Ce soir je devais bosser pour la dernière fois du mois avant de prendre des vacances amplement méritées. Cependant, alors que je m'apprêtais à prendre mon service, il s'est avéré qu'à la faveur d'une amusante erreur de planning nous étions trop nombreux à être venus bosser. Toujours prompt à faire la preuve de ma légendaire abnégation dans ce genre de circonstances, j'ai pris sur moi de me porter volontaire pour rentrer à la maison et sacrifier ainsi une nuit de ce travail que j'aime tant. Physiquement et mentalement préparé à me taper une nuit quasi-blanche, me voilà donc seul chez moi à minuit du soir, sans rien d'autre à faire que zapper nonchalamment devant la téloche. Ou bien... Ou bien ça. Rattraper un peu de retard. Me dérouiller les doigts et le cerveau en tapant quelques lignes pour le plaisir des petits et grands.

Le fait est que je n'ai pas l'habitude de me lancer comme ça all'improvviso, sans la moindre idée de ce qui sera dit dans la phrase qui suit. Mais bon. On va le prendre comme un exercice intéressant. Un genre de freestyle littéraire. Ce n'est pas comme si je manquais de choses à raconter, que diantre. Quoique. Tout n'est pas bon à raconter. Dans ma vie. Oh, rien n'est inavouable. Dans ma vie. Mais tout n'est pas forcément digne d'intérêt. Dans ma vie. Hum. Que voilà un départ fulgurant. On est bien barré, là. A n'en pas douter, c'est de la notasse qui va déchaîner les passions, c'est certain. "Madame, Monsieur, j'ai l'honneur de vous faire savoir par la présente que mon quotidien récent est à ce point inintéressant que je préfère le passer sous silence plutôt que de vous en faire subir l'assommant récit". C'est bon, ça, coco.

Attention, je ne dis pas qu'il ne se passe rien. Mais que voulez-vous, mes problèmes de voisinage, mes soucis au boulot, mes histoires de famille, au bout d'un moment, j'ai plus envie d'en sortir que d'autre chose. Mais comment faire quand le cerveau n'est pas capable de sortir de ces thématiques dès lors qu'on lui laisse un peu de liberté de penser. Alors je préfère m'abrutir à coups de sport, de visionnage de films, de bouquinage, de Guitar Hero. C'est toujours mieux que de boire pour oublier. Mais la logique est la même. Et ça me dérange. De n'être pas capable de m'en dégager autrement qu'à travers ces formes de fuite. L'écriture n'est pas propice à la fuite. Ou à l'évasion, si on veut parler positif. Elle est le reflet de ce qu'on est, et en particulier des libertés qu'on arrive à s'accorder.

Je regrette de ne pas savoir tout envoyer péter. De ne pas savoir n'en avoir rien à foutre. Savoir dire merde au monde entier, sans se préoccuper des conséquences. J'imagine que j'ai été élevé à coups de concepts aux antipodes de ça. Je n'ai pourtant pas eu à subir le moindre soupçon d'éducation religieuse venant de mes parents, mais je me suis toujours comporté comme si je ne voulais pas faire de peine au petit Jésus. Il faut être gentil et poli, veiller à ne pas heurter son prochain, se mettre à la place de l'autre et essayer de le comprendre, avoir du respect pour chacun et pour chaque chose, avoir la foi en l'Homme, se garder des à-priori... Et à force de tendre la joue, tout ce que tu finis par ramasser, ce sont des baffes dans la gueule. Alors à quoi bon?

Le gentillesse est un piège. Et je suis pris dedans. Parce que je ne sais plus faire autrement. Et parce qu'il est trop tard pour devenir méchant. Méchant pour de vrai. Même rien qu'un peu. Juste savoir être un connard de temps en temps. Le temps de te dire que ta vie je m'en cogne. Mais ça je ne peux pas. J'ai beaucoup trop peur que tu te cognes de la mienne. Alors je suis gentil avec toi. Pour que tu sois gentil avec moi. Le problème c'est que ça ne marche pas à tous les coups. Il ne suffit pas d'être gentil pour être aimé. J'ai même parfois le sentiment qu'être méchant revient au même. A croire qu'il se trouve des gens qui aiment ça. C'est une théorie. Les gentils aiment les méchants. Et les méchants aiment les gentils. Question d'équilibre. De complémentarité. Heureusement, la vie est plus compliquée que ça, autrement elle serait bien monotone...

Je suis gentil. Je n'aime pas les méchants. Et encore moins les méchantes. Sans doute parce que celles que je préfère ce sont les gentilles. J'ai déjà eu à faire à de fausses gentilles qui finalement se sont révélées être des méchantes. J'ai aussi croisé des gentilles qui en fin de compte cherchaient plutôt un méchant. Mais, à mon grand dam, je n'ai pas croisé de vraie gentille qui cherche vraiment un gentil. C'est dommage, j'ai le profil idéal. Comme il est bon de schématiser. Surtout quand on est soi-même schématique. Nuances, nuances, nuances, que ne vous êtes-vous attardées sur ma petite personne? Juste une pincée, comme un sel de la vie. Globalement gentil, oui, mais pas soucieux d'infaillibilité, ça, ça m'aurait plu, bordel. Mais il est tard. Alors on fait c'qu'on peut avec c'qu'on a.

Là-dessus, je vous laisse, je dois aller pleurer sur le fait que les vacances sont enfin là, mais que cette année, pour la première fois depuis bien longtemps, il me faudra passer des vacances d'hiver sans ski (et même sans rien du tout faute de caillasse, en fait). Si t'as un chalet à la montagne et que tu sais pas quoi en faire pendant les trois prochaines semaines, fais-moi un signe.
Vas-y, fais pas ta pute.