Jusques il n'y a pas si longtemps, je ne me réjouissais pas du bonheur de vivre dans un environnement calme et respirant la sérénité. Je n'avais aucune idée de l'ampleur à venir du cataclysme contre moi ourdi par le Destin, un jour qu'Il était de mauvais poil sans doute.
Et alors que rien ne le laissait présager, l'invraisemblable s'est produit.

Tout ça pour te dire que j'ai de nouveaux voisins du dessus.

Et que c'est pas de la tarte

Je ne pense pas être un voisin trop tatillon ou exigeant, simplement j'ai pas trop l'habitude de sentir à ce point la présence de ceux qui vivent dans le même immeuble que moi.
S'il est vrai que j'ai passé la dernière partie de mon enfance et le début de ma vie d'adulte dans la demeure de Père à l'abri de la promiscuité populacière d'un immeuble de banlieue quelconque, il n'en reste pas moins que depuis que j'ai quitté le domicile parental il a bien fallu que je me résolve à opter pour un logement moins prestigieux où la configuration des lieux a pour conséquence de me voir flanqué de ce qu'on appelle communément des voisins.
Mon premier "chez moi" fût en fait une colocation dans un appartement au charme modéré mais tout ce qu'il y a de confortable dans le cadre d'un départ du cocon familial. L'endroit présentait l'avantage non négligeable de bénéficier d'une isolation phonique remarquable, sans doute parce qu'à l'époque de la construction, dans les années 70, on ne lésinait pas sur l'épaisseur des murs. Hormis une pendaison de crémaillère surclassant en décibels un décollage de 747 et les quelques prises de becs monumentales entre une adolescente éprise de liberté et ses parents manifestement dépassés au point de ne pas trouver d'autre méthode que l'inefficace "Ah ouais? On va bien voir qui c'est qui gueule le plus fort!", je ne peux pas dire qu'à l'époque j'aie eue à me plaindre du voisinage, en tout cas pour ce qui est du bruit.

A la faveur d'un emménagement avec celle qu'il convient désormais d'appeler mon "Ex" faute de dénomination plus élégante dans la langue française (Si vous m'en trouvez une je suis preneur)(Si vous m'en trouvez une, de dénomination élégante, j'veux dire)(Attends, je compte pas sur vous pour me trouver une meuf, merci bien, j'en suis pas là)(Reuleuleu, je réalise avec effroi que je sombre dans le travers ridicule des enchaînements de parenthèses, comment c'est trop cliché)(Attends, on en est où déjà?), j'habite dans un immeuble plus ancien. Pas ancien genre des siècles, plutôt ancien genre construction dans les années 50, mais bon plutôt pas vilain, quoi, au point qu'un agent immobilier te vantera direct les charmes de l'ancien en te faisant visiter.
Le fait est que l'isolation phonique n'est pas de la même qualité que dans l'immeuble de ma colocation précédente. En ce qui concerne mes voisins de palier, pas de problème, nous sommes séparés par un bon gros mur porteur des familles, je ne les entends donc pour ainsi dire jamais, et ce alors qu'ils ont depuis un an et demi un bébé (qui n'en sera bientôt plus un) à la maison. En gros, depuis qu'il est né, j'ai dû l'entendre deux fois leur mouflet, et encore de loin.
Pour ce qui est du logement du dessus, nous ne sommes séparés que par un plancher, recouvert selon la pièce de carrelage ou de parquet ancien. Et là, c'est pas la même limonade. Le bruit passe les étages un peu mieux que les murs.
Depuis que j'habite ici, mes voisins du dessus ont changé en moyenne tous les ans. Et honnêtement, j'ai pas eu à me plaindre. Les premiers n'étaient déjà pas bien bruyants, mais en plus, à mesure de leur succession, les suivants se sont avérés de plus en plus discrets.
Les deux dernières étaient deux filles seules à la présence tellement discrète qu'il m'est arrivé de me demander si elles habitaient vraiment là.
Entre les voisins d'en face et leur bébé qui pleure en chuchotant, leur voisine du dessus que j'ai dû croiser trois fois en cinq ans et que je n'ai jamais, mais alors jamais entendue, et enfin ma ribambelle de voisins du dessus tous plus inaudibles les uns que les autres, je peux te dire que je me suis bien habitué à concevoir mon appartement comme mon refuge coupé des turpitudes du monde extérieur, mon petit havre de paix personnel, ma bulle de sérénité.

Et là, depuis un mois, y'a comme un changement radical qui s'est produit.

Les nouveaux voisins.

Monsieur, Madame et leur fils de 1 an.

Alors eux, manifestement, le charme discret et feutré de la bourgeoisie, c'est pas spécialement leur kif.
Genre quand ils parlent, ils parlent fort.
Genre le bébé, quand il pleure, un peu comme si on lui arrachait le bras pour que tu te fasses une idée, et en plus c'est souvent, il pleure fort.
Genre quand ils allument la télé, ils mettent le volume fort.
Genre quand ils s'engueulent, ils s'engueulent fort.
Genre même quand ils font gouzi-gouzi avec le bébé, il font gouzi-gouzi fort.
Et ainsi de suite.
Quand on n'a pas l'habitude, ça surprend.

Alors évidemment, on pourrait se dire que puisque mes deux dernières voisines du dessus étaient des filles seules il est bien normal qu'elles aient été plus discrètes que ce qu'il convient somme toute d'appeler une famille.
Oui, mais non.
Parce que même si je veux bien qu'à trois on fasse plus de bruit qu'à un, et même plus que trois fois plus de bruit, là on est plutôt à des niveaux du style vingt fois plus de bruit. Ce n'est pas juste qu'ils font du bruit, ça à la limite, ce serait normal, c'est qu'ils font beaucoup de bruit. Par exemple, rien que quand ils se déplacent ils le font d'une façon qui sort de l'ordinaire sonore. Genre si moi je voulais faire pareil il faudrait que je le fasse exprès. Ca fait un bruit, je sais pas... un peu comme si à chaque pas ils tapaient du poing sur le parquet. Et pourtant ils sont pas épais, Monsieur et Madame ne doivent pas dépasser le mètre soixante-cinq... Donc bon, je sais pas comment ils se démerdent pour faire trembler le sol à ce point rien qu'en se déplaçant.
Et puis ils gueulent, y'a pas d'autre mot, ils gueulent tout le temps, je serais tenté de dire pour un oui ou pour un non, aussi bien Monsieur que Madame. Le tout sans vraiment songer qu'ils ont des voisins, semble-t-il. Du coup l'autre jour j'ai même fait un truc que je pensais pas que je ferais un jour. Changeons donc de paragraphe pour vous conter cette édifiante anecdote.

La situation était la suivante: Madame et Monsieur étaient allés faire des courses. L'on avait déjà pu constater au cours des deux premiers allers-retours effectués en couple qu'ils avaient un milliard de trucs tellement intéressants à se raconter qu'il était utile de le faire avec une voix suffisamment appuyée pour que les voisins n'en perdassent pas une miette. Pour une raison inconnue mais certainement secondaire, le dernier aller-retour fût attribué à Madame qui descendit donc seule récupérer ce qui devait rester des courses dans le coffre de la voiture. Or vlà-t-y pas qu'avant de remonter Madame fût assaillie de questions existentielles exigeant une réponse sans délai avant d'envisager l'ascension vers le logis familial. Ni une ni deux, Madame entreprit donc d'établir le contact avec son époux bien-aimé au moyen d'une gueulante bien sentie adressée depuis le rez-de-chaussée à l'oreille d'icelui trois étages plus haut. Ce dernier ayant entendu l'appel de sa dulcinée lui répondit avec une puissance de voix similaire, sans doute pour être sûr qu'elle comprenne distinctement chacun de ses mots. S'en suivit un débat d'une grande âpreté, malgré la distance de trois étages, débat rendu possible par la grâce de la vigueur avec laquelle les participants braillaient leurs arguments.
N'étant pas du genre à m'intéresser à ce point à l'existence de mes voisins, et désapprouvant sans réserve l'attitude du type "Les autres j'en ai rien à foutre" qui me semblait être celle choisie par mes voisins à cet instant, j'ai ouvert la porte de mon appartement et ai interrompu le débat d'un "Wow! C'est un immeuble ancien ici, on entend tout, alors vous serez gentils de ne pas crier comme ça, c'est pas la peine!" poli mais ferme, suivi d'un claquement de porte suffisamment éloquent pour donner la mesure de mon agacement. Après quoi un silence de cathédrale s'est installé.
Moralité, il a fallu que je gueule pour qu'ils se décident à arrêter de gueuler. En soi, je ne trouve pas que ce soit une conclusion satisfaisante, mais bon. Comme on dit, c'était pu possib'.

L'immense avantage que présentait la cohorte des prédécesseurs de mes actuels voisins du dessus était qu'ils s'absentaient très souvent de leur appartement. Ne serait-ce que pour aller bosser. Or, je vous le rappelle au cas où vous l'auriez oublié, mais franchement ça me décevrait, personnellement, je travaille de nuit. L'absence de voisins du dessus en journée est donc de nature à favoriser l'efficacité d'un repos réparateur au sortir d'une nuit de travail. Sauf que là non. Il n'y a que Monsieur qui travaille. Ce qui fait que Madame reste à la maison toute la journée. Et Madame toute seule, t'inquiète, du boucan, elle sait en faire, ne serait-ce que que de par sa façon de se mouvoir décrite plus haut. Et elle n'est pas du genre à rester assise sur son canapé, Madame. Parfois je me demande même si elle ne fait pas son footing en indoor! Oui, parce qu'en plus elle ne sort jamais. Mais alors jamais. Enfin pas seule. Avec Monsieur, elle sort. Mais en journée, quand elle est toute seule, jamais. Donc bon, footing, télé à donf', passage d'aspirateur à fréquence relevant du TOC, bruit divers et variés vaguement identifiés du type clong le marteau qui tombe sur le carrelage ou brolom-brolom l'amoire normande qu'on déplace sur le parquet sans la relever ou mettre de patins sous les pieds, que du bonheur. Et c'est pas prêt de changer, je pense avoir bien cerné les personnages, c'est sûrement pas demain que Madame va se mettre à chercher un boulot...
Et si Madame décide de prendre une pause, pas de problème, le moutard prend le relais!

Ah ce gosse...
Je n'ai rien contre les enfants des autres, je vous assure, j'ai pleinement conscience qu'il faut que l'espèce se perpétue en nombre suffisant afin de pouvoir me garantir une retraite pour mes vieux jours, mais là, j'te jure, il me gonfle. A me donner des envies de lui faire subir un bon gros syndrome du bébé secoué en lui hurlant des mots doux du style "Mais tu vas la fermer ta grande gueule, sale gosse, oui ou merde!?!?!?".
Il chiale tout le temps.
J'ai jamais vu entendu ça. Au point qu'au début je me suis même demandé s'il n'était pas maltraité. Véridique. Mais en fait non, je crois que c'est juste un môme hyper relou. Le truc qui revient par exemple, c'est que j'entends le père faire gouzi-gouzi (à sa façon, c'est-à-dire en gueulant, ça va de soi), le gosse qui se marre comme une baleine, le père qui s'arrête de faire gouzi-gouzi, et trente secondes plus tard le chiard se met à gueuler comme si on avait oublié de lui filer à bouffer depuis 3 jours. Con de môme.
Enfin, on va dire que c'est pas de sa faute, et qu'il ne fait que suivre l'exemple de ses parents, le pauvre. Un mouflet de 1 an j'imagine que c'est basique comme un chimpanzé, ça sait pas faire grand-chose d'autre qu'imiter. Papa gueule, Maman gueule, alors je gueule, puisque c'est comme ça qu'on fait.
Alors bon, en moyenne on va compter qu'il gueule toutes les deux heures (et je te parle bien de la moyenne sur 24 heures!), qu'en plus quand il est lancé, c'est pas genre pour 30 secondes, ça peut durer entre un quart d'heure et carrément une heure, que parfois ça incite ses parents à gueuler, soit pour lui dire de la fermer, soit pour débattre entre eux de la façon la plus appropriée de le faire se calmer. Et pour finir, raffinement ultime, sa chambre à lui est au-dessus de ma chambre à moi.
Le gros lot, quoi.
Et comme Madame n'est pas prête de bosser, aucun espoir qu'il soit expédié de bon matin chez une nounou comme le petit d'en face (tiens en fait ça aurait été mieux si mes voisins d'en face avaient été ceux du dessus, et inversement, maintenant que j'y pense). Malheureusement, je crois que je ne peux pas faire grand-chose d'autre qu'essayer de m'habituer. En poussant ma gueulante quand trop c'est trop. Et puis peut-être espérer qu'ils se barrent dans pas trop longtemps. Comment ça me ferait trop plaisir...

On pourrait se demander si ce n'est pas un rien minable d'en pondre une tartine comme ça pour me plaindre du bruit des voisins.
On pourrait.
En même temps, là, tu vois, je viens de me taper deux nuits de taf, c'était je premier week-end des vacances (et quand on bosse dans l'assistance ça marque le début de la galère de la saison d'été), donc j'ai la tête comme ça et je me serais bien tapé un bon gros dodo réparateur plutôt que de subir le vacarme apocalyptique de la famille réunie au grand complet. A l'heure où j'écris ces lignes le bébé gueule aussi fort qu'il le peut, Monsieur et Madame se tapent une de ces bonnes engueulades sont ils on le secret, le tout, si j'en crois les bruits de fracas contre le parquet, en essayant de monter un meuble genre Ikéa en effectuant un footing tonique pour Madame.
Donc merde.
Ah oui, j'oubliais le détail qui tue, que même si c'est pas de leur faute on pourrait vraiment se dire que là c'est carrément une malédiction vaudoue qui a été balancée sur moi, il se trouve que leur plomberie déconne, ma cuisine est donc régulièrement inondée depuis une semaine. Un plombier doit se radiner aujourd'hui pour essayer de régler ça, et y a intérêt qu'il y arrive faute de quoi je ne m'interdis pas d'aller personnellement saccager les bureaux de l'agence qui gère la location de l'appart' du dessus.
Désolé si ça part un peu en vrille, vous m'excuserez et me permettrez de mettre ça sur le compte de l'énervement et de l'épuisement.

Sinon, dans trois jours je suis en vacances jusqu'au mois prochain.
Je crois que c'est nécessaire.
Enfin du coup, je suis pas sûr de pouvoir vous livrer rapidement la suite de la saga rollers.
Et puis pour la demoiselle qui m'a écrit pour me dire, entre autres, que mon site il était trop dur à lire à cause que le fond noir ça fait mal aux yeux, honnêtement, je sais pas quoi te dire. Hé, les autres, ceux (enfin surtout celles en fait) qui ont l'habitude de commenter de temps en temps, il est tout pourri mon design que c'est moi qui l'ai fait avec mes mains ou quoi? Si vous avez des remarques, suggestions ou critiques à faire, allez-y, c'est le moment. Il y a toutes les chances que je le prenne super mal et que je me vexe sur le coup, mais au final s'il faut que je change des trucs, je finirai probablement par les changer. Enfin peut-être.

Là-dessus, je vous laisse, je suis carrément carpette, je vais tenter de m'endormir malgré l'ambiance de tremblement de terre au-dessus de ma tête, m'en fous, s'ils font trop de bruit je me lancerai un bon vieux Star Wars à minuit du soir avec le son THX sa mère à fond les ballons rien que pour me venger.
'Faut pas m'chercher, moi.