Poker
Par thomas le samedi 12 mai 2007, 02:06 - Lien permanent
Moi, les gens qui passent leur temps à se morfondre sur eux-mêmes, ça me saoule.
C'est vous dire si je trouve ça pénible d'être moi-même un peu comme ça.
Ouaip.
Au moment de la grande distribution des super-pouvoirs par les fées qui se penchent sur les berceaux, il se trouve que moi j'ai hérité de celui qui me donne la faculté extraordinaire de parvenir à tout voir en gris.
Même pas en noir, note.
Dommage, d'ailleurs.
Le noir, c'est cool, c'est mystérieux, c'est profond, ça peut faire gothico-hype, ça donne un aperçu de l'absolu dans son côté sombre, et en plus ça affine la silhouette.
Mais non, moi c'est juste gris.
Comme le béton. Ou la pluie. Ou la cendre.
Nul, quoi.
Tiens, voilà, t'as vu?
Et ben voilà, c'est exactement ça.
De la génération spontanée de grisaille.
Heureusement pour moi, j'ai pleinement conscience que ce don d'un genre un peu particulier n'est pas de ceux propres à favoriser une vie sociale épanouie, du coup je m'efforce de confiner mon côté gris à l'intérieur de ma boîte crânienne.
Ca vaut mieux je pense.
La période actuelle étant plutôt du genre idéale pour sombrer dans la mélancolie lorsqu'on a des penchants idéologiques minoritaires comme les miens, je fais un peu n'importe quoi pour m'en détourner.
Question de préservation de ma santé mentale, sans doute.
Mais même comme ça, je replonge...
Au cas où vous ne l'auriez pas encore remarqué, mais ça me paraît franchement difficile, je vous rappelle qu'en ce moment, si tu veux vraiment être quelqu'un de cool et so hype, tu te dois de jouer au poker.
Si t'es un minimum branché, tu le sais.
N'étant pas le dernier à succomber aux modes idiotes, aussi connes soient-elles (j'ai une Wii, un vidéoprojecteur, je porte des chaussures équitables, je bois du Coca Zero, j'ai un blog, alors crois-moi, ça me connaît), tu penses bien que c'est avec délice que je me suis précipité vers celle-ci.
Juste parce que ça change les idées.
Bon, j'avoue, à la base, c'était pas mon idée, mais celle de mon pote louche (private joke inside, n'essaie même pas de comprendre, sache juste que c'est un personnage important du texte à venir).
Quelques mois avant que les parties de poker ne soient télévisées et commentées par un Patriiiiick Bruel proclamé expert ès la discipline (ce qui en soi en dit long sur l'état de torpeur intellectuelle dans laquelle végètent bon nombre de nos contemporains), mon pote louche s'était pris de passion pour ce jeu de cartes un peu particulier.
Au point d'investir dans un mallette stylée avec les jetons comme au casino et tout.
J'avoue, la première fois que j'ai joué avec lui et trois autres gusses copains de lui, j'ai passé une bonne soirée.
Essentiellement parce que j'avais du bon jeu.
Du coup j'ai un peu fumé tous les habitués autour de la table.
J'ai mis 5 euros au départ, je suis reparti avec 20.
Soirée rentabilisée.
Et puis bon, l'ambiance enfumée, les coups de bluff, les coups de théâtre, c'est vrai que c'était rigolo, en fait, on s'y serait cru.
M'enfin bon, de là à y rejouer...
Dans les mois qui ont suivi, je me suis fait ré-inviter plusieurs fois par mon pote louche à faire un petit Poker, mais bon, pas envie, pas que ça à faire, ou même (mais si!) mieux à faire...
Jusqu'au week-end dernier, où j'étais chez lui à la veille des élections pour une petite réunion entre gauchistes désireux d'y croire envers et contre tout, à grands coups de méthode Coué.
Après deux heures d'une discussion enflammée ayant abouti à une conclusion du type "Bon, ben, on verra bien de toutes façons" (qui voulait en fait dire "Ca pue, putain, ça pue..."), quelqu'un a lancé un petit "Tiens, si on faisait un Poker?".
Et sur le coup tout le monde s'est dit que pourquoi pas, après tout.
Pouf mallette, pouf jetons, pouf cartes et hop, c'était parti.
Ce soir-là, je ne sais pas si j'avais Saturne dans le Sagittaire ou quoi, mais c'était pas tellement mon soir.
En gros, je suis reparti plus pauvre que je n'étais venu.
Oh, pas de grand-chose, 7 ou 8 euros, mais bon, du coup, je sais pas, j'ai trouvé ça moins fun que la première fois.
Le Thomas honteux et confus
Jura mais un peu tard , qu'on ne l'y prendrait plus
Tu crois ça, toi?
Et ben même pas.
J'ai mis cette impression d'avoir passé un moment désagréable sur le compte de la malchance.
Better luck next time.
Et puis des choses plus graves étaient attendues pour le lendemain...
Tu connais l'histoire, le dimanche électoral s'est conclu comme nous le craignions.
Dommage.
Better luck next time...
Mardi soir, histoire d'essayer d'apaiser un peu notre gueule de bois idéologique, mon pote louche a organisé une petite soirée post-électorale chez lui.
On avait tous les neurones en veille active, pas vraiment envie de causer de ça.
"Le futur que nous réserve-t-il, on verra bien."
Alors Poker.
Encore?
Encore.
Là encore, ça ne fût pas mon soir.
J'ai perdu mes cinquante premiers jetons.
Rempoté de 5 euros pour en avoir cinquante autres.
Rapidement je me suis retrouvé avec queue dalle dans les mains, la faute à une paire de quatre contre rien dans mon jeu.
Nan, c'était définitivement pas mon soir.
Tant mieux, de toutes façons jouer me gonflait.
Pire, ça me mettait mal à l'aise, comme la fois précédente.
Et c'était pas le goût de la défaite.
Du moins pas cette petite défaite-là.
Oui parce que pendant que les autres continuaient à jouer et que je les observais en silence, j'ai cogité.
Pour comprendre ce qui n'allait pas, ce qui me gênait dans le fait que nous soyons là, à faire ce que nous faisions.
Et puis d'un coup c'est devenu clair.
Ouais, on a perdu.
Et pas qu'un peu.
Le Poker, c'est in.
Mais à un point, tu peux pas savoir.
Enfin peut-être que si d'ailleurs.
Moi en tout cas, je me suis aperçu qu'en dehors du petit cercle de mes fréquentations, y'a un monde pas croyable qui joue au Poker dans mes environs.
Tout le monde y joue, c'est dingue.
La vente de mallette genre-style comme celle de mon pote louche cartonne grave (je tiens ça du frère d'un pote qui bosse dans un magasin qui en vend).
En fait, les gens ne jouent pas entre initiés gros joueurs dans des cercles de jeux ultra-fermés avec droits d'entrée mirobolants comme ça se faisait dans le temps.
Nan, le top de la coolitude, c'est de jouer avec tes potes, avec tes collègues, avec ta famille, avec ta meuf, même...
Et c'est là que c'est très fort.
Parce que le principe du Poker, c'est quoi à la base?
Dépouiller les autres de leur fric.
Alors quand tu joues avec des inconnus, ou contre un casino, c'est pas gênant, mais contre les gens qui et sont proches...
Et pourtant.
Elle est là, la défaite.
Cette putain de mode.
On l'a adoptée, bande de cons qu'on est.
Et on trouve ça super cool de se piquer du pèze entre amis.
Monde de merde.
Et là, tu me diras "Est-ce que tu n'exagérerais pas un tout petit peu mon petit bonhomme? Est-ce que ton aigreur actuelle ne te ferait pas un peu tout dramatiser à l'excès?".
Ben non, je crois pas.
Si tu as bien tout lu, tu as vu que j'ai joué en tout et pour tout trois fois (alors que j'aurais pu y jouer beaucoup, mais alors beeeeeaucoup plus souvent!).
Et ben crois-moi, ça ne rigolait pas.
Enfin si, la première fois, moi j'ai rigolé, mais juste parce que je gagnais des parties contre des mecs supposés plus forts que moi. Le fric j'en avais rien à battre, c'est juste gagner comme on gagne au Cluedo ou au Jungle Speed qui m'amusait.
En face ils faisaient la gueule.
A la base, je me disais que c'était simplement qu'ils n'aimaient pas perdre. Tout court. Surtout contre un débutant.
Tu parles, moi j'aime pas ça, perdre: je fais des efforts surhumains pour contenir le putain de mauvais joueur qui niche en moi, je croyais comprendre ce qu'ils ressentaient.
Et ben en fait, c'était pas ça du tout.
Ce qui leur déplaisait, ce n'était pas le fait que je dégaine un brelan alors qu'ils n'avaient que des doubles paires.
Non, ce qui n'allait pas c'était la conséquence.
Que je leur pique leur fric, alors que ça aurait dû se passer dans l'autre sens.
Sur le moment, je pense que toute la table me détestait du fond du coeur.
Dans ton cul l'amitié, le plus important c'est le flouze...
Et lors des parties suivantes, celle où je perdais, serais-tu en droit de t'interroger, est-ce que j'ai détesté mes convives?
Non, bien sûr, car je suis un esprit supérieur.
Par contre, déjà qu'à la base je n'aime pas perdre dans l'absolu, le fait de perdre du fric en plus m'a aidé à me persuader que décidément le Poker peut être une bonne solution pour passer une soirée merdique.
C'est d'ailleurs dans ce genre d'état d'esprit que semble se finir la soirée pour la majorité des joueurs, ce qui donne une ambiance ultra-sympa au moment de se dire au revoir...
Sur un plan individuel, je pense avoir bien compris que le Poker c'est pas trop mon truc.
En premier lieu parce qu'en dehors des moments ou j'ai une chagatte de ouf', je ne joue pas très bien.
En second lieu parce que le principe me paraît moralement discutable, ce qui nous fait une excuse autrement plus classe à dégainer en société. Reste des fondements judéo-chrétiens de la société dans laquelle j'évolue, sans doute. Ce qui n'est pas forcément gênant, entre nous. En fin de compte notre "Tu ne tueras point" ancestral n'est pas dénué de bon sens, et cela qu'on soit croyant ou pas. Donc bon, j'assume.
Tout comme j'assume le fait de trouver regrettable la prolifération exponentielle des parties de Texas Hold'em entre amis.
Ouais, ouais, la prolifération.
Je sais pas pour vous, mais moi, j'ai l'impression que le 9-5 est vraiment en train de devenir le Far West de la région parisienne.
Tout le monde joue.
Partout.
Tout le temps.
Et ça m'emmerde.
J'aime pas l'idée que l'adversaire prenne le pas sur l'ami.
Déjà qu'on vit une époque ou l'inconnu est d'abord perçu comme une menace potentielle, s'il faut en plus se garder de ses amis, ça va devenir invivable.
A part ça la France vote à droite, mais ça n'a rien à voir, c'est une simple coïncidence fortuite et inopinée.
C'est d'ailleurs probablement l'avis d'au moins 53% des français.
...
Mais ça peut changer...
...
La Révolution empruntera peut-être des chemins inattendus.
Tiens, la prochaine fois que j'entends quelqu'un parler de faire un Poker, je propose un Kem's.
Ou un pouilleux déshabilleur s'il y a de la meuf.
Sur ce, je vous laisse, je dois réfléchir aux numéros que je vais jouer demain pour la super-cagnotte.








Commentaires
Je me rend compte que mon background intellectuel est à peu prés similaire au tiens copain, et tu m'as fait me rendre compte de pourquoi je n'étais jamais trés motivée pour un poker non plus.
Pour l'instant, j'en reste aux soirées Wii, voir Singstar quand c'est vrai la dèche. Mais le poker putain, c''est vrai que ça fout pas vraiment une super ambiance, surtout quand tu joue contre des gens qui savent jouer. Faudra se faire un petit WarioWare un de ces jour, tout en commentant d'une voix essouflée les dernières déprimes éléectorales.
"better luck next time" c'est pas si gris que ça comme antienne...
sinon au poker comme tout les jeux de cartes, je me couche (aucune remarque licencieuse ici)...
Haha.
Trop fort.
L'antispam ne supporte pas le mot poker!..
Du coup vos commentaires ont fait pschitt...
Bon.
Ben si y'en a des qui veulent encore faire des commentaires, 'faut pas écrire poker dedans.
Y'a qu'à écrire p0ker.
Ou pok3r.
Et voilà, y s'est fait plumer, du coup il est devenu SDF et il a plus de connexion.
La vie est mal faite, vraiment.
Puisque tu le demandes : p0k3R. Ouh, je me sens toute bot, d'un coup.