Into the mild #1
Par Thomas D. le mardi 5 août 2008, 16:20 - Lien permanent
Day Zero - The day before tomorrow
Partir.
Ouais.
Ouais, ouais, ouais...
On est le quatorze juillet. Quoique non, quinze depuis quelques minutes, en fait. Demain matin le réveil sonne à 6h00. Mon sac n'est pas encore fini, mais en commençant à le remplir je commence à mesurer le défi que va représenter le fait de voyager avec un sac de 20 litres pour tout bagage. Tenir quinze jours avec les quatre pauvres trucs qui tiennent là-dedans. Challenge, baby, challenge... En même temps, après les chaussures équitables, la bouffe bio et les noix de lavage c'était la suite logique: les vacances sans bagnole!
Demain matin, je finis mon sac, je ferme la porte de chez moi, et je saute dans le RER. A priori, pour la Dordogne, c'est Austerlitz le moins galère, mais y'a pas des masses de trains. Si c'est Aveyron ou Tarn, il faut que je chope un TGV pour Montpellier à la Gare de Lyon, et ensuite un autocar pour Millau. Pour l'Ardèche aussi c'est gare de Lyon, mais je descends à Valence. Ou alors je descends petit à petit, genre d'abord un billet pour Tours, ensuite pour, hum disons un peu plus bas, etc. etc.. Sauf que bon, filer un peu plus vite vers le Sud, ça paraît quand même plus cool.
Purée, demain je me barre pour deux semaines, mais je ne sais même pas vers où... Pas la peine de désespérer sur mon incapacité à prévoir les choses, même à très court terme, ça ne changerait rien. Disons plutôt que youpi, ça va être fun.
Fun, baby, fun.
Day One - On the way
Pique-nique douille, c'est toi l'andouille.
A peu de choses près.
Enfin non, pas tout à fait quand même. Si j'ai filé d'abord sur Austerlitz, ce n'est sûrement pas un hasard. Envie de Dordogne avant d'avoir envie du reste, c'est tout. Pas des kilos de trains, ça s'est confirmé. Coup de bol (ou pas, l'avenir me le dira), le train dans lequel je me trouve décollait quarante minutes après mon arrivée dans la gare. Le suivant était genre quatre heures plus tard. Et depuis Austerlitz c'est trop la zèremi pour aller sur Gare de Lyon ou Montparnasse en métro. Qui sait, si ça se trouve je serais rentré chez moi si je n'avais pas pu avoir une place dans celui-là... Bref, on s'en fout, maintenant je suis dedans, et j'arrive à destination dans quatre heures.
Souillac, baby, Souillac.
Evidemment, ce qui est ennuyeux avec Souillac, c'est que ce n'est pas en Dordogne, mais dans le Lot. A cinq bornes près, mais quand même. De toutes façons, c'était l'option la plus rapide pour aller dans le Périgord Noir (ouais, c'est là que je veux aller en fait, au moins au début), je ferai avec. Une fois arrivé, je ne sais pas encore comment je m'organiserai. Soit je passe ma première nuit dans les sinistres terres lotiennes, soit j'attaque direct par une petite marche pour rallier les riantes contrées dordognaises. Y'a un bled qui s'appelle Saint-Julien-de-Lampon qui a l'air d'être à 7 ou 8 bornes de Souillac à vue de pif, ça devrait pouvoir le faire. L'arrivée du train est prévue pour 14h34 précises, oui madame, pas plus, pas moins, si je rajoute 2-3 heures de marche par là-dessus, je peux arriver pas trop tard en Dordogne, la seule, l'unique, la vraie.
En attendant, j'ai quatre heures à tuer. Le mieux c'est que j'essaie de dormir, vu la brièveté de la nuit passée (j'ai arrêté de regarder l'heure après deux heures du matin, et je me suis levé à six), ça me fera du bien. A mon grand dam, la première classe était complète, je me suis donc vu contraint à acheter une place chez les prolos en seconde. Ouais, c'est raide, mais bon, trop de besoin de partir, t'vois. Blague à part, pendant un moment, je me suis dit que quelques euros de plus pour une place en première pourraient valoir le coup, parce que le train pour Souillac, et ben c'est pas un TGV, non, c'est un Corail. Le truc qu'on suppose bien vieux et bien pourri, quoi. Et ben en fait, ça a drôlement changé, dis donc. Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est hyper-confort, 'faut pas exagérer, mais bon, comparé aux vieux sièges en skaï couleur caramel des trains de colo de mon enfance, le Corail version 2008, c'est carrément autre chose. Ca devrait le faire pour tenter une petite sieste, d'autant que, malgré le fait que le wagon soit plein comme un oeuf, j'échappe au traditionnel bébé hurleur qui trop souvent pimente les longs voyage en train. A moins qu'il ne nous rejoigne à l'un des prochains arrêts...
La suite en Dordogne...
Day One - Into the mild
C'est pas moi, c'est la faute à la SNCF.
Après une bonne sieste intermittente dans mon Corail new style, j'étais chaud comme la braise, moi, décidé à arpenter le bitume et/ou les chemins, prêt à envoyer de la foulée cadencée, motivé pour avaler du kilomètre jusqu'à plus soif... Sauf que le train a pris du retard, genre une heure. Et puis en plus, les panneaux, à Souillac, ils sont trop mal agencés, du coup, tu te retrouves à te balader sur trois kilomètres depuis la gare pour atteindre le centre-ville, alors qu'en vrai y'a moyen de rallier les deux en même pas cinq cent mètres. Trop n'importe quoi. Ou alors c'est un habile complot visant à retenir dans le Lot les touristes dans mon genre qui avaient décidé de filer tout droit vers la Dordogne... Du coup, je reste à Souillac. Ouais. Parce qu'avec tout ça, le temps de finir par arriver et d'atteindre l'office du tourisme qui a eu la bonne idée de déménager en pleine saison, ça m'a amené à un petit cinq heures de l'après-midi. Heure à laquelle j'estime qu'il est beaucoup trop tard pour se lancer dans une randonnée, n'est-ce pas.
Et alors donc, je suis allé à l'office du tourisme intercommunal pour y quémander quelque aide afin de ne pas dormir dehors cette nuit. Trop la marrade. Je suis tombé sur la petite nouvelle, toute perdue au milieu des monceaux de documentation l'entourant, et en plus je ne suis même pas sûr qu'elle était du coin, vu le mal qu'elle avait à savoir si telle ou telle chambre d'hôtes était effectivement dans le coin ou non... C'est-à-dire qu'en plus je suis arrivé avec un bon gros défi des familles. A base de "Bonjour, je voudrais savoir où dormir ce soir, je suis à pied donc il faudrait que ce soit tout près, et qu'en plus ça soit sur la bonne route pour descendre le long de la Dordogne en direction de Saint-Julien-de-Lampon, Domme, la Rocque-Gajeac, tout ça, tout ça... Ah et puis pas plus de 50 euros, vous serez bien gentille". L'espace d'un millième de seconde, toute la détresse du monde s'est concentrée dans son regard.
En fin de compte, au grand bonheur de mon interlocutrice, je n'ai pas fait le difficile et ai fait au plus simple: je me suis logé dans l'hôtel le plus proche de l'office de tourisme. Au moins, c'est central, et de là, j'ai pu me faire expliquer comment faire pour longer la Dordogne dans des conditions un minimum sympatoches. En gros, demain matin je marcherai deux-trois kilomètres le long d'une départementale un peu passante, et ensuite je longerai la Dordogne sur une voie verte. C'est une voie de chemin de fer désaffectée transformée en piste cyclable. A priori ça devrait être plutôt joli, donc. Enfin bon, demain matin debout sept heures, une douche, un faisage de sac, un petit-déjeuner, et sur la route à huit heures. Ca fait tôt, mais tant qu'à faire je préfère marcher de bon matin plutôt que de subir le cagnard de l'après-midi, n'est-ce pas. Un vrai pro t'as vu.
Sinon, mon hôtel. Déjà, il s'appelle Le Grand Hôtel. Hahaha. Eeeeeeeeeeeet ouais, c'est clair, l'aventure, à pied, avec un sac à dos rikiki, c'est bien, mais bon, je ne vais pas non plus faire du bivouac dans les fourrés emmitouflé dans ma couverture de survie. T'es fou. Le Grand Hôtel, donc. Et puis jusqu'au bout, genre tout à l'heure, quand le B-Boy m'a appelé, je lui ai expliqué que j'étais en train de dîner sur la terrasse du Grand Hôtel de Souillac, excuse t'as vu, quoi. Hahaha. C'était vachement bon, d'ailleurs. A la base, je m'étais dit qu'être dans le Sud-Ouest n'impliquait pas forcément de se taper du canard à tous les repas, et que donc, au moins pour les repas du soir, ce serait bien d'essayer de faire un peu léger. Quand la réceptionniste de l'hôtel m'a demandé si je dînais là ce soir, je lui ai demandé s'ils faisaient des "petites salades" (ouais, exactement ces mots-là). Elle m'a répondu que oui.
Alors ce qu'il faut savoir, c'est que dans le coin, une salade sans canard tout gras et tout confit, ou sans 8 cabécous et 40 noix décortiquées en déco, ça n'existe pas. Ici, de peur que les gens meurent de faim, on préfère les gaver. Que pouvais-je faire? Me révolter et refuser de me plier aux coutumes ancestrales locales au risque de froisser quelque indigène peut-être nerveux et/ou susceptible? Exiger de me faire servir une salade uniquement constituée de matière végétale et dépourvue du moindre morceau de palmipède sursaturé en graisse et risquer par la même de déstabiliser tout un pan de l'économie périgourdine? Non, ne serait-ce que parce que je suis un garçon poli, cela ne se pouvait décemment pas. Du coup j'ai pris une salade "L'Imprévu" (du nom du restau du Grand Hôtel). Oh, une petite recette très simple, à base de feuille de chêne verte. Avec des magrets (y'a bon), des gésiers (miam), une petite terrine d'oie avec de vrais morceaux de foie gras dedans (slurp), et des gousses d'ail confites (rhâââ lovely). Très simple, quoi. Et juste monstre bon.
Avant ça, j'ai fait un petit tour dans Souillac et sur les bords de la Dordogne. C'est tout petit Souillac, en vrai. C'est-à-dire, plus petit que Pontoise, en fait. Et pourtant, d'après la belle carte que je me suis acheté, ça a l'air d'être une mégalopole comparé aux bleds dans lesquels j'envisage de passer. C'est pas plus mal, dans l'ensemble je ne suis pas venu là pour passer des vacances de jet-setteur féru de hype et de de branchitude.
Ce soir, j'ai même la télé dans ma chambre. Grand luxe. Grand Hôtel touch, en somme. Bon, allez, en vrai, le Grand Hôtel, c'est bien, certes, mais bon, c'est quand même pas le Ritz, hein. Ne serait-ce qu'au niveau du prix. C'est plus cher qu'un Formule 1, d'accord, m'enfin ça va, c'est pas la mort. Et puis flûte, hein, après tout, c'est ma première nuit loin de chez moi, de ma ville, de mes amis, et je la passe tout seul, alors merde, voilà. Du coup, c'est dommage qu'il n'y ait rien à la télé ce soir. Les Sous-Doués, je crois que la seule et unique fois où je l'ai vu, genre en 1985, j'avais déjà trouvé ça un peu bidon, il me semble. Je n'ai pas changé d'avis. Comme quoi il est des traits de la personnalité qui ne changent pas avec le temps. Ou alors c'est juste qu'un film pas drôle dès le départ ne se bonifie pas avec le temps. Ouais. C'est hyper-intéressant, voyons-y le signe incontestable que c'est l'heure d'aller au lit, histoire d'être en pleine forme demain pour traverser la frontière.
Dordogne, baby, Dordogne!
Day Two - Make it fifteen
Souillac/Saint-Julien-de-Lampon.
Sept ou huit bornes.
Hahaha.
Le con.
Day Two - These boots aren't made for walking
Par bien des aspects, cette petite virée dans le Sud-Ouest me rappelle mon expédition néo-zélandaise d'il y a sept ans. Bien sûr la Dordogne est un peu plus proche (tu peux toujours essayer d'aller à Auckland en Corail depuis Austerlitz!), mais quand même: partir tout seul, le sac au dos, sans bagnole, sans itinéraire bien défini, c'était ça aussi l'idée... Mine de rien, je n'avais jamais rententé l'expérience. A J+1 de mon départ il est sans doute un peu tôt pour faire un bilan des similitudes, mais déjà, ça commence...
Au pays des kiwis, je n'avais pas emmené de chaussures de rando, vu que je n'en possédais de toutes façons pas. Je comptais faire les grands déplacements en autocar ou en train, et n'envisageais pas de me lancer dans de la vraie rando. Sauf qu'une fois là-bas, je me suis aperçu que bordel de merde, ne pas marcher dans des paysages pareils, c'eût été limite criminel. A Te Anau, aux portes du Fiordland, j'ai donc investi dans une belle paire de godasses de marches Salomon, ceci pour pouvoir me lancer dans une petite rando de quatre jours. Chaussures achetées à dix-huit heures, départ de la rando le lendemain matin sept heures. Normal.
Après six heures de marche et quinze kilomètres essentiellement constitués d'une montée interminable, j'ai enfin pu ôter mes pompes toutes neuves, et goûter le magnifique spectacle d'une ampoule géante commençant à la droite du talon et finissant à la gauche de ce même talon. Tout en passant par les orteils. Et ça, à chaque pied. Oui, vraiment une brillante idée que ces chaussures achetées en dernière minute. Si l'on ajoute à cela le fait que j'étais complètement sous-équipé pour une rando en montagne de plusieurs jours (duvet pas assez chaud, fringues en coton inséchables et donc froides, bouffe inadaptée, etc.), cela explique que le lendemain d'une nuit au refuge particulièrement éprouvante j'aie préféré rebrousser chemin. Avec les mêmes quinze kilomètres à se taper en descente, dans des conditions de souffrance sa race j'en ai mal rien que d'y repenser. Du coup, pour le reste de mon séjour, je n'ai plus porté que des sandales et des kilomètres de pansements "spécial ampoules".
De cette anecdote un brin douloureuse sur le moment, j'ai tiré une morale universelle: tes chaussures neuves tu feras avant de te lancer dans une longue marche avec elles. Et je m'y suis toujours tenu. Déjà parce que finalement, ces chaussures du bout du monde se sont révélées très confortables et parfaitement adaptées à la marche une fois "rôdées". Ensuite, même pour mes chaussures du quotidien je m'astreins à les porter petit à petit avant de les mettre en permanence. Et puis là, je ne sais pas, sans doute un peu perturbé par les conditions dans lesquelles j'ai décidé d'organiser mes vacances, j'ai dérapé.
Je suis parti avec une seule paire de chaussures: des Converse All Star. Confortables dans la vie de tous les jours, mais pour marcher des kilomètres avec, pas sûr que ce soit l'idéal. J'avais d'abord pensé emmener mes grosses sandales de compète, genre parfaitement adaptées à la marche, et puis je ne sais pas, une forme de coquetterie mal placée m'a fait changer d'avis. Dans l'ensemble, il faut bien le reconnaître, je ne pue pas tellement des pieds. Je ne peux pas dire que je ne pue "jamais" des pieds, parce qu'il peut arriver de temps en temps que je tombe sur une paire récalcitrante. Curieusement, mes sandales sont comme ça. Pas banal pour des chaussures "ouvertes". Enfin bon, va savoir pourquoi, avant-hier soir, au moment de faire mon sac, l'idée de partir avec des pompes qui me font puer des pieds m'a paru tout à fait intolérable. Je les ai donc laissées à la maison, en partant du principe que je pourrais toujours en acheter une fois arrivé si besoin...
Et puis en arrivant à Souillac, je me suis souvenu que ce n'était pas une légende: au Sud, il fait plus chaud, c'est net. Besoin, donc. Ni une ni deux, une fois mes affaires posées dans ma suite du Grand Hôtel (hahaha), je me suis immédiatement précipité chez l'unique chausseur du bourg (d'ailleurs il ne faut pas s'y tromper, il y a un piège: il y a deux magasins, mais en fait c'est la même maison) pour y quérir des nus-pieds plus adaptés au climat que mes belles mais néanmoins vintage américaines. Je n'ai pas vraiment pu trouver ce que je voulais (solide, confort et classieux), mais bon, en ressortant du magasin avec les doigts de pieds à l'air, je me suis dit que j'avais bien fait. Ce qui ne m'a pas empêché de faire un petit tour à la pharmacie avant de rentrer à l'hôtel, pour y acheter une boîte de pansements pour les ampoules. Juste au cas où.
Ca n'a pas loupé. Un peu plus de quinze bornes, presque uniquement sur du plat certes, mais bon... T'as qu'à voir:
Et encore, à Saint-Julien il y a une pharmacie, pas sûr que j'en recroise de sitôt, je vais peut-être aller en reprendre vu que j'ai tout niqué ma boîte de Urgo Seconde Peau. Trois pansements à chaque pied. Mais pas aux même endroits, c'est pas symétrique. Si ça se trouve j'ai une démarche trop chelou en fait... En tout cas, la preuve en est faite une nouvelle fois: on n'apprend pas des erreurs du passé. On croit que si, mais en fin de compte non, au moment crucial la sagesse se dérobe toujours et nous fait nous comporter comme les chiens fous que nous ne cessons jamais d'être, en vérité. En tout cas, y'a intérêt que ça marche, parce que vu le prix au kilo de ces pansements, genre probablement plus que celui du caviar, j'ai bien l'intention de remettre mes sandales demain matin. Ou alors y'a tromperie sur la marchandise.
Allez, c'est pas le tout, à table.
Day Two - Sad wine and sugar in my coffee
C'est marrant, je ne le voyais pas arriver aussi tôt. Je l'attendais plutôt pour demain. En tout cas, je me doutais qu'il viendrait. Le blues du voyageur solitaire.
En fait, tout se passait plutôt bien. Faute d'avoir trouvé un kébab ou un MacDo dans le bourg de Saint-Julien, je m'étais résolu, la mort dans l'âme bien entendu, à dîner à la table d'hôtes de mon logeur, sur la terrasse encore éclairée par les derniers rayons du jour avec vue sur la campagne périgourdine. Histoire d'essayer d'oublier mes envies de salade-tomate-oignon-ketchup-mayo, je me suis pris un petit menu des familles, à base de salade de gésiers en entrée (faire léger, on a dit) et porc gingembre/citronelle en plat de résistance. Comme ils n'avaient pas de yaourts à zéro pourcent dans la carte des desserts, j'ai pris des fruits. Des fraises. Enfin un fraisier. C'est pareil.
Comme il n'y avait personne quand je me suis installé, et que pour tout dire l'endroit peut aisément être qualifié de "carrément paumé", j'ai supposé qu'il n'y aurait pas grand monde d'autre que moi à dîner ce soir. Et ben en fait si. Au bout d'un moment il devait bien y avoir une vingtaine de personnes sur la terrasse. Des familles, des amis, des couples... Et un connard tout seul à sa table: moi. Autant hier soir à Souillac ça ne m'avait pas du tout dérangé, autant là, ça m'a saoûlé. Ca et le vin peut-être. Je ne sais pas, je crois qu'hier soir, je voulais juste manger, parce que voilà, il faut manger, et c'est tout, c'est comme ça, on en a besoin. C'était dehors, c'était super bon, c'était bien, mais c'était pas le but principal. Ce soir je voulais vraiment me faire plaisir, profiter. D'où le menu copieux. D'où le pinard pour aller avec. Mais tout seul, c'était nul.
Effectivement, voyager tout seul, ça peut être chouette, et il y a même des trucs qu'on apprécie encore plus dans ces conditions-là. Mais il y a aussi des choses qu'on ne savoure que quand on peut les partager.
Sandwich pour tout le monde demain soir.
S'il était besoin de le prouver, c'est fait: les Converse All Star ne sont pas franchement les chaussures idéales pour la marche à pied. Nénamoins, je pense qu'il valait mieux ça plutôt que de remettre les instruments de torture que sont mes horribles sandales toutes neuves.
Day Three - Battery needs charging
A la base, je m'étais dit que je marcherais jusqu'à Carsac. Et puis bon, me voilà à Vitrac. Vingt bornes plutôt que quinze. Pas fier, mais content, ouais. Surtout qu'à partir de demain, les étapes devraient être un peu plus courtes. Je suis pour ainsi dire rendu à destination.
On rentre dans le vif du sujet. Falaises de ouf, chateaux perchés sur des caillasses invraisemblables, toits en lauzes, tout ça, tout ça.
Dordogne, baby, Dordogne.
Ce soir restau. Encore tout seul. Mais j'étais prêt. C'était bon. Pas de vin, merci.
Demain Domme. Sauf si je décide que je suis trop crevé pour marcher sept ou huit bornes.
Day four - Way up high
C'était court, mais intense.
C'est-à-dire que ça a commencé par quelques kilomètres de plat tranquillou, et d'un coup, ça s'est mis à monter, de plus en plus raide, jusqu'à l'arrivée à Domme. Comme en plus j'ai un peu traîné au lit, j'ai fini ma montée alors que le soleil commençait à être bien haut dans le ciel. Trempé, le mec. Et dire que ce matin je m'étais dit que vu la courte distance à parcourir, je pourrais peut-être faire l'impasse sur la lessive du soir...
Ah, la petite lessive du soir...
Partir léger, c'est bien, mais il ne faut pas que cela empêche de conserver les dehors de la civilité, notamment en matière d'hygiène vestimentaire. C'est la raison pour laquelle, depuis le début de ce périple, tous les soirs, invariablement, je sors mon savon de Marseille et lave consciencieusement la chemise et le sous-vêtement du jour. Sachant que depuis le début du séjour, c'est la même chemise et les deux mêmes slips, oui madame. Et non, ce n'est pas dégueulasse, puisque comme je viens de l'expliquer, je fais le nécessaire pour ça ne le soit pas. Jusqu'ici, ça marche plutôt bien comme système, j'en suis à me dire que je vais tenter de finir le séjour sur ces seules sapes-là. Ca me permettra de voir à quel point on peut voyager léger.
Parce que je crois que je kiffe, en vrai. Je suis monté dans ce train à Austerlitz en me demandant si je n'étais pas en train de faire n'importe quoi, et plus les jours passent, plus je me dis qu'en fait j'ai eu bien raison. Je ne sais pas si c'est le fait d'être tout seul, d'être dépendant uniquement de mes choix, de mes envies, mais je ressens une sensation de liberté complètement inattendue. Je voulais juste voir autre chose, voilà que je m'évade... Non, c'est sûr, je kiffe...









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