Hahaha.
Chuis trop un rebelle.
L'époque s'y prête.
Pas que l'heure de se mettre aux préparatifs du grand soir me paraisse proche, juste, c'est pas compliqué de sombrer dans l'anticonformisme de nos jours.
T'as qu'à voir, là, j'le fais même pas exprès.
Il se trouve que depuis un certain temps, qu'on peut évaluer en mois plutôt qu'en semaines tellement ça en fait, j'ai pas foutu les pieds dans le salon de coiffure à mémères où j'ai mes habitudes.
Pas que j'en sois rendu à ce point-là dans ma volonté implacable de faire des économies cette année ni que je fasse la gueule à mes coiffeuses, non, je sais pas, juste j'ai pas envie d'y aller.
Alors bon, voilà, ça pousse quoi.
Bon, d'accord, j'l'avais d'jà dit y'a deux mois, et j'avais aussi d'jà dit que les gens ne se privaient pas de me faire remarquer qu'ils avaient remarqué.
Que ça poussait.
J'veux dire.
Enfin bon, en ce temps-là, c'était gentil, ça ne faisait que marquer une forme d'étonnement suscité par la remise en question du rythme régulier des passages sous le ciseau, ambiance "Ah tiens, ils sont plus longs que d'habitude, c'est comme qui dirait inhabituel".
Difficile de taxer quelqu'un de conformisme pour une remarque d'apparence aussi insignifiante qu'innocente...
Grossière erreur.

Alors qu'au début on conservait les dehors de la civilité, là je trouve que ça vire un tout petit peu impoli la façon de faire des gens.
"Et ben alors quand est-ce que tu vas chez le coiffeur?"
"Rholalaaa, mais qu'est ce que t'as fait à tes cheveux?"
"Ah ouais, mais là, nan, tu peux pas rester comme ça..."
Weula c'est vrai, ch'te jure, les gens ils me parlent vraiment comme ça.
(Ah oui, au fait, quand je dis "les gens", ça désigne essentiellement les gens de la boîte où je bosse, en fait)
En plus, en le faisant ils ne me regardent même pas dans les yeux, mais dans les cheveux.
Tu me diras, mais mon cochon, y'a pas moyen de te laisser parler comme ça, envoie les se faire foutre tous ces cons.
J'aime bien l'idée.
Mais bon.
Comme la Terre entière ne l'ignore certainement pas, je travaille de nuit, et exclusivement de nuit, de la même façon que mes collègues de jour ne bossent que le jour. Nous ne faisons donc que nous croiser, ce qui facilite forcément une forme de petite guéguerre entre services, tu penses bien, l'Humain reste l'Humain.
Evidemment, si je le dis, on ne me croira pas, on me taxera de parti pris, mais bon, allez, m'en fous, j'fais c'que j'veux, j'le dis, donc bon, il se trouve que ce sont surtout les gens de jour qui ont tendance à critiquer les gens de nuit (lesquels ont autre chose à foutre de leur temps de travail, quoi? quoi? quoi?).
Enfin bref, toujours est-il que si au sortir d'une nuit de travail, un(e) collègue de jour se montre indélicat(e) en touchant à autre chose qu'à son cul en général et à mes cheveux en particulier, si je me laisse aller à l'inviter à s'occuper de ses fesses, tu vas voir que c'est moi qu'on taxera de mal embouché, d'impoli ou de connard.
Le résultat, c'est que quand on me cherche des noises à coups de questions du style "Mais euh, c'est fait exprès, ou juste tu t'es pas aperçu que?..", je me contente de répondre que oui sur un ton qui dit "et je t'emmerde bien profond".
En général, les gens ne le ressentent même pas, tant ils sont persuadés d'agir dans le sens du droit chemin en m'invitant à plus de sobriété capillaire.
Quelque part, le maboul, le pas normal, le pas-comme-nous-zaut', c'est moi...

Comme le disait un philosophe dont le nom m'échappe:
"Je ne les garde pas pour me faire remarquer,
Ni parce que je trouve ça beau, mais parce que ça me plait
"
A la base.
Non, parce qu'ils vont me faire changer d'avis tous ces cons.
Attends, ça se comporte comme le dernier des rustauds et ça veut m'apprendre à soigner les apparences en société, on croit rêver...
Ce qui n'était au départ qu'une petite expérience capillaire de rien du tout, tout en innocence et naïveté, est en train de muter en combat contre le conformisme ambiant.
Parce que tu penses bien qu'il ne m'a pas fallu longtemps pour bâtir les moulins à vents contre lesquels il m'importe de me dresser au péril de ma coiffure.
Tu vas voir comme je sais bien le faire.
Bon.
J'ai les cheveux un peu moins courts (pardon, mais je peux pas écrire plus longs, 'faut pas exagérer non plus) que la moyenne, c'est indéniable.
Maintenant, entre ma chevelure et celle de Valderrama ou Brian May, y'a quand même une méchante marge.
N'empêche que.
Aujourd'hui, la moyenne est quand même très, très basse.
Enfin courte, du moins.
La grande mode, c'est plutôt de se faire une coupe façon tondeuse-sabot-9mm, et encore là c'est la coupe d'hiver, sinon en été on fait plus court, moins fantaisiste.
Alors je veux bien que ça soit à la mode d'avoir le cheveux ras comme un para.
Si ça s'arrêtait là, je ne dirais rien.
Mais là, ça va trop loin.
Parce que les gens, figure-toi que t'as beau essayer de leur faire comprendre que leur avis ils peuvent se le foutre au cul et qu'ils sont loin d'avoir l'influence qu'ils imaginaient avoir sur toi, ça les décourage pas pour autant.
Ils te lâchent pas le slip.
Sans arrêt ça revient à la charge.
Et c'est là que tu deviens parano.
Que tu t'interroges sur la raison pour laquelle c'est tellement important pour eux.
Rester dans la norme.
Veiller à ce qu'elle soit respectée autour de soi...
D'aucuns penseront peut-être que je vois le mal partout, hein, je sais bien que les modes changent, m'enfin bon, je suis désolé, moi je peux pas m'empêcher de faire le rapprochement entre cette grande folie des coupes façon militaire et le fait que beaucoup de gens se disent que ça serait vraiment bien d'avoir un mec un peu ferme façon Sarkozy, ou même pire pour certains, au pouvoir.
Là, c'est dit.
Tu sais, les braves gens qui n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux, ça peut aller loin.
Et tout près aussi, finalement.

Trêve de grandiloquence et pour revenir un peu sur Terre, j'avoue qu'il ne me déplairait pas de disposer d'une, ou même plusieurs, réplique cinglante à balancer à la tronche du prochain ou de la prochaine malotru(e) qui se permettra une réflexion relative à ma coupe de tifs.
Je crains qu'un "Est-ce que je te donne mon avis sur tes fringues de poufiasse, moi?" ou un "Et toi t'as pas prévu de te laisser pousser les neurones?" soient à peu près aussi mal interprétés qu'un bon vieux "Touche à ton cul, connard(asse)".
C'est dommage, parce qu'en général c'est ce genre de douceur qui me vient en premier, façon syndrome de Tourette difficilement contenu.
Enfin ce serait bien que je trouve une alternative à ma frustration, quoi.
L'idée serait d'inviter l'importun à éviter de faire des commentaires désobligeants à mon endroit, en lui faisant comprendre que si je ne me permets pas ce genre de familiarités avec lui, j'attends de sa part la réciproque.
Si vous avez des idées susceptibles de m'aider à conserver le respect qui m'est dû tout en m'évitant de passer pour un hargneux, je vous en prie ne vous gênez pas.
Si tu es blonde à forte poitrine, ça m'intéresse aussi
Si l'inspiration vous manque, vous avez le droit de me dire que les mecs chevelus c'est plus mieux.
Enfin, en général c'est ce que pensent les filles intelligentes, drôles et belles à la fois.

Sur ce, je vous laisse, j'ai quelques méchants à dégommer dans la peau de Sangoku, un mec qui n'a pas peur d'avoir les cheveux longs, lui.