Y'a pas que les grands esprits qui se rencontrent
Par Thomas D. le mercredi 15 août 2007, 20:52 - Lien permanent
Au cas où j'aurais eu l'invraisemblable ambition de me reposer un peu au calme après les 6 heures de route que je viens de me taper pour revenir de Creuse, mes voisins se chargent en ce moment-même de me rappeler ce que je suis en droit d'espérer ou pas en terme de tranquillité du voisinage. Pour bien faire les choses ils ont même mobilisé les renforts nécessaires propres à faire s'ébranler mon plafond suffisamment fort pour que j'hésite à m'équiper d'un sismographe afin de quantifier la nuisance qu'ils constituent.
M'en fous.
J'voulais m'reposer? Et ben j'veux plus.
D'un coup je me sens comme une envie de regain de patate à grands coups de musique à fond les ballons. Moi aussi j'ai besoin de prouver à la Terre entière que j'existe. Et s'il faut faire du bruit pour ça, je le ferai. Je me suis donc programmé une bonne playlist à base de West Coast poisseux, avec une bonne dose de Beastie Boys pour équilibrer et une pincée d'Asian Dub Foundation pour la touche exotique. Y'a de la basse qui tabasse, merci le RXV2600 et ses mignons petits 5x130 watts. C'est bien, ça me permet de tester un peu jusqu'où mes enceintes sont capables d'aller.
J'espère que ça les gêne beaucoup et que ça gâchera leur soirée.
Dans la mesure où je peux faire une croix sur la sieste réparatrice à laquelle j'ai rêvé durant une bonne partie de trajet retour que nous avons effectué à quatre dans une voiture certes performante mais néanmoins exiguë, autant mettre ce temps disponible inespéré à profit, par exemple en vous entretenant d'un sujet aussi primordial que mon tout juste finissant week-end dans la Creuse, patrie du pâté à la patate et... sûrement d'autres trucs et/ou gens très bien.
A l'occasion de l'anniversaire d'une jeune descendante de miens amis dont les 5 ans tombaient ces jours-ci, nous nous sommes retrouvés entre famille et amis des parents de la donzelle pour fêter dignement cet évènement aussi extraordinaire qu'unique dans la vie d'un enfant. Ouais, c'est clair, c'était trop un bon prétexte pour se bâfrer, boire des liquides alcoolisés et même fumer du pschitt pour les plus hardis d'entre nous.
Attention, hein, on n'en a pas oublié la petite pour autant, au contraire même, à raison d'une moyenne d'un cadeau et demi par paire de convives, avec une tablée de 22 personnes on peut considérer que la coquine ne s'est pas levée pour rien ce jour-là. Personne, donc, n'a perdu son week-end prolongé.
Dans la mesure où il ne me paraît pas hyper intéressant de vous détailler le menu de ce qui au final a constitué l'essentiel de notre activité durant quatre jours, à savoir les repas, je vais aborder un aspect essentiel de ce rude et fier département qui vous est certainement inconnu, à moins que vous n'ayez une raison méchamment valable d'y avoir déjà mis les patins un jour.
Alors, pour le roller, permettez moi de vous dire que franchement, la Creuse, c'est pas ça.
Au matin du troisième jour, figurez-vous que j'ai été pris d'une irrépressible envie d'arpenter le bitume creusois la tête au vent et les roues aux pieds. Et ça tombait bien, comme de par hasard j'avais pris soin de glisser (façon de parler) ma paire de quads rando dans mon sac de voyage. Ni une, ni deux, j'ai donc chaussé direct et...
Attends...
Ah ouais, nan!..
Le truc, c'est que la charmante maisonnette dans laquelle nous logions... Euh... Ouais nan, en fait, les pistonnés (les propriétaires des lieux, leurs enfants, les parents de la petite, et la petite elle-même) logeaient dans la maison, tandis que les autres, dont moi, logeaient dans les tentes igloo qu'ils avaient pris soin d'apporter sur les conseils de la puissance accueillante...
Bref!!!
Le lieu des festivités se trouvait au bout d'un chemin de terre, lui-même situé au fond de l'impasse principale car unique d'un hameau rural puissance mille du fin fond de la Creuse septentrionale. Autant vous dire que pour le goudron tout propre et tout lisse, c'est pas franchement devant le portail que ça se passait. Je ne pouvais donc pas chausser direct, pouf, comme ça, il me fallait au préalable effectuer une marche d'approche.
Les patins à la main, le sac à dos là où son nom indique qu'il doit se trouver, je m'en suis donc allé sur le chemin menant au coeur du hameau où je supposais pouvoir trouver une route praticable. A l'embranchement où j'avais envisagé de troquer mes sandales de compèt' contre mes redoutables monster-trucks de rando, figurez-vous que j'ai pas pu. La faute à deux abominables clébards aboyants qui se sont précipités sur moi, aidés en cela par l'incroyable négligence de leurs propriétaires respectifs, lesquels ne jugent manifestement pas utile d'attacher solidement leurs molosses aussi cons et hargneux soient-ils. Qui sait, peut-être le fameux adage "tel chien, tel maître"...
Toujours est-il que je me suis donc retrouvé avec deux connards de chiens qui me gueulaient dessus en tout en grognant malaimablement, tout ça sous prétexte que ma gueule ne leur revenait pas faute de leur avoir déjà été présentée.
Déjà que les chiens, à la base, c'est pas mes copains, là, je me suis un instant demandé si un roller de deux livres pourrait constituer une arme efficace pour défoncer un crâne canin en cas d'attaque aussi féroce qu'injustifiée, ou même simplement à titre de prévention, parce que les aboiements haineux, ça va cinq minutes, merci bien. A un moment je me suis dit qu'un espoir était permis puisqu'à force d'avancer à pas de fourmi, j'ai fini par arriver à portée de vue du connard de maître attablé dans son entrée (ça a l'air d'être une tradition locale vachement bon esprit genre je veux savoir tout ce qui se passe devant chez moi) qui déjeunait. Oui, je dis "connard de maître" parce que d'une part je lui ai dit bonjour et qu'il n'a pas estimé nécessaire de me répondre, et d'autre part parce qu'à aucun moment il n'a bougé le petit doigt pour mettre fin au harcèlement furieux dont me gratifiait avec un acolyte son sociopathe de clebs.
Je ne me suis pas accordé le droit de traiter sa mère au connard de maître, ceci pour trois raisons plus ou moins pragmatiques: premièrement, me mettre à gueuler risquait d'exciter plus encore les molosses qui n'en demandaient certainement pas tant pour s'autoriser à se jeter sur moi, deuxièmement, le connard de maître étant un voisin des gens chez qui je logeais je ne me sentais pas trop de foutre la merde en cultivant par la même l'image de connard de parisiens qu'aiment à coller à leurs voisins venus d'ailleurs les ploucs du cru, et troisièmement je n'avais aucune certitude quant à la présence ou non d'un fusil de chasse dans les environs immédiats du pécore... Donc bon, j'ai opté pour la stratégie du pas en crabe silencieux avec figeage façon jeu de la statue de temps à autre pour feinter l'adversaire.
Au bout de 200 mètres de cet improbable mode de déplacement, les deux sacs-à-puces crétins ont fini par me lâcher la grappe, et bien caché derrière un arbre au minimum centenaire j'ai enfin pu enfiler mes rollers, les pulsations à 120 pour cause de stress excessif durant les minutes précédentes.
J'ai fini par me lancer sur l'étroite route de campagne, et me suis alors souvenu à quel point notre perception du relief pouvait être altérée en voiture. En gros, t'es dans ta bagnole, à un petit 70 à l'heure pépère peinard, et scrutant la route, en bon monomaniaque, tu te dis "Hé mais, c'est qu'elle a l'air carrément praticable à roller cette route! Pas trop pentue, revêtement correct, ça pourrait bien le faire..." et tu te promets de revenir vérifier ça les patins aux pieds. Et puis une fois sur place tu t'aperçois que pas du tout, en vrai le bitume est complètement défoncé, et surtout que ça descend carrément méchamment. Même chose pour les montées. Et justement, des descentes et des montées dans le genre, en Creuse, y'en a plein. Y'a même que ça, le plat n'existe pas. Autant vous dire qu'en ce qui me concerne ce fût une galère sans nom. Dix bornes aller-retour jusqu'au bled voisin. Des descentes interminables à se bousiller les chevilles à coups de slalom en virage hypra serrés pour cause d'étroitesse de la route, ceci afin d'éviter de prendre trop de vitesse histoire de ne pas finir planté comme un con dans le ravin avec passage par la case barbelés rouillés ou clôture électrifiée. Des montées à s'en retourner les poumons et se faire exploser le coeur avec option slide sur bouse un coup de patin sur deux. Que du bonheur quoi.
Enfin au moins, j'ai pas croisé une bagnole, c'est déjà ça. Mais bon. Je pense que c'est pas demain la veille que j'irai de nouveau traîner mes roulettes par là-bas.
Ah tiens, j'allais presque oublier le cadeau bonux.
Ben oui, les affreux clébards, si je les avais croisé à l'aller, pas de raison que je ne les croise pas au retour, hein? Alors bon, on va dire que je les ai bien niqués. Ouais, on va dire ça comme ça. En fait, je suis arrivé lancé pleine balle et j'ai pris le virage où je les avais croisés précédemment à fond la caisse, faisant ainsi jouer l'effet de surprise. Ils m'ont repéré, mais dès ma sortie de la courbe, j'ai pédalé comme un malade pour les mettre total dans le vent, sans leur laisser le temps de réfléchir à la question de savoir s'ils était opportun ou non de me courser.
Haha.
Cons de chiens.
Bon, bien sûr, pour mettre à exécution mon plan machiavélique, il a fallu que je patine sans mollir sur un mélange de bitume, de terre et de caillasse, mettant ainsi ma vie et surtout mes genoux en péril tant il est assez fabuleux que je ne me sois pas croûté comme une merde. Merci les roues de 70 mm et les années de pratique. Et la chance peut-être aussi un peu.
La campagne, ça vous gagne, y'a pas.
En conclusion, je me permettrai donc de vous répéter le postulat de départ: pour le roller, franchement, la Creuse, c'est pas ça.
A part ça, c'est plutôt pas mal pour y passer quelques jours de détente entre amis.
Là-dessus, je vous laisse, il me faut refaire une petite sélection de musicale à en péter les tympans des abrutis du dessus. Je sais, c'est primaire, je devrais favoriser la voie du dialogue, mais au bout d'un moment je me demande si ça ne pourrait pas être psychologiquement bénéfique de me laisser un peu aller à être un connard moi aussi. La connerie doit-elle constamment être à sens unique ou peut-on s'accorder de temps à autre cette petite faiblesse? En v'là d'la question...
Paix et Amour sur vous, les enfants.








Commentaires
Je n'aurai qu'un nom pour tes voisins : Whitehouse. Une horreur, que dis-je, l'incarnation de la torture auditive, des morceaux interminables, un son poussé à saturation enfin bref avec ça tu leur fera avouer tout et même le reste.
Signé : Marie-Shirley, qui tape des deux mains et qui t'embête.
P'tain maintenant à cause de toi j'ai la chanson "Y a pas que les grands qui rêvent" (écrite par Guy Carlier siouplé) dans la tête, j'espère que t'es fier de toi.
En même temps, niveau musique, il faut que ça soit quand même un truc qui me plaise un minimum... Et je sais pas pourquoi, ta description me fait pas super envie. Ou alors seulement si j'arrivais à capturer mes voisins pour leur coller un casque dans les oreilles et...
Ah ouais, nan, pas d'apologie, tout ça.
Y'a pas que les grands qui ont des sentiments...
Rhâ mais t'étais pas obligée d'en faire profiter les autres!!!
N'empêche, je les ai calmés, on entendrait une mouche péter, là...
Ah merde, il est 23h00...
Bon, ben à moi de foutre le dawa!!!
Passe leur My First Sex Teacher en Dobly 18.1.
Ou Cannibal Holocaust.
Et du Muse ! C'est chouper et c'est bien apocalyptique, surtout le dernier album.
Ha, sinon, pour les clbs je connais ça moi aussi, mais en vélo et en Aveyron : pour sortir faire un tour, il faut affronter la meute des voisins, puis, au choix e farcir la descente raide pleine de bouses et de graviers, ou la montée ignobles faite de la même matière, mais avec beaucoup moins de chance d'échapper aux chiens grâce à la vitesse.
Haa, Paris, y'a que ça de vrai !
mince c'est fou dans la Creuse il y a donc des montées qui descendent méchamment? enfin tu me diras dans un sens ou dans l'autre c'est la même chose...
sinon je crois que t'as été grigrité niveau voisin c'est pas possible, même quand ce ne sont pas les tiens directement ce sont des crétins...
moi je dis un soir où tu bosses programme un petit mix avec muse et "ya pas que les grands qui rêvent" en boucle ça devrait leur plaire...
Nan Bliksem, nan ! Au Vénézuela, c'est pas les grigris, c'est les poupées vaudoues. Attention.
il aurait donc été poupéevaudouisé? enfin ça expliquerait bien des choses...
Aldrea> Oublie pas que Pontoise c'est trop la tchuerie aussi, steuplé
Les deux mystiques> Mais nan, ça se peut pas cette histoire de poupée, pour ça il faudrait que quelqu'un me veuille du mal. Je suis beaucoup trop gentil pour que ce cas de figure soit vraisemblable.
L'emmerdant avec cette stratégie (que j'avais moi-même adoptée), c'est que c'est les voisins du dessous qui prennent en priorité, et généralement, les voisins du dessous y z'ont rien fait les pauvres.
La vie est injuste.
Hin hin hin...
J'ai pas de voisins du dessous!
Banzaïïïïïïïïïïïï!!!