Et alors donc comme ça, il y a trois jours, je me suis pris à proclamer à la face du monde que 2007 serait l'année où je mettrais de côté des pépettes. Et là, voyez comme la vie est taquine parfois, nous sommes au soir du 1 du mois et il me reste très exactement cinq cent quatre-vingt sept euros et soixante quatre centimes sur mon compte courant.
Les plus étudiants, les plus smicards ou les plus chômistes d'entre vous me diront "Et ben quoi, six cents euros pour finir le mois, ça va, y'a pas de quoi s'affoler plus que ça, connard de bourgeois, va!". Et là je réponds oui, mais non.
Car en réalité l'imposition sur le revenu que je dois à mon salaire quasi ministériel, combinée avec des habitudes de consommation énergétique qui me poussent à recréer chez moi un micro-climat tropical à grands coups de cramage de gaz de ville le tout dans une ambiance lumineuse aussi gourmande en électricité que le Strip à Vegas, sans oublier mes besoins gargantuesques en prestation d'assurances tous risques pour garantir ma vaste demeure ainsi que ma belle italienne aux reflets d'argent, bref, tout ça fait que du fric j'en ai moins que j'en ai l'air.
En vrai on peut même dire que virtuellement j'en ai déjà plus. Et encore, je compte pas les factures téléphone-internet-portable. En fait on peut résumer la situation en disant que dans les faits je pars du niveau moins cent.
Yeah.
Finalement on dirait bien que le truc que je vais essayer de faire en 2007, mais en même temps, si j'y arrive pas c'est pas la mort non plus sera un défi hachement plus costaud qu'initialement envisagé.
Ca m'apprendra à ne pas me souvenir que j'ai un chèque de huit cents euros en attente d'être débité.

Bon, je vous vois déjà échafaudant des plans de Thomathon avec grand concert de Solidarité, appel aux dons par SMS, tout ça tout ça, pour me sortir de l'ornière...
Et là, je dis ouopopopop.
T'inquiète.
Y'a pas le feu au lac. Ou péril en la demeure, comme tu préfères.
En vrai du fric de côté, n'en na encore. N'en na toujours eu en fait. Enfin, toujours non, mais depuis un petit moment oui. On va dire que j'ai un petit matelas qui fait que si tu m'entends un jour dire "''tain chuis grave dans la deumer, là", t'as super le droit de me foutre une claque dans la gueule, surtout si en ce qui concerne tu y es vraiment.
Bon, alors pour ceux qui sont déjà en train de me visualiser nageant dans ma piscine de billets, je précise que quand même, non pas à ce point-là. Pour te dire, je suis même pas sûr d'avoir de quoi m'acheter une Logan neuve avec les options. Mais en même temps j'ai pas rien du tout.
La grande question c'est quand même pourquoi vouloir mettre du fric de côté alors que j'en ai déjà? La grande réponse c'est qu'à un moment j'en avais vachement plus. Et que donc ça fait quelques mois que je vis joyeusement au-dessus de mes moyens, et ce pour rien du tout vu que ça m'a même pas permis de pécho plus efficacement. En gros soit je me calme, soit dans un an, je me retrouve vraiment avec les compteurs à zéro.
Donc ce mois-ci, même si ça part avec déjà en ligne de mire un horizon en-dessous du niveau de la mer, y'a pas moyen, je touche pas à la maille qu'on aperçoit sur le côté, là.
T'as vu comment je me punis? C'est ouf', hein? Attends, c'est pas pour rien que mon deuxième prénom c'est Christian.

Alors oui, je sais mon deuxième prénom est tout pourri. Attention, hein, j'ai un profond respect pour les gens dont c'est le premier prénom (de l'art de ne vouloir se fâcher avec personne), juste en tant que que deuxième prénom je trouve ça vraiment pas top.
Christian...
Nan, mais je te jure, qu'est-ce qu'ils avaient dans la tête mes parents? Si encore ça avait été le prénom d'un de mes grands-parents ou même d'un de mes oncles, je veux bien, mais là, oualou. Tu peux remonter cinq générations en arrière tu trouveras pas un Christian dans mon arbre généalogique, quelle que soit la branche empruntée. Oui parce que quand même, de ce que j'ai compris, il semblerait que, en France tout au moins, la coutume veuille qu'on porte en deuxième ou troisième prénom celui de son grand-père, ou de sa grand-mère pour les filles (Sur le même thème il ya pire comme tradition, je connais personnellement un gars dont le deuxième prénom est Marie, bicoze tradition familiale qui veut que TOUS les garçons de la famille depuis l'aube des temps ont pour deuxième prénom celui de la très sainte vierge, si, si, la tête de moi je te mens pas).
Et là on aurait pu se marrer.
Bon du côté de mon papa, le sien, c'est-à-dire mon grand-père, qu'en famille on a coutume d'appeler papa Gilbert, s'appelle Gilbert (elle est pourrie ma phrase, elle est bien pourrie!). Bon. Ca fait un peu daté comme prénom, genre pas super à la mode. Genre même pour un jeune ça ferait déjà vieux. Enfin en tout cas, si je m'étais appelé Thomas, virgule, Gilbert, à la moindre velléité de moquerie de la part d'un fâcheux, il m'aurait suffi d'un bon vieux "Ah mais oui mais c'est pasque c'est le prénom de mon grand-père" bien senti pour mettre fin à toute polémique, non sans avoir fait remarquer à Kevin que René c'était pas tellement plus classe comme deuxième prénom, alors pouêt-pouêt camembert.
Là où y'aurait vraiment eu moyen de se marrer, c'est si on m'avait donné pour deuxième prénom celui de mon grand-père maternel.
Tu vas voir, c'est tellement énorme que je préfère changer de paragraphe, tiens.

Pour commencer, il me paraît important de repréciser un truc. Je dis re, mais en fait je sais pas si je l'ai déjà fait ici, mais bon, allez on va faire comme si. Alors voilà, en fait, pour mémoire, je ne suis pas tout à fait net-net au niveau de mes origines, stuvois c'que j'veux dire.
Autant du côté de mon père, on est dans le bon terroir pas-de-calaisien depuis, oula au moins ça de générations, autant du côté de ma mère on verse dans du plus exotique.
Pour être tout à fait précis, ma maman est née au Salvador, et pas vraiment par hasard, puisque ses parents y étaient nés eux aussi. Donc oui, voilà, je suis pour moitié d'origine latino-américaine. Bizarrement ça ne vous surprend pas? Oui je sais, il émane de moi un genre de fluide hyper caliente qui n'a pas besoin de dire son nom pour être ressenti, mais tiens, je suis en train de m'égarer ma parole.
Pouf-pouf.
Comme je ne sais pas comment faire pour l'amener tout en douceur, autant balancer la bombe.
La papa de ma maman, mon grand-père, avait pour prénom Napoleon.
Oui m'dame.
Même que lui et ma grand-mère ont trouvé ça tellement classieux qu'ils ont appelé leur premier enfant, le frère de ma maman, mon oncle donc, Napoleon aussi. Et je rigole pas, c'était vraiment classieux. Je veux dire, encore de nos jours, en Amérique Latine, ça se fait toujours d'appeler son fils Julio Cesar (c-à-d Jules César, amis germanophones) ou même Jesus. Question de culture. Cela dit, même chez les latinos-américains, je me demande si Napoleon c'est pas un peu too much, parce que si tu regardes bien, des joueurs de foot qui s'appellent Julio Cesar y'en a des pelletées, alors que des qui s'appellent Napoleon j'en ai encore jamais croisé...
Si tu comptes bien, ça me fait quand même la bagatelle de deux Napoleon dans ma famille, et ça, accroche-toi pour faire mieux, en deux générations seulement. Et comme il s'agissait (oui, ils sont un peu morts tous les deux, en fait) de mon grand-père et de mon oncle, j'aurais fort bien pu être prénommé Thomas, virgule, Napoléon. Et là, honnêtement, je crois que grand-père ou pas, j'aurais eu du mal à trouver une parade efficace dans la cour de récré.
M'enfin j'aurais eu une histoire à raconter.
Parce que pour Christian, y'a rien. Si j'ai bien tout compris, à la base mes parents n'avaient pas vraiment pensé me donner un deuxième prénom, et s'ils m'en ont finalement choisi un, ils ont dû se décider à la dernière minute pour faire plaisir à un officier d'état-civil du consulat français de Caracas un peu trop sourcilleux au niveau du respect des traditions séculaires. Nul, comme histoire, hein? Heureusement que je peux détourner la conversation par un habile "Ouais, mais t'as vu, je suis quand même né au Venezuela, ça chie la classe, nan?"... Ah vous ne saviez pas que j'étais né là-bas? Bon, ben c'est fait.

De mes origines latino-américaines, je garde autre chose que des histoires de deuxième prénom ridicule auquel j'ai échappé. Vous n'êtes pas sans savoir que dans tous ces coins-là, entre les indiens des origines, les colons espagnols et les esclaves africains, c'est un peu le merdier au niveau génétique. Ce qui fait que j'ai probablement un peu de sang noir dans les veines.
Entre autres traits de caractères inhérents à ma négritude ancestrale, j'ai hérité comme tous mes frères de couleur d'un sens du rythme bien plus développé que cette bande de coinçoss de visages pâles européens. Ca, et j'ai le nez un peu fort. Et puis d'autres trucs aussi, mais on est pas là pour disserter des expressions phénotypiques de mon génotype si singulier, j'en étais donc à dire que j'ai le sens du rythme.
Manque de bol, si j'ai hérité de la perception immédiate et inconsciente des battements au coeur de la musique, je n'ai pas vraiment en moi l'art de la faire vivre tout en grâce et en sensualité à travers mon corps.
Tu vois l'accent du Pas-de-Calais? Mais si, l'accent ch'ti, comme on dit, le même que, euh, attends voir que je te trouve un exemple, rhâââ mais si tu vois, bien, comme l'aut' là, heu... Tiens Dany Boon, il paraît qu'il le fait bien (perso j'en sais rien, je l'ai jamais entendu). Enfin moi je vois très bien ce que ça donne, vu que la moitié de ma famille l'a. On parlait de grâce et de sensualité, force est de constater que ce ne sont pas là les caractéristiques premières de l'accent ch'ti.
En ce qui me concerne, si je perçois très bien le rythme de la musique, il n'en reste pas moins que pour ce qui est de me mouvoir sur ce rythme, c'est pas vraiment ça. Enfin, si tu veux, je vais être calé, en rythme, quoi, par contre, on va dire que je danse avec l'accent ch'ti. Tout en pas grâce et en pas sensualité. C'est con, hein?
Et surtout ça désespérait ma prof de danse. Car oui, l'eusses-tu cru, j'ai fait de la danse entre 8 et 12 ans. Ce qui n'a rien d'anodin pour un garçon, crois-moi. C'est-à-dire que, peu importe ce que tu en penses, ce que tu fasses, ce que tu ambitionnes, bref toi, on s'en fout, ce qui compte, c'est que pour un mec, faire de la danse, c'est carrément la teuhon, surtout quand t'es gosse.
Un peu comme pour le choix de Christian comme deuxième prénom, j'avoue que je n'ai aucune idée de la raison pour laquelle mes parents se sont dit que ce serait une merveilleuse idée de me faire faire de la danse. J'avoue qu'à l'époque j'étais pas vraiment du genre à me poser des questions et encore moins à me rebeller, donc quand on m'a dit "Tu vas faire de la danse", j'ai dû juste me dire "Ah bon d'accord, je le note".

Honnêtement, c'est une époque maintenant assez lointaine, mais je pense que ça me plaisait. Attends, j'en ai quand même fait 5 ans, si ça m'avait fait chier, j'aurais arrêté, j'étais quand même un minimum décisionnaire sur ce genre de truc. Il faut dire que même si ça se passait au Conservatoire (oui, médème...), c'était pas de la danse classique ambiance tutu et jolis arabesques sur fond de Casse-Noisette. Carrément pas.
Je me souviens, l'intitulé du cours c'était "Danse de Caractère". Ca claque sa race, nan?
Et alors quoi c'est-y qu'on dansait en danse de caractère, hum? Et ben des trucs aussi variés que le tango (et ouais, t'inquiète à 8 ans je pétais le tango, moi, mon pote), la danse russe ou les claquettes. Et même un peu de flamenco, je crois bien.
Alors même si on était probablement désespérants, moi et les trois autres mollassons qui assistaient au cours (au milieu d'une tripotée de minettes en collants), je pense qu'on surkiffait tous d'être là et d'y faire ce qu'on faisait. Quand bien même on était en t-shirt blanc, collants lycra noirs et chaussons de danse.
Au-delà du plaisir d'être entouré de gonzesses, et encore, on se faisait aucune illusion, on savait très bien ce qu'on valait à côté des deux-trois pétassons du niveau supérieur qui eux savaient vraiment danser et péter le grand écart facial sans échauffement, je pense qu'on s'éclatait vraiment. Bon bien sûr les exercices d'échauffement pendant une plombe à la barre c'était un peu galère, et on se gênait pas pour les faire par-dessus la jambe en se faisant régulièrement engueuler, mais alors la deuxième heure, quand on enfilait les bottes à talons ou les chaussures avec les fers aux pointes et aux talons... Trop de la boulette!
Ah oui au fait, et la teuhon, là-dedans? Et ben figurez-vous que le monde étant petit, en tout cas, la ville nouvelle de Cergy-Pontoise l'étant, mes petits camarades ont rapidement eu l'occasion de me voir performer sur scène puisque notre professeur était une grande monteuse de spectacles pour montrer aux parents et amis de quoi nous étions capables. Et là les copains venus pour se foutre de notre gueule ils rigolaient moins quand ils voyaient de quelles acrobaties on était capable, le tout entourés de gonzesses plus vieilles que nous et un rien tankées (bé oui, une danseuse de 16-17 ans qui fait de la danse depuis qu'elle est toute petite, en général elle a pas une silhouette dégueu, et ça, quand t'es un mec, même à 10 ans tu le remarques...).
Sérieusement, si aujourd'hui presque 20 ans après je garde un sens du rythme toujours aussi sensible, ce n'est pas à mon patrimoine génétique que je le dois (contrairement aux conneries écrites un peu plus haut), mais bien à ce cours de danse. Depuis, je n'ai certainement pas progressé, j'ai même certainement plutôt perdu au niveau condition physique (ouais, je retenterais pas un saut carpé en criant "Hey!" à mon âge, et surtout pas avec des bottes à talons aux pieds et une chapka sur la tête), mais j'ai des restes, et ça me fait plaisir de m'en rappeler, tiens.
Si vous vous demandez pourquoi j'ai arrêté, je pourrais vous l'expliquer, mais bon, il commence à se faire tard, là.

Et si je vous disais, comme ça, de but en blanc, que j'ai eu mon bac C avec 10,03 de moyenne générale, vous le verriez le rapport avec la choucroute?
Pourtant il y en a un.

Récapitulons

1. Je chausse du 42 (Cf fin du billet précédent).
Et n'en déplaise à certaine, c'est quand même la classe impériale d'avoir aux pieds la réponse à la question fondamentale de la vie de l'univers et du reste.

2. L'argent je préfère quand j'en ai.

3. Mon deuxième prénom est Christian, et je n'arrive pas savoir si Gilbert ou Napoléon ça aurait été plus mieux ou pas.

4. J'ai fait 5 ans de danse quand j'étais petit, et j'ai aimé ça.

5. J'ai eu mon bac avec 10,03 de moyenne générale.

Voilà, là-dessus, chers amis, je m'en vais vous laisser vous remettre de vos émotions, je me doute que vous ne sortez pas indemnes d'une série de révélations aussi fracassantes que celles que je viens de vous faire.
Histoire d'éviter que l'Humanité entière ne se retrouve plongée dans une aphasie mortelle dûe à un excès d'informations bouleversantes du même acabit, je m'abstiendrai de propager au-delà de ma petite personne ce questionnaire maudit. Maintenant si tu penses que la fin du monde c'est pas si grave, t'as le droit de te servir sans y être invité.

Bonne nuit, tout le monde.