais tout comme la fièvre, le rhume est descendu, ce qui fait que je me mouche vachement moins, mais je tousse beaucoup plus. Or, s'il y a une chose dont je suis à peu près sûr, c'est que si je me remets à fumer maintenant, je suis parti pour un bon mois de petite toux pas grave, mais bien chiante. Donc je me retiens. Mais c'est chaud.

Les plus sains de corps et d'esprit d'entre vous me diront "Mais dis-donc, vieux, à la limite, tu ferais mieux de carrément arrêter pour toujours, ce serait aussi bien, non?".
Certes oui.
Mais si cétait facile, ça se saurait.
Et pis d'abord, j'avais pas envie moi, au départ, c'est juste que je suis tombé malade, voilà. Evidemment, si je m'amuse à dire que m'en fous, dès que je suis guéri je me remets à fumer comme un pompier, ça fait con, c'est comme ça. Même moi, je me dis que l'occasion pourrait faire le larron et que c'est peut-être un signe du destin: à 4 jours de la date fatidique qui me verra quitter la décennie de la vingtaine ce serait beau de décider d'arrêter cette connerie-là...
En fait, je sais ce qui ne colle pas.
Le truc, c'est que si j'arrêtais vraiment, là, maintenant, j'aurais pas eu droit à LA dernière. J't'esplique.
Comme expliqué un peu plus haut, la dernière cigarette que j'ai fumée date de jeudi soir dernier. Sauf qu'au moment où je l'ai fumée, c'était pas du tout prévu que je ne refume pas le lendemain! Or, va savoir pourquoi, dans ma vision du jour idéal où j'arrêterai, elle est là, LA dernière. Celle que tu fumes en te disant qu'après elle il n'y en aura plus jamais d'autres, que tu savoures en essayant de te dire qu'en arrêtant tu ne fais pas une croix sur ta jeunesse mais qu'au contraire tu la prolonges...
Enfin tu vois le délire, quoi, la grande scène des adieux, il me la faut.

On m'objectera que je me trouve des excuses un peu bidon pour refumer, à quoi je répondrai même pas vrai.
Si je suis devenu un jour fumeur, ce n'est pas pour le côté pratique ou utile de la chose. Ca peut paraître idiot, mais à l'époque je trouvais que fumer c'était quand même trop la classe. Ce qui ne veut pas dire que ne pas fumer c'était ringard. Non, juste fumer, c'était un plus. Je vais pas chercher à expliquer pourquoi c'était comme ça, juste, ça l'était. "Dans le temps", comme on dit.
Avec les années, j'ai bien compris que la clope ne fournit aucun supplément de prestance ou de sex-appeal, au contraire même. Car oui, j'ai bien conscience que de bon matin j'ai l'haleine dix fois plus moisie que celle d'un non-fumeur, même si ce dernier ne s'est pas lavé les dents la veille au soir alors qu'il a repris deux fois de la tarte boursin-gingembre au dessert.
Ca pue, ça tue, ça coûte cher, ça rend la bite molle... Je sais tout ça. Mais ça m'a pas empêché de continuer. C'est bien qu'on est dans l'irrationnel.
Ca a commencé par de l'irrationnel, ça a tenu par de l'irrationnel, où est le mal dans le fait de vouloir un peu d'irrationnel pour trouver la force d'arrêter?
Donc ouais, je sais que je fumerai encore.
Au moins une.
Et sûrement plus.

En attendant, ça serait bien de tenir. Au moins le temps d'être complètement guéri.
Et puis ça en jetterait pas mal de franchir le cap des 30 ans dans le camp des non-fumeurs, non (quitte à repasser de l'autre côté de la barrière peu de temps après, mais bon, histoire de marquer le coup, ça le ferait bien)? Enfin, je vais pas non plus me mettre la pression plus que ça hein, c'est pas comme si j'avais décidé d'arrêter pour de vrai.
Ca s'est fait par hasard.
A l'insu de mon plein gré.
Qui n'attendait que ça.
Mais qui n'avait pas le courage de se lancer.
Ouais.
Surtout, 'faudrait que j'essaie de penser à autre chose.