Foncer tête baissée
Par Thomas D. le samedi 7 mars 2009, 15:28 - Lien permanent
Il y a ce truc un peu spécial entre le ski et moi. Dans la vie, on ne peut pas vraiment dire que je sois une tête brûlée, à l'inverse, je serais plutôt le genre à me poser pas mal de questions, à peser le pour et le contre, à évaluer les risques, à ne rien prendre à la légère. Mais sur les pistes, non. Ca faisait deux ans que je n'avais pas chaussé, et me voilà en haut de ce mur de bosses. La question n'était pas simplement de réussir à arriver entier en bas. Faire de grands virages, descendre tout en prudence en évitant de prendre trop de vitesse pour ne pas risquer la chute, techniquement, je sais faire. Mais un champ de bosses, ce n'est pas fait pour ça. Pour le vivre réellement, il faut partir droit dans la pente.
Je n'ai pas eu envie de réfléchir. Juste envie que ça soit intense. Alors pour ne pas tout gâcher à force de de me demander si vraiment j'en étais capable, et puisque personne ne se décidait à y aller, je me suis jeté dedans. Et putain, c'était bon. Je me suis brûlé les cuisses, j'ai manqué de me déboîter les hanches, mais c'est passé. Cap' ouais. Carrément. Et je suis content de ne pas avoir tergiversé plus que ça. On y va ou bien? On y va, ouais. Même si le bide se noue un peu, si le corps envoie pléthore de signaux invitant à se demander si c'est bien raisonnable, y aller quand même. Et kiffer sa race. Alors oui, ce furent de très bonnes vacances. Une petite semaine à la montagne, pas grand-chose. Mais j'en aurai bien profité. Malgré la fatigue, malgré le stress accumulé ces derniers temps, malgré la crève qui a choisi de me tomber dessus précisément cette semaine-là, j'ai savouré chaque jour à plein. Parce que ce n'était pas possible autrement.
Au quotidien, il me manque un peu de que je ressens quand j'ai des skis aux pieds. Pas vraiment de l'inconscience, juste une petite dose d'insouciance. Cette capacité à me dire "on y va et on verra bien". C'est une chose dont je me rends bien compte. Mais dans les faits, un état d'esprit ne se décrète pas. C'est d'ailleurs bien dommage. Parce que je vois bien qu'avec le temps je me suis mis à aborder le monde avec toujours un peu moins de légèreté. Je peine un peu à me l'expliquer, mais au moins j'en ai conscience. Ce qui peut déjà être un bon début. Mais y'a du boulot. Enfin du boulot... Oui, si, peut-être, on peut y aller à coups de métaphores, des barrières à faire tomber, des verrous à faire sauter, des montagnes dont on réalise une fois en haut qu'elles n'étaient que des collines... tout ça est merveilleux, mais quand il faut le traduire en concret, je ne sais plus quoi faire.
Prenons cette histoire de boulot. Ouais, parce que ça me prend la tête, quand même. Donc bon, je me retrouve à faire un taf depuis bientôt dix ans (non, non, ce n'est pas du tout flippant), tout le monde s'accorde à dire que je suis excellent dans ce que je fais, et pourtant, quand l'opportunité se présente de prendre un poil de galon et de passer à un tout petit peu autre chose, je me prends une porte dans la tronche. Du coup, en ce moment, c'est sûr que j'aurais plutôt envie de me barrer sans me retourner et de passer à complètement autre chose. Mais je n'y arrive pas. Un genre d'embouteillage d'idées se bouscule dans ma tête, et je vois se dresser des panneaux de sens interdit devant toutes les bretelles de sortie auxquelles je pense. Pas moyen tout envoyer péter et de me dire qu'il faut foncer malgré tout, sans me poser de questions.
L'enquête est toujours en cours, mais il semblerait que dans cette histoire le suspect numéro un ne soit autre que moi-même. Le mobile serait un grand classique: un déficit alarmant en matière de confiance en soi. C'est très ennuyeux. Parce que ça veut dire que la solution, si solution il y a, ne peut venir que de moi. Ce qui nous donne un exemple superbe de serpent qui se mord la queue. Si pour reprendre confiance en soi on ne peut s'en remettre qu'à soi-même, on n'est pas sorti de l'auberge. Enfin, là aussi, j'imagine qu'en avoir conscience pourrait constituer une forme de bon début..., Alors quoi, on ne pourrait pas compter sur le soutien de son prochain pour espérer pouvoir s'en sortir? Honnêtement, je ne sais plus. Le fait est que les moments où je me suis senti le mieux dans mes pompes sont ceux où j'avais l'impression de faire briller les yeux d'une prochaine.
Aujourd'hui, je me défie un peu de ça. La faute à l'Histoire, sans doute. D'avoir vu la flamme s'éteindre dans les yeux de celles pour qui je brûlais toujours. Et ça, plusieurs fois. Un peu peur que ça se reproduise, sans doute. Plus très envie de repasser du stade de Prince Charmant à celui de loser dont il vaut mieux s'éloigner. Après c'est aussi une question de profil. Non pas le mien, mais plutôt celui de toutes celles aux yeux desquelles j'ai un jour trouvé grâce. Avant la déchéance. Attention, je ne veux pas dire par là que j'en veux au destin moqueur de m'avoir fait croiser leur route. Non, ce qu'il y a, c'est que je me suis moi dirigé vers ces personnes-là. C'est toujours de moi dont je me méfie. Moi dont je remets en cause la capacité à discerner celles avec qui partager un peu de temps peut valoir le coup.
Ce qui nous amène à ce qu'on peut qualifier de "bonne grosse situation à la con". A base de "elle me plaît", et "si ça se trouve je lui plais aussi". Instantanément suivi par "oui, mais si elle me plaît, c'est que s'il se passe quelque chose entre nous, ça se finira forcément comme avec celles d'avant", puis "ouais, ben en fait, mieux vaut ne pas y aller, hein, ça pue cette histoire". Le genre de truc qui qui procure une vie sentimentale maigrelette en matière d'action, mais bien chargée en matière de frustration. Ah flûte, c'est ma vie, tiens. C'est ballot. Il est certain que si le credo "on y va et on verra bien" avait plus d'importance dans ma conduite, la situation serait différente. Ce ne serait d'ailleurs pas forcément un gage de succès, mais au moins il se passerait quelque chose, m'voyez. Là-aussi, en avoir conscience, c'est peut-être pas si mal. Encore un début?
Entre nous, je n'ai pas de doute quant à mon statut d'humain moyen. La question de mes origines extraterrestres et/ou non-humaines se noie facilement dans un verre de rhum. Oui, dans le fond, j'ai envie. Il est peut-être regrettable que cette envie ne puisse prendre le pas que quand les blocages sont neutralisés à grand coups d'abus d'alcool. Oui, non, je sais, ça peut paraître un peu curieux de dire ça, mais les faits sont là: la dernière fois que j'ai roulé une pelle, c'était dans le cadre d'une soirée arrosée. Très arrosée. Très, très arrosée, même. Le souvenir que j'en garde est assez brumeux, mais suffisamment clair pour savoir que c'était simple. Mettons nous en situation, et pour cela, changeons de paragraphe.
J'étais bourré. Très bourré. Très, très bourré, même. Nous étions quatre et avions commencé la soirée en éclatant relativement rapidement une bouteille de rhum arrangé imported right straight from La Réunion. Rendus à la fin de cette première bouteille, l'une des convives et moi avons décidé de ne pas nous laisser abattre et de nous en prendre à une bouteille de rhum de la Martinique qui ne nous avait rien fait. Ne me demandez pas comment on a fait parce que je ne m'en souviens plus trop, mais à nous deux, nous avons réussi à la vider à une vitesse dépassant l'entendement. D'où le très, très bourré. A un moment donné de la soirée, alors que nous étions fins cuits, nous nous sommes probablement retrouvés dans une position du type "les deux poivrots qui se soutiennent mutuellement pour tenir debout". Tout ce que je sais, c'est qu'à un moment donné, je me suis dit "ciel, mais nous sommes sur mon canapé en train de nous rouler de grosses pellasses sa race". Je vous épargne la fin de l'histoire, il y est un peu trop question de vomi pour que ça vaille le coup d'être raconté.
Où est-ce que je voulais en venir, déjà? Ah oui, tout ça était très simple. Allons faire un tour dans la tête des deux protagonistes:
Elle: "Oh, il me plaît"
Lui: "Oh, elle me plaît"
Les deux: "J'ai bien envie de lui rouler une pelle"
Et bam.
Simple.
Efficace.
Tout le monde est content. Sauf le canapé qui ne s'attendait pas forcément à se faire vomir dessus, mais on a dit qu'on n'en parlait pas.
Ce que je retiens de cette histoire, outre le fait que c'était une putain de bonne soirée, c'est que je suis capable de faire le coup du "on y va et on verra bien". Mais pour le moment il faut que je sois à quatre grammes. Ce qui serait bien, ce serait de pouvoir le faire à jeûn. Ou sans skis aux pieds. Enfin les deux à la fois, en fait. Bien des gens en sont capables, et c'est vrai, je les envie un peu. Il m'arrive de me souvenir que par le passé j'ai pu être un peu plus insouciant, mais je ne pense pas qu'il faille s'en tenir à un discours du type "c'était mieux avant". Avec le temps, on change, pas toujours dans le sens qu'on voudrait. Mais après tout, l'espoir est permis, on peut aussi se dire que le changement peut aller vers du mieux. Si ça ne se décide pas sur un claquement de doigts, il y a sûrement moyen d'influer un peu sur ce qu'on devient. Déjà rien qu'en ayant envie.
Là-dessus, je vous laisse, si avoir envie est important, faire envie l'est tout autant, ça fait bien trop longtemps que mes runnings traînent dans l'entrée, il est plus que temps d'aller se faire un bon gros jogging à la californienne. Je n'ai peut-être pas de rivages à la Baywatch au pied de chez moi, mais les rives de l'Oise, c'est pas si mal.








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