Comme sur des roulettes (1)
Par Thomas D. le mercredi 27 juin 2007, 00:33 - Lien permanent
Bon.
Autant désamorcer le truc dès le début, histoire que personne ne cherche à faire le malin plus tard à propos de ce titre. Aujourd'hui c'est de roller dont je vais vous causer. D'où ce titre désarmant de finesse et d'astuce.
Bien.
Une bonne chose de faite.
Je crois qu'on va pouvoir y aller, là.
...
Figurez-vous les coupaings, et je pouffe déjà d'avance à l'idée de la tête que vous allez faire tout éberlués que vous serez par l'énormité de la chose que vous vous apprêtez à apprendre, figurez-vous, donc, que je fais du roller.
Et ouais.
Rien que ça.
Bien sûr, vous vous doutez qu'un être aussi exceptionnel que moi n'est pas du genre à se contenter d'une pratique à la monsieur tout-le-monde. T'es fou. Il m'arrive de croiser des adeptes du genre, surtout les rares fois où je vais rider le dimanche, crois-moi, aucun rapport. Déjà rien que parce que souvent ils vont par deux. Le grand classique, c'est Jean-Kevin et sa meuf Marie-Shirley, ils sont jeunes, ils s'aiment, ils viennent de s'installer ensemble, ils ont un milliard de trucs à partager... Alors ils commencent par aller chez Décath' afin d'y quérir pour chacun une paire de chaussures de ski à roulettes inconfortables et chères, mais bon, le vendeur il a dit que c'était plus mieux que les moins chères alors bon. Ensuite ils vont se galérer à deux à l'heure avec les genoux en dedans le long des voies sur berges, si possible en se tenant par la main, en oubliant de sourire trop concentrés à éviter de se vautrer qu'ils sont. Enfin, là j'imagine ce qu'ils ont en tête, on pourrait aussi se dire que l'une des deux se demande ce qu'elle est venue faire dans cette galère, tandis que l'autre se dit qu'il se traînerait vachement moins sans elle collée à ses basques. Mais c'est sans doute encore moins romantique. Enfin bon, l'avantage, c'est qu'au moins ils peuvent faire les beaux devant les potes en expliquant, l'oeil mouillé et la fierté d'être plus heureux que les autres au coeur, qu'ils ont décidé de se remettre au sport, et que ce qui est bien avec le roller c'est qu'ils peuvent en faire ensemble, et ça, tu vois, c'est nécessaire tellement ils se lovent, c'est trop clair. Et après quelques mois les rollers finissent au fond du placard pour en ressortir aussi souvent qu'une marmotte de son tronc à Punxsutawney.
Mon histoire ne ressemble pas à celle-là.
C'est dire si ça vaut la peine que je vous la raconte.
Quand j'étais petit, je n'avais pas de rollers.
(Ca commence fort, hein?)
Non, j'avais des patins à roulettes. Des vrais de vrais, ceux en fer, ceux où on pouvait régler la longueur et qui avaient des lanières en skaï rouge pour les attacher. Aussi pratique et ingénieux soit ce système, les roulements restaient des ABEC mois quinze et nichaient au creux de roues moulées dans une variété de caoutchouc très rare dont la particularité était d'être environ dur comme du bois, du coup, niveau sensations glisse, c'était pas top-top et n'invitait pas franchement à une pratique intensive propre à favoriser une progression fulgurante.
A l'époque, dans le quartier y'avait des gars qui avaient ce qu'on appelait encore simplement des rollers, ceux où la chaussure est vissée aux roues. Je ne me souviens plus de leur appellation exacte, c'étaient ceux avec des baskets en toile avec du rouge et du bleu et des petites étoiles. Si tu as moins de 25 ans, tu vois peut-être de quoi je cause. Enfin en tout cas, dans le temps, c'était über la classe d'avoir ça, et justement, j'en avais pas. La prochaine fois que je te dirai que j'ai eu une enfance hyper difficile, tu sauras de quoi je parle.
Bref, quoi qu'il en eut été, on peut pas dire que j'étais le king du bitume, et pour faire bien, on dira que c'était pas ma faute mais celle du matos, ce qui explique la fin prématurée de ma carrière de patineur à roulettes pour partir vers d'autres horizons.
Pour être tout à fait précis, je me suis jeté à corps perdu dans le BMX, où je ne fis pas non plus d'étincelles, ce qui est sans doute à l'origine d'une de mes certitudes les mieux ancrées aujourd'hui, à savoir celle qui dit que le sport et moi ça fait deux. Mais au moins un BMX on peut d'en servir comme vélo, et ça c'est cool quand on a dix ans.
A la base les rollers et moi ne nous sommes donc pas rencontrés durant mon enfance, et aurions fort bien pu le faire plus tard à la façon de Marie-Shirley et Jean-Kevin.
Heureusement pour moi c'est arrivé avant.
Je veux dire avant que je ne rencontre Marie-Shirley.
Marie-Shirley que je ne rencontrerai donc certainement jamais, ou du moins pas au point de lui toucher les seins puisque je fais déjà du roller.
Tu suis ou bien?
C'est pourtant simple. Marie-Shirley et Jean-Kevin, avant de se mettre mutuellement la langue dans la bouche, avaient au moins une chose en commun: le fait de ne pas faire de roller. Au minimum de manière inconsciente, ils ont ressenti le besoin de se mettre en couple pour se mettre au roller. Et c'est, entre autres, pour cela qu'ils vont si bien ensemble. Personnellement, je ne suis pas Jean-Kevin, puisque je fais déjà du roller. Je ne me trouverai donc pas une Marie-Shirley, CQFD.
Mais alors, les rollers et moi, si ça ne remonte pas à l'enfance et si ça n'est pas non plus la séquelle d'une pitoyable histoire d'amour passée, ça date de quand et c'est venu comment, hum?
Vous allez voir, c'est hyper intéressant.
Alors en fait voilà, en décembre 1999, je me suis trouvé mon tout premier vrai travail, celui que j'exerce aujourd'hui encore (c'est dire si c'est bien payé, à défaut d'être intéressant). A l'aube de ma mirifique carrière dans le monde merveilleux de l'assistance, j'habitais encore chez mon père à Cergy, les locaux de mon employeur bien-aimé étant pour leur part sis dans la riante cité de Gennevilliers. Trop loin pour y aller à pied, donc (si tu m'crois pas t'as qu'à aller voir sur ton mappy, hé patate). Pour d'obscures raisons liées à une certaine conception de l'éducation de ses enfants, mon père n'avait pas jugé utile de m'offrir une voiture au lendemain de l'obtention de mon permis de conduire, ce qui fait qu'à 23 ans j'étais toujours désespérément piéton (comme quoi les privations ont duré bien au-delà de l'enfance, tu vois). Bon, j'exagère un peu, être piéton, même à Cergy, c'est très vivable. Surtout que, finalement, dans le temps, je n'avais connu que ça: mes pieds et les transports en commun. Du coup, Cergy/Gennevilliers, les doigts dans le pif, un petit peu de marche, pour aller à la gare de Cergy-Pref, choper ensuite le bus 442 ou le 444 pour aller sur la gare de Pontoise, et roule ma poule en RER C jusqu'à Gennevilliers. Temps nécessaire: entre 50 minutes et 1 heure, porte à porte. Carrément jouable.
Oui, mais...
(Hé, hé, coups de théâtre, rebondissements, suspens, c'est ça aussi l'esprit Chimineks...)
Il se trouve que, déjà à l'époque, je travaillais à des horaires un peu biscornus. Oh, pas aussi décalés que mes plannings de vampire actuels (quoi? tu sais pas encore que je bosse de nuit? mais tu débarques ma parole!), mais bon, il arrivait assez souvent que je finisse assez tard. Genre 23h00, ce qui me faisait arriver sur Pontoise aux environs de minuit. Or à une heure aussi avancée de la nuit, point de 442 ou de 444 pour retourner sur Cergy. Une petite heure à pied, donc, le temps de parcourir les 5 petits kilomètres séparant le quai de mon lit. Je te dis pas les boulasses quand j'ai découvert ça, sur le vif, comme de bien entendu.
Il a donc fallu que je trouve une solution...
Et c'est là que je me suis acheté un vélo...
Rhuhuhu...
Comment je suis trop drôle, la folaïe...
Comme vous pouvez le soupçonner avec la sagacité proverbiale qui caractérise les lecteurs de ce blog (note pour moi-même: penser à me faire une ouicheliste sur Amzamzone), après avoir pesé le pour le contre, tout ça, tout ça, j'en suis parvenu à la conclusion que la meilleure alternative au bus pour effectuer nuitamment le trajet gare-maison serait une bonne paire de rollers. Je me suis donc rendu derechef chez mon épicier sportif pour y quérir une livre ou deux de patins à roulettes. Franchement, je suis parti sans aucun à priori, à la limite juste mon humble avis en matière d'esthétique qui me disait que les "à l'ancienne" c'était quand même moins moche que les "inline", mais bon, l'idée c'était juste de trouver un moyen de transport suffisamment peu encombrant pour rentrer dans mon sac à dos, la question de l'apparence n'avait aucune espèce d'importance. Par contre le prix...
Et ouais, c'est con à dire, mais c'est là-dessus que ça s'est joué. A l'époque, chez Décatruc, on pouvait trouver une paire de quads (c'est comme ça qu'on dit) pour 30 euros, c'est-à-dire deux fois moins que pour une paire de "en ligne". Puisqu'en ce temps là j'étais rien qu'un smicard à moins de 1000 euros, crois-moi, ça a fait la différence. Et c'est comme ça qu'à 23 ans je me suis offert ma première paire de rollers, des quads Holy Sports tout pourris, sans bien me rendre compte des proportions que ça allait prendre.
Pour faire bien, l'idéal aurait été de coller une petite photo pour que vous voyiez un petit peu à quoi ça pouvait ressembler, malheureusement je n'ai aucun visuel qui témoigne de cette époque.
La première fois que j'ai chaussé, à minuit du soir, en plus, on peut pas dire que j'étais fier. Oui parce que je l'ai vraiment jouée à l'arrache, je ne me suis même pas dit "Hé tiens, ce serait peut-être bien que je les essaie une première fois tranquillou avant de me lancer dans une rando Pontoise-Cergy by night". Nan, nan, rien du tout, même pas peur, je me suis lancé cash en descendant du train, genre "Rhôôô, ça doit pas être bien compliqué, et pis quand j'étais gosse j'avais mes patins à roulettes, ça va aller".
Grave erreur.
Comment j'ai trop galéré sa mère, tu flippes.
Tu parles, je savais pas freiner, à peine tourner, le revêtement était carrément irrégulier, surtout avec des roues aussi merdiques que celles que j'avais, bref, le cauchemar. N'empêche que je suis pas tombé. Et qu'en une demi-heure je suis arrivé chez moi, au lieu d'une heure. Investissement validé dès la première utilisation. Attention, hein, ça s'est pas fait tout seul non plus, il a bien dû falloir deux ou trois mois de misère avant que je commence à me sentir un peu à l'aise. Heureusement pour moi le parcours n'était (et n'est toujours pas) franchement technique: on peut le résumer à une bonne grosse montée trop pentue à te donner envie de déchausser, suivie d'une petite descente au revêtement bien piégeux dans l'obscurité, puis une longue montée qui te fait cracher tes poumons, et enfin un trèèèès long faux plat descendant tout en ligne droite jusqu'à la maison. Ca tu vois, c'est dans le sens "retour à la maison" du soir. Parce que dans le sens "aller vers la gare" de l'après-midi t'inquiète que je continuais sagement à rentabiliser ma carte orange en prenant le bus. Attends, motivé, mais pas ouf-dingue.
Et puis bon, tu vois, à force d'en faire, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige (véridique, je m'y suis mis au coeur du mois de janvier 2000), j'ai commencé à me sentir un peu plus maître de mes roulettes, et même à plutôt bien aimer ça. Au point d'un jour franchir le pas, prendre mon courage à deux mains, et partir à la gare en rollers!
Je crois que c'est ce jour-là que ça a vraiment commencé...
A suivre...








Commentaires
ouah quel homme! téméraire, fan de bill murray maîtrisant le passé antérieur et tout...
légèrement misogyne par contre...
"l'une des deux se demande ce qu'elle est venue faire dans cette galère, tandis que l'autre se dit qu'il se traînerait vachement moins sans elle collée à ses basques."
pourquoi c'est pas elle qui maîtrise sa pédestre monture? et lui qui se ramasse un gadin?
ce post serait-il le signe du refoulement d'un sentiment fort envers une marie-shirley qui n'a pas voulu te prêter sa langue ou bien?
quoi qu'il en eut été (ou en soit) vivement la suite...
Alors toi, déjà, je te déteste. Parce que moi, quand j'étais mouflette, j'avais des patins à roulettes aussi, et puis plus tard j'ai eu des rollers. Donc on pourrait penser que "Oh, trop staïle, on est frères de roulettes LOOOOOOOL".
Ben tiens.
Parce que quand j'ai été plus grande, et que j'ai voulu me mettre aux rollers inline, bah j'ai recommencé, mais avec mon petit ami de l'époque. Et donc comme on était super mauvais, bah on se tenait la main, on allait s'entraîner au parc du Tremblay le dimanche et même (même !) on a tenté la rando-roller du dimanche au départ de Bastille avec Jean-Kevin.
Depuis ce jour, d'ailleurs, j'ai eu tellement honte que j'ai revendu mes rollers et que si un jour Jean-Kevin² (ou même Jean-Dylan) essaie de me faire refaire du roller à la con, ce sera des quads et je serai intraitable là-dessus. Never again je fais des inline c'est trop de la merde, surtout ceux à 40€ chez Godécasporthlon. Et des quads taille 38, bon courage si tu m'en trouves parce que ça fait un an que je cherche et j'en ai toujours pas vu.
Signé :
Marie-Shirley, qui t'embête.
bliksem> Mille excuses, j'aurais effectivement dû préciser un truc du genre "dans 2% des cas, les rôles sont inversés".
Non, non, aucune aigreur, juste un constat.
Marie-Shirley> Meu bien sûr que ça existe des quads en 38, téma, là.
Bon, sérieusement, des quads ça peut se trouver dans la pointure que tu veux si tu vas dans le bon magasin, genre plutôt un magasin spécialisé. Ou même ça se fabrique: un paire baskets un peu montantes + une platine Fiberlite à 40 euros de chez GoThlon, et tu les as tes supers rollers trop fashion hype!