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sept..
Tant qu'il restera du pétrole
Par Thomas D. à 22:24 - Lien permanent
Faire des généralités, c'est mal. Je suis le premier à le dire. Je m'abstiendrai donc d'affirmer ici que les conducteurs de Porsche Cayenne sont des cons. Ne serait-ce que parce que l'échantillon statistique à ma disposition est trop restreint pour le considérer comme représentatif. Mon voisinage commerçant étant essentiellement composé de banquiers et d'agents immobiliers, il n'est pas surprenant que parmi eux l'on en trouve un petit nombre, trois pour être précis, qui a choisi pour se déplacer un 4x4 à la fois très moche, très cher, et du coup très tape-à-l'oeil. C'est le but. Ces braves gens ont une propension à garer leurs poubelles de luxe comme des porcs, s'appuyant sans doute sur l'idée, peut-être pas si dépassée que ça dans l'inconscient collectif, qu'un mec qui en a une grosse comme ça, ça se respecte. De là à traiter tous les possesseurs de ce genre de joujou de cons, il n'y a qu'un pas que je ne franchirai pas.
Pareil pour les agents immobiliers. L'image qu'ils ont est déplorable, on les envisage la plupart du temps comme des profiteurs, des parasites, voire même des escrocs. Et l'inflation du prix au mètre carré des ces dernières années n'est sans doute pas pour rien dans la perpétuation des préjugés dont ils sont victimes. Pour ce qui est de cette profession, et dans la mesure où j'habite certainement dans l'une des villes comptant le plus d'agences immobilières par habitant, que c'en est effrayant, t'as qu'à voir rien que dans un périmètre de 30 mètres autour de chez moi y'en a trois, et d'ici une dizaine de jours une quatrième ouvrira ses portes au pied de mon immeuble, je peux sans doute me permettre de l'ouvrir un peu plus. Parce qu'il y a de cela trois ou quatre ans, alors que j'en étais rendu au stade de la relation amoureuse où tu envisages de passer à de la colocation à la copropriété, je me suis fadé la tournée de toutes les agences immobilières de la ville, c'est-à-dire une bonne quinzaine, et encore y'en a que j'ai pas faites. Et là je peux te dire que j'en ai vu de l'agent immobilier. Et ben l'adage se vérifie: y'a des cons partout. Mais pas que. Loin de là. D'où l'on peut déduire cet autre axiome rarement employé: y'a (aussi) des gens bien partout.
Comme vous pouvez le constater, la chasse aux préjugés et la foi en mon prochain sont deux hobbies que je m'enorgueillis de pratiquer, non sans un certain lyrisme quand l'occasion m'en est donnée. Le fait de me poser en exemple édifiant n'est pas pour me déplaire, ça doit être génétique. Je tiens ça de mon père, un modèle d'exemplarité redoutable dont j'ai longtemps dit que mon but dans la vie serait de tout faire pour ne pas lui ressembler. Comme quoi, qu'on le veuille ou non, certaines choses se transmettent et on ne peut rien faire contre...
Bref, si je déploie des efforts considérables pour ne pas être pris en défaut en matière de grands et beaux principes qui doivent gouverner une conduite exemplaire en tous points, je n'en reste pas moins homme. Il m'arrive à moi aussi d'avoir des moments de faiblesse. Et oui. La perfection n'est pas de ce monde. Que celui qui n'a jamais merdé me paye la première bière. Et toute cette sorte de choses. C'est un de ces moments où j'ai vacillé, faisant ainsi la preuve évidente de ma propre humanité, que je m'en vais vous conter, et si vous allez jusqu'au bout, il y a aura peut-être même un morale de l'histoire (mais c'est pas sûr).
Au pied des séculaires murailles du Mont Bélien, sur les bords paisibles de l'Oise, et donc devant chez moi, il est une vérité immuable qui ne connaît de répit que le temps d'un bref mois d'Août par an: c'est trop la misère pour se garer. Les places manquent, et malgré les effort des autorités pour dissuader le pékin moyen de se pointer en ville en bagnole (places de stationnement en zone bleue, et à présent en zone payante), rien n'y fait, le problème persiste. En réalité, il n'y a rien de dramatique, pour peu qu'on se donne le temps de patienter quelques minutes, une place finit toujours pas se libérer. Mais chez la majorité des conducteurs la patience est désactivée dès lors qu'ils sont au volant. C'est ce qui peut les pousser, au mépris de la législation en vigueur et de la préservation de la fluidité du trafic routier, à se garer en double file. Derrière une bagnole, quoi. A la limite, quand c'est juste pour le temps de l'achat d'une baguette chez le boulanger ou de la restitution d'un DVD au vidéo-club, passe encore. Mais dès lors qu'il y en a pour plus longtemps, je ne comprends pas. Si tu te gares en double file, c'est que tu n'as pas de train à prendre, donc c'est que tu n'as pas besoin de te garer comme ça. Vous l'aurez compris, je suis farouchement contre.
En tant que riverain possesseur d'une belle italienne aux reflets d'argents, j'ai plus souvent qu'à mon tour à subir le comportement incivil des sauvageons du stationnement. Notamment parce que je travaille de nuit. De fait, ma voiture est là tous les jours. Ce qui fait que quotidiennement un bon paquet de caisses se retrouvent derrière la mienne pour plus ou moins longtemps. L'immense majorité du temps, je m'en fous. Mais bien entendu, il arrive bien souvent que cela se produise pile au moment où j'ai besoin de quitter ma place pour aller voir ailleurs si j'y suis. Et là, ça me gonfle.
Généralement, il faut bien le dire, l'importun mal garé m'a dans son champ de vision, et après m'avoir vu jouer la pantomime de celui qui cherche du regard avec une gestuelle façon film muet, il se précipite pour remédier à la situation en prenant l'air désolé de circonstance du gamin pris en faute. A ce moment -là, je veux bien prendre mon air le plus patelin et faire grâce d'un merci débonnaire à souhait qui semble dire "Hahaha, et que je ne t'y reprenne plus, sacripant(e)". Au pire, il me faut parfois aller débusquer mon gêneur jusque dans la boulangerie ou le vidéo-club, ce qui est d'une effacité remarquable, la plupart de mes concitoyens n'appréciant pas des masses le fait de se faire afficher, pris en flag' d'incivilité notoire. Reste la situation, heureusement rare, où personne ne se pointe, et où je n'arrive pas à mettre la main sur le coupable. Et là, ça me gonfle.
En cas de non-présentation dans la minute d'un conducteur susceptible de dégager le tas de boue qui me bloque le passage, j'ai trouvé une solution, particulièrement primaire, mais redoutablement efficace: je m'installe confortablement au volant de ma belle italienne au reflets d'argent, j'enfile ma ceinture de sécurité, je lance l'autoradio et enfin j'appuie sur le klaxon. Jusqu'à ce que quelqu'un se pointe. Ca marche du tonnerre. Bien évidemment, un coup de klaxon qui s'éternise plus de 30 secondes et escagasse par là-même l'ensemble des esgourdes situées dans un rayon de cent mètres n'est pas difficile à comprendre et ne veut dire qu'une chose, comprise par l'ensemble de la portion d'Humanité pourvue d'un permis de conduire: "Tu vas la virer ta bagnole, connard?!?!?". Et comme personne n'aime se faire traiter de connard en public, même en langue klaxonne, ça engendre forcément un regain de tension dans l'air. Et donc des bastons de regards particulièrement vigoureuses au moment où le connard croise mon regard à travers le pare-brise en rejoignant sa bagnole. Mais c'est moi qui ai raison. Donc la bagnole dégage vite fait. Et tout le monde sait qui est le connard en tort, y compris lui-même. J'aime les situations claires.
L'autre jour, alors que je devais partir pour un rendez-vous important au point que j'y consacre régulièrement une part de mon budget, et que je n'étais déjà pas en avance, je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer la seule bagnole garée en double file du quartier. Comme de par hasard pile derrière la mienne. C'était un gros Porsche Cayenne noir sa race. J'ai tenté le sketch du type qui veut mimer la tour de contrôle, nada, personne ne s'est radiné. J'ai jeté un oeil chez le boulanger, pas un client dans l'échoppe. Je suis allé faire un tour au vidéo-club, et, après avoir obtenu le consentement du vendeur, ai poussé une gueulante pour savoir si quelqu'un était le propriétaire du char d'assaut à 60 k€ qui me faisait chier, en vain. Comme à mon habitude, estimant qu'il était hors de question que je me tape le tour des agences immobilières et des banques de la rue pour aimablement prier mon fâcheux du jour de bien vouloir avoir la bonté de consentir à me permettre de me déplacer à ma guise, j'ai mis en oeuvre la procédure d'urgence dite de la "sirène à connard". Trente secondes de hurlements de mon klaxon on suffi à faire surgir de l'agence immobilière située deux étage en-dessous de chez moi, donc approximativement à 3 mètres de ma voiture, un cinquantenaire quelconque, le portable à l'oreille et les clés à la main. L'échange de regard règlementaire à travers le pare-brise a bien eu lieu, mais ce piaf-là, toujours le portable à l'oreille, passant à côté de moi, s'est permis de se baisser et à travers la vitre de la portière de me dire un truc du genre "Non mais ça va pas, 'faut se calmer, hein" accompagné d'un geste de la main façon secouement qui dit "T'es complètement malade ou quoi?". C'était pas le jour à me chercher.
En l'espace de 5 secondes j'étais sorti de la bagnole, fermement décidé à établir qui avait raison et qui avait tort. J'vous la fais façon dialogue:
- Moi (à environ 47 de tension, sur un ton à la tu veux t'batt'): Quoi quoi quoi?
- Connard (consentant à se décoller le portable de l'oreille): C'est pas la peine de klaxonner comme un malade, je suis juste là!
- Moi (à bloc): Quoi??? Mais comment est-ce que vous voulez que je sache où vous êtes, moi???
- Connard (Call me Supasta): M'enfin vous savez bien que c'est ma voiture!
- Moi (interloqué mais toujours vénère): Et comment est-ce que je peux savoir que c'est votre voiture?!?!?
- Connard (Mode suffisance +++): Vous savez bien que je travaille là, chuis l'directeur de l'agence, vous savez bien que c'est ma voiture...
- Moi (incrédule et hurlant): Mais vous croyez que je sais à qui appartiennent toutes les bagnoles de la rue? J'en sais rien rien moi que c'est votre bagnole, et de toutes façons qu'est-ce que ça change, elle a rien à foutre là votre caisse!!!
- Connard (Sur un ton à donner des envies de poing dans sa gueule): Pfff mais vous savez bien enfin, et puis de toutes façons elle est tout le temps là votre voiture...
- Moi (A peine reconnaissable tellement je suis jamais comme ça): Mais j'en sais rien, bordel, et d'abord qu'est-ce que j'en ai à foutre, qu'est ce que ça peut foutre que je sois garé là tout le temps, vous n'avez rien à foutre là!
- Connard (d'façons chais mieux qu'toi, ouvrant sa portière): J'la vois tous les jours votre voiture, j'la connais...
- Moi (des images de batte de baseball plein la tête): Mais qu'est-ce que ça peut me foutre!?!?!?!?!?!?!?!
- Connard (entrant dans sa poubelle, parlant à son portable): Nan excuse moi, deux secondes.... (à mon endroit, sur le ton de celui qui sait qu'il a raison et n'entend pas prolonger la conversation au-delà) Ecoutez, de toutes façon, j'y vais, hein, mais bon j'la connais votre voiture...
- Moi (pas du tout décidé à en rester là): MAIS QU'EST-CE QUE J'EN AI A FOUTRE!?!?!?!?!
Là-dessus Connard de la fôret referme sa portière. L'espace d'un instant la pensée m'est venue que je pouvais fort bien le sortir de sa caisse de force, le choper par le colback et lui hurler aussi fort que nécessaire des insanités jusqu'à lui faire admettre que le connard c'était bien lui. Quitte à lui coller un ou deux poing dans sa gueule d'agent immobilier de merde. Et puis me rappelant que j'étais déjà à la bourre pour mon rendez-vous, j'ai finalement regagné ma voiture, non sans le saluer d'un bruyant "Va te faire foutre pauv' type" (manque d'inspiration ou politesse inébranlable?) que j'ai espéré assez sonore pour que son interlocuteur en profite de l'autre côté du portable.
Je vous raconte pas mon état de nerfs en sortant de cet entretien. Je ne supporte pas plein de trucs un par un, mais alors quand j'ai droit à un cumul dans le genre, ça me hérisse comme rarement: ne pas respecter les autres par principe, ne pas reconnaître ses torts, se la péter notable devant moi, me la jouer condescendant voire même carrément méprisant... Tout ça en même temps, je crois qu'on me l'avait encore jamais faite. Je te jure, j'ai vu un mec fait entièrement de défauts, rien pour lui, l'essence absolue du connard. Pas la moindre étincelle de respectabilité qui aurait pu me donner envie de lui trouver une excuse, chose que je suis pourtant capable de faire avec des abrutis de niveau compète. Mais là, non. Une heure après, en revenant de mon rendez-vous, j'en étais encore à me demander jusqu'à quel point je ne serais pas parfaitement dans mon droit en défonçant sa putain de caisse à coups de masse, ou en allant brûler sa putain d'agence immobilière de merde.
C'est la raison pour laquelle je me suis autorisé, une fois n'est pas coutume, à passer chez Jean-Pierre le soir, pour aller prendre un petit apéro, au lieu des cafés dont je me contente habituellement.
A ce moment-là, c'est-à-dire en arrivant au bistrot, je crois que j'y étais. J'avais atteint le stade des généralités. J'avais beau lutter contre, me dire que non, ce n'était pas bien, peine perdue: les conducteurs de Porsche Cayenne étaient probablement des cons. Pareil pour les agents immobiliers. En tout cas, j'étais encore à 30 de tension. Avec un bon gros besoin d'évacuer. Coup d'bol, les camarades de comptoir du moment se sont trouvés être de la famille des gens sympa, prêts à m'écouter dire du mal de mon prochain sans la moindre retenue. Il se trouve que le prochain en question n'avait pas forcément bonne presse dans l'assemblée, mes récriminations étaient donc reçues avec bienveillance. En fait j'avais raison. Le connard était bien un connard... Et rien que ça, ça m'a fait du bien, vous pouvez pas savoir. Enfin peut-être que si.
Le truc c'est que, soit je raconte bien les histoires, soit ça devait vraiment se voir que j'étais crispé, parce que figurez-vous que le Jean-Pierre, et ben il me l'a offert l'apéro. Yeah. Du coup, j'en ai repris un autre. Et là c'est un autre client qui me l'a offert. Re-yeah. Et comme ce client était (un autre) agent immobilier, mais de la race des gentils, simples et honnêtes, j'ai pu foutre à la poubelle toutes mes généralités en à peine le temps d'un apéro bien sympatoche.
La morale de cette histoire me paraît un peu floue. Je reviens à ma position de départ qui consiste de façon ferme à ne pas dire du mal des agents immobiliers dans leur ensemble. Pour ce qui est des conducteurs de Porsche Cayenne, c'est un peu moins tranché. Effectivement je ne les connais sans doute pas encore assez bien pour statuer de façon claire. Toutefois, après discussion avec mes confrères spécialistes ès-psychologie de comptoir (au sens propre du terme cette fois-ci!), je m'accorde le droit de m'interroger sur les motivations profondes des amateurs de grosses caisses qui coûtent cher. Pour ce qui est des agents immobiliers possesseurs de Porsche Cayenne, je n'ai qu'un seul exemple sur lequel m'appuyer, néanmoins, je suis tenté de dire que là, j'voudrais pas dire, mais je suis désolé, quand même, hein, bon.
En tout cas, j'en connais qui désormais feraient bien d'éviter de garer leur grosse teutonne moche derrière mal belle italienne aux reflets d'argent, faute de quoi je ne m'interdis pas de prendre le temps nécessaire d'expliquer ma position avec force moyens coercitifs si la situation l'exigeait.
Là-dessus, je vous laisse, je vais méditer sur le fait que septembre 2007 n'aura été qu'un cuisant échec. En matière de grille-pain.
Sinon ça allait.

Commentaires
Mets pas trop de pression sur octobre tout de même.
Et y me laisse raconter ma vie de superstar sur MSN sans me dire qu'il a besoin de parler, cette andouille. J'te jure...
mais tout à fait, il ne faut pas généraliser, le m'sieur de chez gestil il était trop sympa...
sinon c'est quoi ce dialogue de sourds? on t'a jamais dit qu'il ne servait à rien de tenter de parler avec les cons?
Je te dissuade tout simplement les moyens coercitifs, les gentils messieurs en bleu aiment pas trop, et ce serait dommage que ce soit toi qu'ils viennent voir. En revanche, rien ne t'interdit, un jour où tu n'as pas de rdv mais que ta belle italienne est bloquée par un 4x4 cayenne, de passer un petit coup de fil à la fourrière. ils se feront une joie de venir la chercher. Evidemment, ça fera mal au fondement d'un certain patron d'agence immobilière, mais...c'est la règle du jeu !
Ah, et tu as oublié de dire que c'est polluant. Et que ça prenait deux places au lieu d'une. Ah, et aussi qu'en ville (en France en tout cas), on a objectivement pas besoin d'un 4x4.
K
moi par la suite j'emprunterais la porsche et je foncerais à 200 km/h dans la vitrine de l'agence en m'assurant que le connard est bien dedans - avec un peu d'élan ça doit pouvoir se faire - juste avant l'impact tu déclenches ta ceinture explosive de 5 kilos de plastique, résultat assuré, bon, avec quelques dommages et victimes collatéraux mais on a rien sans rien, bordel!