Samedi matin
Par Thomas D. le samedi 16 décembre 2006, 11:58 - Lien permanent
A l'inverse de ce qu'exigerait une alimentation saine et équilibrée, j'ai pris pour habitude de faire un détour par chez le boulanger avant de rentrer chez moi goûter un repos bien mérité après une héroïque nuit de travail. J'envisage d'essayer de me défaire de cette déplorable habitude un jour, mais pas tout de suite, pour l'instant j'arrête de fumer, on ne peut pas tout faire en même temps ("Mais si, mais si!", crie ma balance qui s'inquiète de l'accroissement récent de mon taux de matière grasse, lequel coïncide étrangement avec le début de l'absence de cigarette dans mon régime respiratoire). En plus, croyez-vous que ça soit facile avec une boulangerie aussi proche de chez moi? Pour faire simple, disons qu'entre la porte de mon appartement et celle de la boulangerie, il y a plus de distance sur le plan vertical que sur celui horizontal. Et je n'habite qu'au deuxième étage. Alors non, pour l'instant, y'a pas moyen.
Tout à l'heure, donc, dans le plus pur respect de mes propres traditions, je me suis offert un poulet-crudités en guise de plat de résistance pour mon petit-déjeuner, et deux-trois trucs pour le dessert. Je passe les détails, j'ai pas envie de lire des commentaires du genre "Ah ben oui, tu m'étonnes que tu prends du poids, t'as vu ce que tu bouffes aussi?". Bref, toujours est-il qu'au beau milieu du parcours ridiculement court me ramenant vers la porte de mon immeuble, je me suis demandé pourquoi je ne pouvais pas m'empêcher de m'empiffrer de tous ces aliments définitivement trop riches....
Trop riches... D'accord... Mais en même temps... Trop bons!
Et c'est là que se situe le problème: en gros on peut partir du principe que si on parle nourriture, dès que c'est bon, c'est mauvais. Dès que c'est gras, dès que c'est sucré, c'est meilleur au goût, c'est comme ça. Mais c'est aussi ce qu'il ya de pire pour garder une silhouette correspondant à la norme esthétique en vigueur. Il est même prouvé que c'est mauvais pour la santé. Ca peut paraître paradoxal: on raffole tous (ou presque) de ce qu'il ya de pire pour notre survie. Du moins, pire à partir du moment où on en abuse. En sachant qu'il suffit de pas grand-chose pour sombrer dans l'excès.
Alors pourquoi?
Bon, bien sûr, on a besoin d'un peu de gras, on a besoin d'un peu de sucre, ça fait partie des apports nécessaires à un bon développement et à une maintenance de la mécanique efficace. Mais on peut se demander pourquoi c'est encore le cas. Depuis que l'être humain existe, et ça commence à faire un bon paquet de millénaires, il a eu le temps d'évoluer, de tendre vers une forme de perfection, alors pourquoi est-il encore pourvu de cet appétit immodéré pour ce qui, consommé à l'excès, peut lui porter préjudice?
Si on s'amuse à remonter dans le temps, il faut admettre que ça ne fait pas bien longtemps que tout un chacun peut se goinfrer de calories au-delà de ce que son corps ne réclame. D'ailleurs, ça n'est vrai que pour une petite partie de la population mondiale, en réalité nous sommes une minorité à jouir du privilège de vivre dans une société où l'excès est possible pour le plus grand nombre. En tout cas, "avant", il y a longtemps, se mettre en danger à cause d'une alimentation trop riche relevait pour le commun des mortels du pur fantasme. Au temps ou personne n'aurait pu soupçonner qu'une chose aussi banale pour nous qu'un éclair au chocolat soit possible, le gras et le sucré étaient des denrées plutôt rares. Et pourtant il faut croire que déjà à l'époque elles étaient indispensables pour assurer la survie à l'échelle de l'individu, et donc la préservation à l'échelle de l'espèce.
Là où ça me titille un peu le cortex, c'est que si on réfléchit un peu, on peut facilement se dire qu'en ces temps reculés le métabolisme le mieux adapté était celui réclamant le moins de ces choses si difficiles à trouver qu'étaient le sucre et le gras. De ce fait on peut également en déduire que les individus dotés de pareil métabolisme auraient dû être ceux qui survivaient le mieux, et que petit à petit le processus d'évolution aurait dû permettre d'aboutir à des individus pouvant se dispenser totalement d'absorber gras et sucre pour assurer leur survie. Mais ça ne s'est pas passé comme ça.
La lente marche de l'évolution à travers les siècles a finalement abouti à un être humain ayant toujours besoin de sucre et de gras pour survivre, et aimant ça plus que de raison, au point de pouvoir se mettre en péril à trop en ingurgiter...
Peut-être que la nature n'aime pas quand c'est trop simple. Ou bien qu'un minimum de difficulté est nécessaire pour une perpétuation préservant l'équilibre général. Si à l'aube de l'humanité une petite contrainte comme celle susdécrite n'avait pas été ajoutée au cahier des charges, nous ne serions peut-être plus là pour nous interroger à son sujet. Si ce "un peu mais pas trop" n'avait pas été là, notre espèce aurait sans doute eu la vie, ou plutôt la survie, plus facile au début. Tellement facile que nous aurions rapidement proliféré. Au point d'être trop nombreux et de mettre en danger les espèces nous côtoyant, et au final notre propre espèce pour cause de ressources insuffisantes... D'où l'importance de préserver cette caractéristique exigeant de trouver ce qui est difficile à trouver pour être sûr de survivre. Ca nous a évité de trop nous multiplier et par ailleurs ça a permis aux plus démerdards de survivre. Finalement si on y réfléchit bien, sans cette dépendance au sucre et au gras jamais personne n'aurait ressenti le besoin d'inventer la roue, de peindre la Jonconde, d'énoncer la théorie de la relativité générale ou de produire la Star'Ac'... Comment ça, tiré par les cheveux?
Tout ça est certes fascinant, n'empêche que, la vache, qu'est-ce que j'ai la dalle en ce moment, c'est flippant tellement c'est tout le temps. Il paraît que c'est normal quand on arrête de fumer. Parce que oui, je tiens toujours. Et donc, je l'ai fait, j'ai passé la barre des 30 ans dans le camps des non-fumeurs. Très franchement pour l'instant je n'arrive pas à trouver beaucoup d'avantages au fait d'avoir arrêté. A la base, je l'avais fait pour guérir plus vite d'un méchant rhume, et ben résultat, je suis pas sûr que ça ait vraiment changé grand-chose. J'ai encore un peu la goutte au nez et je toussotte encore un peu trop à mon goût. J'étais supposé avoir meilleure mine et être plus en forme, je me trouve une sale gueule et je me sens fatigué comme rarement. Et le pire, c'est que comme évoqué un peu plus haut, j'ai l'impression d'enfler à vue d'oeil. En tout cas les chiffres de l'inflation sont bien visibles sur ma balance, on est en est à facile trois kilos en plus depuis la dernière clope... Et puis les bonbons à la nicotine c'est même pas bon, même si c'est vrai que ça rend un peu moins exécrable qu'au naturel. Bref, arrêter de fumer, c'est tout nul, moi je vous le dis.
Bon, bien sûr, au niveau financier, à cinq euros le paquet, en sachant que moi c'était un par jour en moyenne, ça peut paraître intéressant. En quinze jours, ça nous fait la bagatelle de soixante-quinze euros économisés. Et ouais, mec, cinq cents balles (et je cause en francs si je veux, les jeunes!). Ca serait vraiment formidable si je m'en rendais un peu mieux compte. Pour l'instant ça reste très abstrait. J'envisage d'investir dans une jarre en verre dans laquelle je mettrais en argent liquide l'argent non dépensé en clopes, histoire que visuellement je prenne la mesure de la justesse de ma décision. Et puis ça me permettrait de m'offrir un truc un peu coolos de temps à autre en me disant que je le dois uniquement au fait d'avoir arrêté. Pas la peine de me suggérer de mettre de côté l'argent non dépensé, je suis résolument incapable de jouer les fourmis. Je suis plus du genre à dépenser au fur et à mesure que je gagne, et même carrément à dépenser plus que ce que je ne gagne. M'en fous, si je meurs ça me servira à quoi d'avoir du fric de côté? Alors autant le dépenser tout de suite (je précise que mon côté punk ne va pas plus loin que ça). Promis, le jour où j'ai des gosses, je change d'avis, mais c'est pas demain la veille. Déjà, trouver la mère.
Pour en revenir à la clope, même si c'est vrai que pour l'instant je ne vois pas trop l'intérêt d'avoir arrêté, je dois dire que c'est moins difficile que ce que j'imaginais. Ca me manque, mais plus pour le côté habitude du geste ou plaisir de la saveur (et ouais, ça a beau puer, moi je trouvais ça bon, particulièrement après un bon repas)... Je ne souffre pas trop du manque lié à la dépendance physique. On va dire qu'en moyenne je me tape une crise de mauvaise humeur par jour, pas plus. Bon, par contre, une fois que j'y suis, 'faut pas trop me chercher, c'est clair. Au bout de trois jours sans cigarette, un de mes collègues s'est mangé dans la tronche un vieux "Tu sais quoi? Va niquer ta mère!" (je sais me la jouer ouaich-ouaich de temps en temps, je viens quand même du 9-5, tu vois) qu'il avait certes un peu cherché, mais pas non plus au point de le mériter. C'est à la suite de cet incident que je me suis dit que ce serait peut-être pas mal d'investir dans des bonbons à la nicotine, au moins au début. Alors voilà, maintenant dans ma poche j'ai toujours mes substituts nicotinés. Je n'en prends pas beaucoup, j'ai dû en prendre moins d'un par jour (alors que la notice dit que huit à douze par jour c'est bien au début), déjà parce que ça coûte horriblement cher, mais aussi parce que, je sais pas, ça me fait un peu l'impression d'être dans la même situation que l'héroïnomane qui prend sa métadone, et ça me plaît pas trop... En tout cas, sur le coup, ça marche. Et ça me permet de me la jouer grave à base de "Nan, mais tout ça c'est une histoire de volonté mon p'tit père"... On verra bien si je suis si balèze que ça.
Il paraît qu'il faudrait que je me remette au sport. Notamment parce que ça pourrait me permettre de ralentir ma prise de poids récente, puisque je ne semble pas être capable de me restreindre au niveau bouffe. C'est con, j'aime pas le sport. Pourtant je ne vais sûrement pas avoir le choix si je veux garder la ligne. J'ai déjà eu suffisamment de mal à la trouver. Oui parce qu'il y a de cela deux ans, le pesais 97 kilos. Ce qui est beaucoup pour 1m82. Surtout que bon, c'était pas vraiment du muscle tout ça. Le jour où j'ai réalisé que j'étais à trois kilos d'en peser cent (je peux vous dire que c'est pas très agréable comme sensation) je me suis dit "Ca peut pas durer". A l'époque je vivais encore avec la donzelle à qui j'ai piqué cet appartement qui est désormais le mien (hinhin) et elle avait le même problème que moi. Il se trouve que nous partagions le même enthousiasme pour le gras et le sucré, la force de notre amour a donc progressé sur une courbe parallèle à celles de nos masses corporelles respectives. Enfin bon, on a décidé de perdre du poids et ça a été le début de la fin. Du surpoids. Et de notre histoire. Comme quoi, tu vois, si tu te sens obligé de refaire des efforts, c'est que ça sent le sapin. Pour en revenir à la question de mon poids, et puisque je ne peux rien te cacher lectorat mon amour, depuis quelques mois j'avais réussi à stabiliser mon poids aux environs de 83-84 kilos, ce qui est pas mal, mais pas encore top. Et puis là, je suis reparti sur une pente ascendante. Il va falloir que je prenne garde à inverser la tendance, et vite fait. Le meilleur régime que j'aie essayé pour perdre du poids sans faire de sport pourvait se résumer ainsi: clopes-légumes. Le problème c'est qu'aujourd'hui l'un des deux ingrédients de base ne m'est plus permis. Et je vais te dire franchement, un régime légumes-légumes, ça me botte pas des masses. S'il faut se priver de tout ce qui fait plaisir, c'est plus une vie. Donc si je veux continuer à bouffer en prenant un minimum de plaisir, mais ne pas prendre de poids, la seule solution, ça va être de me dépenser. Beurk... Mais bon...
Je serais bien allé courir un peu ce matin, mais en même temps je suis sûr que si je sors il va se mettre à me pleuvoir dessus et je risque d'attraper la mort. On verra demain. Peut-être.
Sur ce, je vous laisse, j'ai un dessert à finir.








Commentaires
je me félicite d'avoir lu ce post avec une galette de céréales à la main, et pas un morceau de chocolat... si maintenant même les hommes se mettent à psychoter sur leur ligne on est pas sorti de l'auberge, alors autant y souper... mais les poignées d'amour c'est pas mal non plus hein... ;p
et en passant un petit encas(rt) science : si nous avons tellement tendance à nous bourrer de gras et de sucré et à les stocker tant qu'à faire, c'est justement du à l'évolution. afin de préserver la survie il fallait trouver des sources nutritives suffisamment riche en énergie, or les lipides et les glucides en apportent beaucoup, d'où cette appétence pour ces catégories d'aliments, nous nous mangeons en période d'abondance et stockons justement pour affronter les périodes de pénuries, la pression évolutive a donc sélectionné les capacités que nous déplorons actuellement que nous avons pléthore de sources alimentaires dans nos pays développés et beaucoup moins d'énergie à dépenser...
Waaa copine, je viens de découvrir ton blog, et je comprend pas que tu ai pas plus de commentaires que ça... t'es complètement givrée, mais aussi super interessante, on a du mal à s'arreter de te lire.. et puis t'es pas si grosse que ça puisque t'arrive à rentrer dans mes favoris :p
Bonne continuation, t'arrete surtout pas, à tous les niveaux !
Teuheureuheu!...
...
Bon, que dire pour garder un semblant de contenance...
...
Ah oué, je sais!
...
...
Huhu!
(Yeah baby, comment je cartonne...)