Evidemment si après des semaines d'absence, et alors que mon public me réclame à cors et à cris, je me repointe pour vous entretenir de bêtes problèmes de plomberie, on risque m'accuser de foutage de gueule en règle.
Et pourtant...
Tu crois que j'vais m'gêner?
Ce serait mal me connaître.

En cette belle fin d'après-midi du 9 juillet 2007, rappelez-vous, j'en étais donc resté au fait qu'un professionnel de la profession devait séance tenante se pointer pour régler le problème de plomberie de mes sympathiques voisins du dessus, ceci, entre autres, afin que leur problème ne soit plus le mien et que j'arrête de me retrouver avec une flaque d'eau par jour à éponger dans la cuisine. Vous comprenez, à ce régime-là, ça finit par devenir lourdingue. Parce que, mes voisins, ces coquins, ils ont beau savoir que l'évier de leur cuisine est bouché et que du coup ça fuit jusque chez moi, ça les dérange pas du tout de continuer à y faire leur vaisselle quand même, alors qu'ils pourraient la faire dans la salle de bain où l'eau s'écoule très bien. T'es fou. T'imagines la logistique à mettre en oeuvre? Y'a au moins 3 mètres entre les portes des deux pièces... A la fois adorables, attentionnés et prévenants: des crèmes, quoi.
Bref, un plombier à la main épaisse et au vocabulaire plutôt leste s'est effectivement pointé le jour-même, mandaté par l'agence immobilière en charge de la gestion de leur appartement. Il est venu chez moi pour constater le problème de fuite se propageant d'un étage à l'autre et essayer d'en comprendre la raison.
Ce qui n'était pas bien compliqué, même moi j'aurais trouvé tout seul chuis sûr.

Réveille tes neurones mon zami, l'heure est venue de causer un peu technique. Ca va peut-être te faire un peu mal à la tête, mais ça en vaut la peine: n'es-tu pas impatient de connaître le fin mot de cette rocambolesque histoire que tu as attendu pendant tout ce temps où j'étais égoïstement parti sans laisser d'adresse? Allez, courage, ce ne sera pas long.
Ci-dessous, le diagnostic détaillé.
En gros, le tuyau d'évacuation d'eau de l'évier de la cuisine de mes voisins étant bouché, une faiblesse dans ce tuyau engendrait une fuite. La dite fuite finissait par former une flaque au niveau de la colonne d'évacuation de l'immeuble. Tout ceci se passant au niveau du carrelage de la cuisine de mes voisins, au troisième étage, pourquoi alors, me demanderez-vous avec juste raison, une flaque d'eau finissait-elle par se former trois mètres plus bas sur le carrelage de ma cuisine à moi, au deuxième étage?
Facile: comme je vous l'ai dit, la flaque du troisième étage se formait autour de la colonne d'évacuation de l'immeuble. A toutes fins utiles, et au cas où vous ne le sauriez pas, je vous rappelle qu'une colonne d'évacuation c'est un tuyau qui traverse l'immeuble sur toute sa hauteur et vers lequel convergent les évacuations d'eau de tous les logements. Pour que cette colonne puisse se prolonger d'un étage à l'autre, il est nécessaire de faire un trou à chaque étage afin de pouvoir passer le tuyau. Et pour que ça soit bien propre, étanche, et zouli comme tout, il convient de faire un joint autour du tuyau une fois ce dernier mis en place. Or le joint entre chez moi et chez mes voisins du dessus n'étant plus de toute première fraîcheur, la flaque du dessus pouvait à loisir descendre d'un niveau, à la faveur d'une étanchéité du joint depuis longtemps disparue. En fait l'eau coulait non pas dans la colonne d'évacuation mais autour, avant de finalement s'arrêter chez moi où on trouve au niveau du sol un joint de top qualité.
C'est tout con, hein?

Le problème étant clairement identifié, ne restait plus qu'à le résoudre, pas vrai? Sauf qu'aux dires du bourru plombier désigné pour le faire, ça n'allait pas être de la tarte.
La faute à un accès malaisé au possible à la tuyauterie de la cuisine de mes voisins
Sans compter que vu l'âge de l'installation il était bien possible qu'il faille tout changer.
Et pour ça il fallait avoir les pièces sous la main...
Et sur le moment, là, il les avait pas.
Il avait de toutes façons pas le temps ce jour-là.
Il allait donc falloir qu'il revienne le lendemain
S'il pouvait.
Mais c'était pas sûr.
Plombier, quoi.
Enfin bon, on était le lundi 9 juillet, mon départ en vacances était prévu pour le 12, je ne doutais pas que le problème serait résolu à temps. Au pire s'il fallait se taper encore une ou deux flaques à éponger entretemps ça ne serait pas bien grave.

Contre toute attente, notre truculent poseur de tuyaux s'est finalement pointé dès le lendemain matin, bien décidé à en finir au plus vite avec cette histoire. Je ne guettais pas particulièrement sa venue, simplement en allant inspecter ma cuisine ce matin-là je n'ai pas pu m'empêcher de constater que la flaque était encore plus balèze qu'à l'habitude, et surtout beaucoup plus craspouêt. Genre avec une espèce de poussière fine un peu noirâtre en plus de l'eau. Ni une ni deux, faisant fi des règles élémentaires de bienséance sous-vestimentaire, j'ai enfilé un futal et une chemise et me suis précipité au troisième pour signaler qu'il y avait comme qui dirait un petit souci. C'est le plombier lui-même qui m'a ouvert et m'a fait le compte-rendu exhaustif des travaux par lui effectués chez mes voisins. Il venait de changer "tout le merdier" sous l'évier et de verser une bonne rasade d'acide dans les tuyaux histoire d'être bien sûr de tout décaper de l'intérieur pour qu'il n'y ait plus de bouchon(s). Avant cela il en avait extrait un plutôt conséquent au niveau du raccord avec la colonne, m'expliqua-t-il. Avec ses mots à lui ça donnait un truc du genre "Ah ouais, mais nan, mais là j'ai viré des pleines poignées de merde de là-dessous, pas étonnant que ça s'écoulait pu". Bon appétit, bien sûr.
En tout cas, selon lui, la petite inondation que je venais de subir serait la dernière, et était simplement dûe à la complexité des travaux qu'il venait d'effectuer. Youpi, donc. Retour à la normale.

Oui mais...

Dans le courant de l'après-midi, rentrant de quelque course dont le détail m'échappe avec la ferme intention de me taper une méchante sieste en prélude à ma dernière nuit de boulot du mois avant les vacances, que trouvé-je dans ma cuisine?
De la flotte, bordel de samerlapute.
Du coup, ben voilà, je me suis retapé l'ascension jusqu'au troisième, à devoir expliquer à Madame ma voisine que manifestement y'avait toujours un truc qui n'allait pas, vu que je me retrouvais avec une flaque plus balèze que jamais. A quoi elle me répondit que "Ah mais oui, mais le plombier il avait dit que...".
Tenté de lui répondre un "Mais connasse on s'en fout de ce qu'il a dit, tu le rappelles et puis c'est tout", je me suis soudain rappelé que cette femme est... hum, disons limitée dans son rayon d'action. Pas qu'elle soit plus neuneu que ça (encore que...), simplement ce genre de truc, c'est pas elle qui gère, c'est Monsieur. Appeler un plombier ou une agence immobilière c'est bien au-delà de son champ de compétence, tu vois... Histoire d'insister en restant aussi courtois que possible, je me suis permis de lui dire que quand même, là, ce serait vraiment bien qu'elle s'occupe elle de les appeler parce que là, non, vraiment, vacances dans deux jours, boulot ce soir, tout ça, donc bon.
Un mur.
"Je vais dire à mon mari, il rentre tôt cet après-midi..."
Peut-être la conscience qu'elle était définitivement trop engluée dans le carcan de sa vie de merde trop bien verrouillée pour se sortir les doigts du cul, sur le coup, je sais pas, j'ai dû me dire que ça servait à rien d'insister... De toutes façons j'avais une cuisine à éponger pour la deuxième fois de la journée, je pouvais faire une croix sur ma sieste, autant attendre l'arrivée du mari pour essayer de mettre la pression sur le moins engourdi des deux avant de partir bosser.

Vers 18h00, avant de m'en aller vers la riante cité de Gennevilliers où j'exerce avec zèle et compétence ma noble profession, faute de nouvelles du mari supposé rentrer plus tôt, je suis re-re-re-monté. Il était là. Il avait bien rappelé l'agence immobilière, qui avait rappelé le plombier, lequel devait venir le soir-même ou le lendemain matin. Tu crois qu'il m'aurait prévenu? Bah non, pour quoi faire, hein?
Bref, comme je l'avais fait pour sa femme, je lui ai demandé de veiller à ne pas utiliser l'eau dans la cuisine, d'autant que là je partais pour la nuit, donc pas de conneries.
"Oui, oui, bien sûr" me dit-il, "mais le plombier il avait dit"... Comme quoi qui se ressemble s'assemble, hein, y'a pas de hasard.
Le plus beau c'est qu'il ont fait un gosse.
Ah tiens, le gosse, c'est vrai. J'allais presque oublier de vous dire que ça y est, je l'ai enfin vu. A la simple écoute de ses hurlements insupportables et beaucoup trop répétitifs, je m'en étais fait l'image d'un sale morveux caractériel et égocentré au-delà des limites humainement acceptables. Le genre de trait de caractère objectivement impossible à déceler sur le visage poupon d'un enfant d'à peine un an. Et ben chez lui, si. Je vous jure qu'il a la tête de l'emploi. Une espèce de peste puissance mille complètement ingérable, c'est marqué sur sa tronche.
Ca promet, quoi.
Vivement qu'ils déménagent.
Mais revenons à nos bouchons.
L'essentiel était que le plombier se pointe à nouveau au plus tard le mercredi pour que je puisse me casser jeudi matin, comme prévu, pour ces putains de vacances utraméritées.
Oui à ce point-là.

En ce beau matin du mercredi 11 juillet 2007, je rentrais donc fourbu après une dure nuit de boulot sans sommeil. Fourbu, mais content, car l'heure des vacances avait sonné. Au volant de ma belle italienne aux reflets d'argent, je révisais le scénario du film des 24 heures à venir:
- Lancer quelques machines histoire d'avoir quelques slips boxers propres d'avance dans ma valise,
- Faire un peu de ménage et de rangement en mettant à contribution mon meilleur pote fraîchement débarqué de Mayotte la veille et hébergé chez moi. Oui, parce que si rentrer de vacances c'est toujours un peu la loose, c'est quand même plus agréable de revenir dans un chez soi un minimum propre et rangé.
- M'octroyer une bonne siestasse des familles histoire de récupérer un peu avant le repas du soir prévu chez les parents de mon pote louche, lequel se trouve être le cousin de mon meilleur pote.
- Commencer à faire mon sac pour jeudi matin n'avoir plus qu'à y glisser les quelques affaires ayant fini de sécher pendant la nuit.
- Encoder les derniers CDs achetés pour les emmener en Bretagne dans le wacos MP3.
- Essayer de remettre en état de marche les 3 enceintes sur 4 de l'autoradio qui étaient tombées en rade.
- Et puis sûrement d'autres trucs.
Bref une journée bien remplie en perspective, mais pour la bonne cause, donc content.

Revenu dans ma bonne ville de Pontoise, en rentrant dans l'immeuble, je me suis dit "Tiens, c'est curieux ça fouette carrément sa race dans cet escalier. Si ça se trouve ils font des travaux dans les égouts ou un truc comme ça...". Deux étages d'odeur d'oeuf pourri plus tard, en entrant dans mon appartement, je n'ai pas pu m'empêcher de constater que, merdalors, ça loufait encore plus chez moi que dans le reste de l'immeuble. Et aussi que les bruits de pas de mon meilleur pote dans la cuisine faisaient un plotch-plotch inquiétant au lieu du tap-tap règlementaire.
Tu sais quoi?
Deux centimètres d'une eau marronnasse et scandaleusement nauséabonde.
Dans ma cuisine.
Blasé.
Et crevé.
Même plus la force de m'énerver.
Basculement en pilote automatique: aller chercher les serviettes éponges pas encore sèches, et faire la même chose que tous les jours depuis plus d'une semaine. En pire, cette fois les pieds bien plantés dans une eau qui pue l'égoût et qui en a la couleur.
Le scénario élaboré en revenant qui part en fumée.
Se forcer à puiser dans les dernières réserves d'humour.
"Mais enfin, monsieur Ouille, pas avec votre poncho!.."
D'abord parer au plus pressé, éviter que l'eau ne quitte le solide carrelage de la cuisine pour aller imbiber les délicats parquets cinquantenaires des chambres et du salon.
Une fois l'inondation contenue, chercher une explication logique...

"Mais elle fait tourner une machine à laver cette conne!!!"
C'est ce que mon meilleur pote ou moi nous sommes exclamés en voyant de l'eau jaillir par tous les tuyaux d'évacuation de la pièce (évier, machine à laver, lave-vaiselle...). Oui, jaillir. A la façon des grandes eaux de Versailles. C'est ballot, on avait presque fini d'éponger.
En tout cas l'explication était évidente: le bouchon était juste descendu d'un étage dans la colonne d'évacuation. Du coup tout ce qui descendait de chez le voisin ressortait chez moi. Question de gravité, de vases communiquants, tout ça, tout ça.
Bref, alors que je lui avais dit, mais aussi à son mari de ne pas utiliser d'eau dans la cuisine, cette gourdasse faisait tout bonnement tourner une machine!
Toc-toc.
- "Qui c'eeeeest?!?!?
- C'est l'plombier l'voisin.
- Qu'est-ce qu'il y a?
- Ca coule encore encore, il faut arrêter la machine.

Après quelques secondes de réflexion, elle s'est décidée à m'ouvrir la porte. Oui, parce que ce que je ne vous ne savez pas encore à propos de mes voisins si cools, c'est qu'entre le moment ou tu toques chez eux et celui où il t'ouvrent la porte, il faut compter une bonne minute de conversation à travers la porte. Hyper convivial, je te dis que ça.
- Vous faîtes une machine?
- Oui, qu'est-ce qui se passe?
- Il faut l'arrêter, ça coule encore
- Oui mais on est au milieu du cycle...
- Tout ressort chez moi, il faut l'arrêter tout de suite.
- Mais oui, mais le plombier il avait dit que...
"

Peut-être une étincelle dans mon regard jusque là éteint par la fatigue et le désabus, va savoir, elle a dû sentir que ma main dans sa gueule était pour bientôt si elle s'aventurait à continuer sa phrase. Elle s'interrompit alors d'elle-même pour se justifier avec une vivacité que je ne lui soupçonnais pas. Elle m'expliqua en un souffle que le plombier venait de partir, qu'il était venu tôt le matin pour remettre du produit pour déboucher, qu'il avait fait des essais et que comme ça ne refoulait plus chez eux il en avait conclu que le problème était définitivement réglé. Il lui avait donc confirmé qu'elle pouvait se lancer dans une série de machines, ce qu'elle s'était empressée de faire vu le retard de plusieurs jours accumulés.
(Un peu, mais pas de beaucoup) mieux disposé à son égard, je lui répétai qu'il fallait qu'elle arrête sa machine, et m'en retournai chez moi assister mon meilleur pote aux prises avec le dernier tsunami.
Après un bon quart d'heure ayant nécessité la mobilisation de l'ensemble de mes serviettes de toilette sales ou propres, ma pauvre serpillière ayant depuis longtemps jeté l'éponge (hoho), nous avions pratiquement terminé quand...
"Mais elle l'a pas arrêté sa machine, cette conne!!!"
Sans doute poussé par la foi profonde dans le fait qu'il était hors de question qu'il passe le début de ses vacances en Métropole à esponger comme un connard de la flotte aussi puante que dégueulasse, mon meilleur pote s'est alors précipité chez la voisine en se retenant de la traiter de conne mais en ne se retenant pas de débrancher sans lui laisser le temps de réagir la machine à laver à l'origine du troisième raz-de-marée de la matinée! En n'oubliant pas en partant de lui intimer sur un ton lourd de menaces l'ordre de ne plus faire couler la moindre goutte d'eau dans sa cuisine.
A son retour, j'ai décidé qu'il fallait que je prenne un peu les choses en main dans cette histoire. Tant pis si ça faisait plus de 24 heures que je n'avais pas dormi.

Après que j'aie fait en sorte que l'agence immobilière ayant en gestion l'appartement de mes voisins et le syndic gérant la copropriété daignent se mettre d'accord quant aux responsabilités (financières, ça va de soi) de chacun dans cette affaire, le plombier est revenu établir son campement chez moi. Ca a juste pris la bagatelle de deux jours. Deux jours pendant lesquels nous avons vécu, mangé, dormi dans une atmosphère plus qu'écoeurante, carrément irrespirable. Le tout en se tapant des espongeages réguliers pour causes de voisins trop cons pour comprendre que quand on leur dit pas une goutte dans la cuisine, ça veut dire pas une goutte.
Pour la petite histoire, ça s'est terminé avec un débouchage par camion spécial à pression à base de 500 euros l'intervention, plus changement de la colonne d'évacuation dans ma cuisine par le plombier, lequel nous glissé que sur cette histoire rien qu'en matos il en avait eu pour 400 euros. Je pourrais me dire que je m'en fous puisque c'est pas moi qui paye... Mais bon, je ne serais pas étonné d'une légère augmentations des charges dans les mois qui viennent.
Enfin bon, vendredi 13 à 10h00, c'était fini. On n'a pas cherché à faire du ménage ou du rangement, juste laver les serviettes histoires qu'elles ne moisissent pas dans le jus de merde, passer un coup vite fait sur le carrelage et point barre. J'ai fait mon sac à une vitesse inégalée dans ma carrière, et à 11h00 on était barrés.
Direction la Bretagne, et les vacances.
Mais ça, je vous en parlerai peut-être une autre fois, sinon on va me dire que je fais vraiment trop long.

Là-dessus, je vous laisse, je compte bien profiter d'une de mes rares nuits non travaillées de ce début de mois d'Août. Ouaip, la reprise est chargée. Enfin bon, jeudi prochain j'ai une petite semaine sans bosser, je devrais pouvoir me reposer à ce moment-là...