Miam slurp
Par Thomas D. le jeudi 5 avril 2007, 21:44 - Lien permanent
Ce soir j'ai réussi ma vinaigrette.
Après une phrase d'introduction pareille, je vous sens déjà à balle, je m'en vais donc vous raconter pourquoi c'était hyper important que je me rate pas sur ce coup-là.
Comme tu le sais, cher ami imaginaire à qui j'ai envie de m'adresser en ce soir de semaine où les gens honnêtes restent sagement chez eux à regarder Arte en attendant la méthode Cauet, je vis seul, et c'est pas de la tarte.
J'veux dire, quand tu as connu la vie à deux, beaucoup de choses qui te paraissaient simples se transforment en défis quotidiens dont tu te lasses finalement assez vite au point de n'avoir plus franchement envie de les relever aussi souvent que par le passé.
Le panier à linge sale atteint des proportions himalayennes, la vaisselle ne se trouve plus propre et bien rangée dans les placards mais plutôt crade et en vrac dans l'évier, les moutons de poussière s'égayent le long des murs, la lunette des toilettes reste relevée 90% du temps, enfin bref, tu vois l'genre, quoi, c'est l'anarchie.
Là où ça devient aussi grave le bordel, c'est au niveau de la bouffe.
Bon, je vais pas te mentir, ça sert à rien, en vrai, je sais faire à manger.
Genre si j't'invite à manger chez moi t'auras envie de revenir.
Simplement voilà, autant ça m'est tout à fait naturel de me décarcasser pour toi, parce que ça me fait plaisir, autant le faire pour moi, tous les jours, et deux fois en plus, non, vraiment, spa évident.
La flemme au bout d'un moment, quoi.
J'ai le temps, c'est sûr.
Mais pas l'envie.
C'est ce qui fait la fortune des kébabiers et autres bigmaquiers qui quadrillent nos urbaines contrées.
En me réveillant ce matin tout à l'heure vers 19 heures, j'avais comme un creux, là, tu vois?
Mais aussi comme la flemme, là-haut.
Conséquence, j'ai passé de longues minutes à m'interroger quant à la solution la plus mieux entre:
1. Traverser le pont à pied pour aller chez mon kébabier préféré qui fait le salade-tomate-oignons classique à 3 euros 90,
2. Filer vers le bigmaquier local au volant de ma belle italienne aux reflets d'argent, où c'est plus cher, certes, mais où y'a des glaces au dessert, au moins.
Tu vois l'dilemme...
Et puis je sais pas, en enfilant mes chaussettes, d'un coup je me suis dit qu'aucune de ces deux options n'était vraiment valable pour venir à bout des quelques kilos superflus que j'ai engrangés depuis mon adieu à la nicotine.
C'est comme ça que je me suis retrouvé à préparer une vinaigrette pour accompagner ma laitue, mes tomates et ma feta, en maugréant des trucs du genre "'tain de bordel de merde, oké, j'veux pas mourir, m'enfin quand même déjà arrêter de fumer c'est tout pourri, mais si en plus il faut arrêter de bouffer les trucs bons aussi, on se demande vraiment à quoi ça sert de vivre..."
Et là, messieurs-dames, permettez-moi de mettre le magnéto sur pause et de rembobiner un poil pour revenir sur un détail crucial.
"les trucs bons"
Kébab.
Hamburger.
Est-ce la fatigue? Une manifestation du manque de cigarette? Les prémices d'une future psychose maniaco-dépressive? La perte des repères dûe à une consommation excessive de jeux vidéo? Tout ça à la fois?
On ne sait pas très bien.
Tout ce qu'on peut dire c'est qu'à cet instant notre sujet est on ne peut plus borderline et que le plus petit détail peut le faire basculer d'un côté ou de l'autre de la force...
Et qui c'est le détail qui tue messieurs-mesdames je vous le donne en mille, hum?
C'est la vi-vi, c'est la nai-nai, c'est la gré-grette, c'est la..?
Et oui messieurs-mesdames, c'est la vinaigrette!!!
Franchement, si je n'étais pas aussi cartésien, je dirais bien que oh et puis merde, tiens, on s'en fout, j'te l'dis comme je l'pense, je trouve ça magique.
Je me suis pointé dans le salon, le saladier à la main, une tronche de quinze mètres de long à trouver que ma vie n'était que privations et frustrations dans tous les domaines, déjà à me demander si ça ne vaudrait pas le coup d'appeler mon copain Luigi pour qu'il m'amène vite fait une quatre fromages pour 6 histoire de noyer mon chagrin dans la pizza, et puis pouf, le miracle.
Inespéré.
Improbable.
Incroyable.
Comme si la certitude d'un avenir où je devrais me contenter de brouter une prairie parsemée de morceaux de lait caillé trop salé avec un peu d'huile et de vinaigre pour que ça glisse mieux dans l'oesophage avait été pulvérisée par une réalité qui m'a vu déguster la meilleure chose que j'aie jamais mangée de ma vie.
Et je te jure que j'exagère pas, c'était bon à en pleurer.
Autant te dire que j'ai du mal à imaginer que j'aie pu avoir envie de manger autre chose ce soir.
Ce qui me permet d'affirmer sans crainte de me tromper que ce soir j'ai réussi ma vinaigrette.
Et c'est tant mieux.
Sur ce je vous laisse, il faut que j'aille poser ma trace dans la puff du Pic 3.








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