08
déc..
Yes we're going to a party party
Par Thomas D. à 16:02 - Lien permanent
Depuis quelques années, c'était devenu une sorte de tradition: les semaines précédant la date fatidique me voyaient sombrer dans une profonde mélancolie. Un ardent désir de me cacher dans une grotte pour n'en ressortir qu'au printemps revenu naissait en moi. Pas marre des gens, pas marre de la vie, juste l'envie de faire une pause et d'y revenir après avoir laissé passer un peu de temps... Avec les années, ayant trouvé une foule d'explications valables à ce phénomène, j'avais fini par l'accepter comme relevant de l'inévitable. Au point d'en avertir les gens, de leur dire de ne pas s'inquiéter, que c'était normal si j'étais moins normal...
Et puis cette année, rien.
Ou si peu.
A peine un frémissement début novembre, et encore rien ne dit qu'il n'était pas dû à une cause autre que celle habituelle. Honnêtement, je ne peux pas dire que ça m'ait manqué, au contraire, je me suis plutôt réjoui de ce moral étonnamment stable. Enfin aussi stable que peuvent l'être les fluctuations incessantes et imprévisibles de ce yo-yo lunatique que j'appelle mon humeur. En tout cas, j'en étais déjà à me dire que j'avais considérablement avancé cette année, que peut-être enfin j'arrivais à accepter certaines des imperfections de la vie, celles dont la flagrance me paraissait plus évidente à cette période de l'année. Au bord de la satisfaction, quoi.
Et puis ce matin, au réveil, va savoir pourquoi, c'est un moral en plomb qui me garnissait les chaussettes. Un peu comme si toute la morosité que je prenais soin de distiller patiemment les années précédentes et que je m'étais épargné cette année avait déferlé dans mon crâne en l'espace d'une nuit. Toujours la même vie. Toujours les mêmes problèmes. Toujours la même merde. A me demander si dans le fond il était bien nécessaire de me lever aujourd'hui. Après tout, la célébration avec les amis n'aurait lieu que demain soir... Globalement, je me fous des réveils du lundi matin. Mais quand ça tombe le jour de mon anniversaire, c'est clair que c'est le pire jour de la semaine.
Non, mais lundi, quelle idée! Si j'avais eu un emploi du temps de salarié conventionnel, je ne dis pas, mais quand on bosse nuitamment et anarchiquement, c'est franchement le blues. Ben oui, quoi, si la mélopée harmonieuse de France-Info m'avait tiré du sommeil ce matin, si j'avais pris une douche, passé mon visage sous la lame du rasoir, enfilé mon costume de cadre moyen moyen, noué ma cravate, pris place dans le RER qui m'amènerait à La Défense, traversé l'esplanade pour rejoindre ma tour à moi, pointé à la badgeuse, dit bonjour au vigile, fait un stop à la machine et café et finalement croisé mes collègues, nul doute que tous auraient pris la peine de me souhaiter un bon anniversaire.
Mon collègue Jean-Pierre aurait plaisanté en me disant "Alors ça te fait combien, 24, c'est ça? Hohoho"', notre chef d'équipe d'ordinaire si glaciale aurait peut-être exceptionnellement claqué une paire de bises sur mes joues, Nathalie la petite secrétaire m'aurait remis un cadeau au nom de toute l'équipe (le DVD de Hancock avec Will Smith) et se serait un peu empourprée quand Jean-Pierre aurait précisé, la voix pleine de sous-entendus, que c'était son idée à elle. La pensée fugace de l'inviter un jour à prendre un café avec moi n'aurait pas eu le temps d'aller plus loin, parce que le patron serait arrivé à ce moment-là pour me dire que ce midi je déjeunerais à sa table au R.I.E., et qu'il offrirait le vin, bien entendu... La pure bonne journée, quoi.
Oui, non, en fait la liberté de pouvoir rester couché chez soi le lundi, ce n'est pas si mal. Bon, d'accord, aujourd'hui, ça fait un peu chier d'être le seul glandu à n'avoir rien à faire de sa journée à part broyer du noir, mais bon, ça pourrait être pire. C'est vrai, vieillir, c'est nul, surtout tout seul, surtout quand on a l'impression que d'une année sur l'autre rien n'a bougé, mais bon... Comme me le disait un pote hier, "Bon, moi, ça va, pour cette année, j'ai eu un môme, mais bon, si on va par là, c'est pas tous les ans qu'il se passe quelque chose d'aussi balèze dans une vie... Et puis en un an, c'est impossible de dire qu'il ne se passe rien.". Grumbulmum. Ca m'énerve de ne pas l'avoir énoncé moi-même, mais il a raison... Alors ça y est, sous prétexte qu'il est papa, toute la sagesse du monde lui a déboulé entre les oreilles. Nan, mais n'importe quoi, quoi...
Bon, enfin, tout ça pour dire qu'en fait ça va. Je veux dire, mieux qu'au réveil. Donc, en fin de compte, c'est vrai que cette année est peut-être un peu différente des précédentes. Après tout, c'est quand on est gamin qu'on se réveille surexcité le jour de son anniversaire, parce que ça veut dire la fête, le gâteau, les cadeaux... Passé un certain stade on envisage probablement les choses de façon un peu moins basique, ou naïve, c'est tout. Et c'est ce qui explique le coup de blues normal au matin de l'anniversaire. Enfin je suppose. Et je m'en contenterai.
Là-dessus je vous laisse, j'ai une journée de totale glandouille à boucler avant d'entamer une soirée sur la même thématique.
Et n'oubliez pas de souhaiter un joyeux anniversaire à David Carradine, Gérard Holtz, Kim Basinger, Teri Hatcher, Sinead O'Connor, Philippe Katerine, Dominic Monaghan, Sébastien Chabal et la Nintendo Wii.

Commentaires
Allez, balance la bouffe !
Ouais, ben bon anniversaire quand même, mais flippe pas, on est encore jeune.
Et par contre, te fais pas d'idées, dans une boîte privée, sauf dans les petites équipes très soudées, le film que tu te fais, ça reste un rêve.
Alors, pas de bile, déjà, si ta famille et des amis y pensent, c'est déjà ça de pris, de toute façon, ça n'est pas grand chose, tu n'as pas pris un an d'un coup, tu as vieillis d'un jour chaque matin.
k
(ouais, moi aussi si je veux, je fais dans la sagesse parentale !)
hey bon anniversaire! (en retard et du fond de l'eau - d'ailleurs bob se joint à moi)
Marie-Shirley> Raclette pour 12 ce soir, même pas peur!
k> Merci!
Et rassure-toi, cette petite scène ne me fait pas rêver du tout, au contraire... Et effectivement il en est d'autres pour y penser!
(Fais gaffe, tu commences à parler façon proverbe chinois...)
variations> Hey, merci!
(par contre pas de nouvelles de Patrick...)